Charles de Gaulle, budget, Europe

Publié le par Jacques SAMELA.

Charles de Gaulle, budget, Europe

.Garant de son indépendance navale, lui permettant de se projeter sur l'ensemble des théâtres d'opérations, la France se doit de disposer dans les années à venir d'un deuxième porte-avions, nucléaire comme le Charles-de-Gaulle ou classique.

Mais elle se doit également d'augmenter son budget de défense afin d'atteindre rapidement les 2 % de son PIB, et être avec l'Allemagne, le fer de lance de cette Europe de la défense* tant remisée par le passé.

*http://www.vipress.net/55-milliards-deuros-fonds-europeen-de-technologies-de-defense/ 

Vus et lus dans Les Echos du 01 et du 02 juin 2017
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Challenges / Le 20/03/17

. Comment le Drian va refaire parler la poudre Made in France

Les industriels NobelSport, Thales et Manurhin vont ressusciter une filière de fabrication de munitions de petit calibre en France, disparue à la fin des années 90. Un projet à 100 millions d'euros initié par le ministre de la défense*.

Le successeur du Famas ne sera pas français, mais ses munitions seront "Made in France". L’industriel breton NobelSport, spécialiste de la poudre pour armes de chasse, Thales et le groupe Manurhin ont signé vendredi 17 mars à Pont-de-Buis (Finistère) un accord destiné à ressusciter une filière française de fabrication de munitions de petit calibre (5,56mm, 7,62mm et 9mm), à l’occasion d’une visite du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian. "C'est une question de souveraineté nationale, a souligné le ministre de la défense, à l'origine du projet. On fait du Made in France en action, et pas seulement dans le discours."

L’événement est d’importance: la filière munitions de petit calibre made in France avait disparu en 1999, quand l’ex-GIAT (rebaptisé Nexter) avait stoppé la production de cartouches pour le fusil Famas. Depuis, l’armée française achetait à l’étranger ses 100 millions de munitions annuelles (35 centimes l'unité environ), avec des fortunes diverses. Un premier marché avait été attribué en 2006 au britannique BAE et à l’israélien IMI. Une catastrophe: les munitions s’étaient révélées défaillantes, en raison d’une balistique déficiente après 50 mètres. Deux ans plus tard, nouvel accroc majeur: 37 accidents étaient constatés avec les munitions fournies par l’émirati ADCOM, finalement interdites en avril 2009. L’armée s’était ensuite tournée vers l’américain ATK, l’allemand MEN, le britannique BAE et le brésilien CBC.

Nobel Sport, fleuron français de la poudre

Dans un rapport de la commission de défense de l’Assemblée nationale consacré à la filière munitions, publié en décembre 2015, les députés Nicolas Bays et Nicolas Dhuicq s’alarmaient de cette dépendance. "Ces munitions sont toutes étrangères", soulignaient-ils, assurant craindre pour "l’indépendance et de la souveraineté de nos approvisionnements". Ils suggéraient donc la résurrection d’une filière française, qui nécessiterait un investissement de 100 millions d’euros. "La rentabilité serait assurée à partir d’une production annuelle de 60 millions de cartouches sous réserve qu’un niveau de commandes constant soit assuré durant les cinq premières années", écrivaient alors les députés.

C’est une visite de Jean-Yves Le Drian en avril 2016 chez NobelSport, dans le Finistère, qui déclenche véritablement le projet. Le ministre découvre que le site de Pont-de-Buis, qui produit de la poudre depuis un arrêté de Colbert en 1687, est devenu un leader reconnu sur le marché de la poudre pour les munitions de chasse. "On s’est rendus compte que cet industriel avait un tiers du marché mondial des munitions de chasse, et qu’il ne manquait pas grand-chose, en termes technologiques, pour passer à de la munition de guerre", raconte-t-on dans l’entourage du ministre de la défense.

Thales entre en scène

Ce petit quelque chose, c’est Thales qui va l’apporter. Et plus précisément sa filiale australienne, bâtie lors du rachat de l’industriel ADI (Australian Defence Industries) en 2006. Cette filiale maîtrise à la fois la conception de fusils d’assaut (F88, F90) et de munitions de petit calibre. Thales accepte un transfert de technologie inverse à celui des sous-marins français vendus à Canberra. Cette fois, c’est l’Australie qui transfère son savoir-faire en France, sur le site Thales de la Ferté Saint-Aubin (Loiret). Ne reste plus qu’à trouver un partenaire pour recréer une ligne d’assemblage de munitions. cela tombe bien, un autre acteur français, le mulhousien Manurhin, est spécialiste des machines de cartoucherie. Depuis sa création en 1919, il a installé plus de 13.000 machines dans plus de 60 pays.

Tous les ingrédients sont réunis pour que la filière munitions française puisse renaître de ses cendres. L’annonce d’aujourd’hui marque l’officialisation du projet, dont le nom de code, un rien poétique, était "Provinces de France": les industriels s’engagent à réaliser le nouvel outil de production, estimé à moins de 100 millions d’euros. Le ministère de la défense s’engage, lui, à des commandes régulières de munitions à la filière, de même que le ministère de l'intérieur pour les forces de police. "Les industriels se sont engagés à proposer un prix compétitif", se félicite-t-on à l’hôtel de Brienne. Manurhin fabriquera les machines à Mulhouse, Thales les parties métalliques à la Ferté-Saint-Aubin, et NobelSport concevra les amorces à Anneyron (Drôme). La fabrication de la poudre et l'assemblage finale seront effectués sur le site historique de Nobel Sport à Pont-de-Buis.

L'équipe de France vise l'export

Les munitions assemblées par cette nouvelle équipe de France de la poudre équiperont notamment le fusil HK416 allemand, le successeur du Famas récemment choisi par la DGA. Mais les industriels comptent également sur l’export, qui pourrait représenter 50% de leur production. Les premières munitions pourraient être livrées en 2020-2021 si un contrat est rapidement signé avec la DGA, la durée de mise en place de l’outil de production, du développement et des tests des munitions étant estimée à trois ans.

*Actuellement ministre des affaires étrangères.

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