Et de un, et de deux, et de trois architectes

Publié le par Jacques SAMELA.

Photo J.S.
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Comme cela est déjà arrivé (voir le sujet sur Alain Ducasse et Pierre Gagnaire), ce n’est pas un portrait mais deux que je vais vous présenter.

Il s’agit cette fois-ci des deux plus grands architectes français en exercice, que sont Jean Nouvel et Christian de Portzamparc.

Attention, ce choix m’appartient totalement, et ne souhaitant pas me mettre à dos la profession, je choisi tout bonnement l’alphabet pour les départager, et non les succès, n’étant pas compétent en la matière pour le faire.

C’est donc Christian de Portzamparc (www.christiandeportzamparc.com) qui l’emporte.

74 ans, il vient d’obtenir le prix de la 30ème édition des prix Praemium impérial, considéré comme le prix Nobel des arts, créé en 1988 par la Japan Art Association,  récompensant chaque année cinq artistes, ce qui fait que cette année, deux autres français ont obtenus ce prix, l’actrice Catherine Deneuve, et le peintre Pierre Alechinsky. Les lauréats recevront la somme de 15 millions de yens (environ 117 000 €) lors d’une cérémonie à Tokyo le 23 octobre prochain, en présence du frère cadet de l’empereur actuel Akihito, le prince Hitachi. Rien à voir je pense avec la marque que nous connaissons tous.

Alors, ce prix, il n’est pas le premier architecte à l’obtenir, puisque jean Nouvel, notre deuxième portrait français, l’a déjà obtenu, ainsi qu’un autre du nom de Dominique Perrault. Par-contre, il fut le premier lauréat français du prestigieux prix international d’architecture, le Pritzker (www.pritzkerprice.com), que Jean Nouvel, encore lui, obtint en 2008.

Architecte et urbaniste, il étudia aux Beaux-Arts de 1962 à 1969, où la découverte des croquis de l’architecte suisse Le Corbusier (www.sitelecorbusier.com), le poussa à s’orienter vers l’architecture moderniste, marque de fabrique de son mentor, mais sans pour autant embrasser totalement ce modèle, estimant par exemple qu’à Paris, il serait difficile de faire table rase du passé.

En ce qui me concerne, en amateur non éclairé de l’architecture, j’aime assez les œuvres de Le Corbusier, synonyme d’une époque appelée art-déco que j’apprécie, mais aussi d’une certaine bande dessinée belge, que j’apprécie également. Lignes claires, précision du détail.

Mais pour en revenir à Christian de Portzamparc, membre d’honneur de l’America Institute of Architects (AIA), il participa à la consultation sur le Grand-Paris de 2008 à 2009, y défendant une conception « rhizomatique » de la métropole, soit la connexion des différents territoires, grâce à leurs fonctions complémentaires, mais sans que cela apparaisse clairement. Me suis-je fais comprendre ?

Depuis, c’est surtout vers le concept dit de « l’îlot ouvert » qu’il façonne son travail, en énonçant une théorie qu’il appelle l’âge III en opposition à l’âge I et II, soit l’urbanisation avec des formes asymétriques non figées, des bâtiments autonomes mais non identiques, autour d’une rue traditionnelle, contre ce que l’on appelle la ville traditionnelle, se composant elle d’un alignement de bâtiments mitoyens autour d’une rue fermée (bloc haussmannien), et les villes d’après-guerre, bâties selon le mouvement moderne, comme par exemple la ville du Havre, ayant obtenue en 2005, le label UNESCO, récompensant en cela l’architecte mondialement connu, chargé de la reconstruction de la ville, Auguste Perret.

Loin de vouloir couler une retraite paisible, âge aidant, des projets ambitieux et de dimension mondiale l’occupant encore aujourd’hui, voici avant d’en voir justement le résultat, quelques œuvres de renom, démontrant son positionnement incontournable dans l’architecture d’aujourd’hui.

A l’étranger tout d’abord avec le Musé Hergé à Louvain La Neuve (Belgique), l’ambassade de France à Berlin, la tour LVMH ainsi que la Prism Tower à New York, la cité des arts à Rio, et donc en France avec l’hôpital de la Croix Rousse à Lyon, la cité de la musique au Parc de la Villette à Paris, et récemment, la plus grande salle de spectacle d’Europe, la U Arena Stadium à Nanterre-La Défense. J’en oublie bien sûr, mais il fallait faire des choix.

 

 

 

 

Vu et lu dans Les Echos du 19/09/17

Vu et lu dans Les Echos du 19/09/17

Passons dès à présent, sans pause aucune, à Jean Nouvel (www.jeannouvel.com), qui si ils sont de la même génération, non bien sûr pas le même parcours, même si quelques similitudes apparaitront, ou sont déjà apparues.

Initié en seconde au dessin et à la peinture, il dit avoir été largement influencé par la ville de Sarlat et les châteaux de Dordogne, région où il passa toute sa jeunesse. Cependant, n’étant pas d’une famille d’artistes, peu férue d’arts, il dût démontrer haut et fort son désir de rentrer aux Beaux-Arts (comme son comparse donc), avec comme preuve à l’appui, sa première place au concours.

A 21 ans, durant ses études, il collabore avec l’atelier d’architecture de Claude Parent, considéré à l’époque comme l’architecte du moment, où très rapidement mis à l’épreuve, il dirigea des chantiers, avec au final, la création de sa propre agence à 26 ans, devenant grâce  à son mentor, l’architecte de La Biennale de Paris (www.labiennaleparis.com), organisant durant quinze ans d’activités, 7 biennales dans des lieux prestigieux de la capitale.

Quant à son diplôme, il dit qu’avec les évènements de Mai 68, sa remise n’en fût que plus facile. De toute manière, l’apprentissage, trop dogmatique à son goût, n’était justement pas pour lui, voyant notamment l’ensemble de ses projets refusés. De là à dire qu’il a depuis usurpé sa fonction, je ne le pense pas, et sa carrière le démontre amplement.

Et la suite justement, c’est ce concours qu’il gagnera haut la main avec ses camarades du syndicat de l’architecture (Pierre Soria, Gilbert Lézénès, Martin Robain), lancé par le président de l’époque, François Mitterrand, consistant à créer l’Institut du monde arabe (IMA), dont la façade à moucharabiehs deviendra par la suite une signature et un signe de reconnaissance pour la suite de sa carrière, avec à la clé, l’obtention du prestigieux prix Pritzker en 2008, récompense incontournable de l’architecture mondiale, vous le savez à présent, rejoignant donc Christian de Portzamparc, nouvelle similitude.

Suivront par la suite des œuvres de renom comme l’opéra de Lyon, la Fondation Cartier et le Musée du quai Branly à Paris, récemment le Louvre d’Abou Dhabi, et l’inauguration imminente de la tour intitulée La Marseillaise (http://www.tourisme-marseille.com/fiche/tour-la-marseillaise-marseille/), à Marseille justement, avant d’autres projets devant le mener cette fois-ci en Chine ou au Qatar.

En ce qui concerne son métier, après toutes ces années, et à la question si il referait la même chose, il dit oui, mais avec quelques bémols sur le devenir de l’architecture, estimant que depuis de nombreuses années, nous assistons carrément à ce qu’il appelle un clonage planétaire avec l’élaboration de bâtiments similaires, sans relations avec la géographie des lieux (les villes), son climat, son histoire, estimant même que les gestionnaires financiers ont pris le pouvoir au détriment de ces visionnaires dont il se sent l’un des plus ardents représentant et défenseur, accompagné certainement par son comparse Christian de Portzamparc, voire peut-être de l’ensemble de la profession ?

Et s’il n’y avait pas tous ces concours, maladie de son métier comme il dit, il en serait encore plus ravi, mais,  pour faire vivre son agence et sa centaine de salarié, il est obligé d’en passer par là.

Vus et lus dans Télérama n° 3539 du 08/11/17, Les Echos du 06/12/17 et du 30/08/18
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Et finalement, cause actualité, plus si récente en fait, mais bon, ce n’est finalement pas à deux mais à trois portraits auxquels vous aurez droit cette fois-ci, avec pour terminer, l’architecte Manuelle Gautrand (www.manuelle-gautrand.com), titulaire récemment d’un prix qu’aucun autre architecte français, ni aucune femme n’avait encore reçu, en l’occurrence le prix européen d’architecture 2017, remis conjointement par The European Centre (www.europeanarch.eu) et The Chicago Athenaeum (www.chi-athenaeum.com), soit un doublé exceptionnel.

Diplômée en 1985, et après quelques années dans différentes agences, elle créa en 1991 à Lyon sa propre agence appelée tout simplement « Manuelle Gautrand Architecture », avant de la réinstaller plus tard à Paris. Elle obtiendra par la suite en 2014, le Prix de la femme architecte (www.femmes-archi.org).

Bureaux, bâtiments culturels, équipements commerciaux et de loisirs, telles sont ses spécialités, mais c’est par le biais de l’élaboration en 2007 du showroom de Citroën sur les Champs-Elysées, appelé « C42 » (désormais fermé), que le grand public et l’international  la découvre, avec à la clé de nombreux prix. Ensuite, auréolée de ces titres, elle livre son premier bâtiment à l’étranger, un centre commercial à Bangkok (Thaïlande), suivi en 2010 par la livraison de deux œuvres importantes que sont Le Lam (www.musee-lam.fr), Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Lille, et la cité des affaires à Saint Etienne, doté d’un immeuble de bureaux de 25 000 m2.

Aujourd’hui, avec ce nouveau prix, il est fort à parier que sa renommée ne retombera pas de sitôt, mais plutôt qu’il déclenchera certainement de nouvelles commandes, après avoir gagné des concours bien sûr, lui permettant peut-être de concurrencer ces prestigieux ainés.

En tout cas, avec ces trois exemples, on peut penser que l’architecture française à de beaux jours devant elle, avec je l’imagine de jeunes architectes attendant avec patience le moment qui les fera passer à un échelon supérieur, à cette reconnaissance internationale, devenant en cela les dignes héritiers de leurs illustres prédécesseurs.

Et comme s’ouvre prochainement la 3ème édition des  Journées nationales de l’architecture (www.journeesarchitecture.culture.gouv.fr), vous aurez peut-être l’occasion de découvrir vous-mêmes ces futurs champions, et les tendances architecturales de demain.

Jacques Samela

 

Sources :

. Wikipedia

. Télérama n° 3539 du 08 novembre 2017

. Les Echos du 06 décembre 2017, du 08 janvier 2018

. Le Monde du 30 août 2018

. Les Echos Weekend

 

A suivre :

. https://journeesarchitecture.culture.gouv.fr/

Vu et lu dans Les Echos du 14/12/17

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Vu et lu dans Le Monde du 17/10/18
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Publié dans Portrait français.

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