L'industrie française, son passé, son avenir

Publié le par Jacques SAMELA.

L'industrie française, son passé, son avenir
L'industrie française, son passé, son avenir

« La France n’aime pas son industrie » disait l’ancien président Georges Pompidou (1911-1974), et Jean Monnet (1888-1979), considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Union Européenne, disait lui, « La France est vouée au commerce international ».

Qu’en est-il aujourd’hui ? Bonne question, sachant que depuis l’observation de son déclin pendant près de 20 ans, appelé aussi désindustrialisation progressive, et dont les causes sont multiples, elle semble aujourd’hui reprendre du poil de la bête, avec un retournement vérifié depuis 2016.

Représentant encore plus de 10 % du PIB français, tout en employant plus de 3 millions de salariés, l’industrie française est depuis très longtemps partie prenante de l’histoire de France, avec dès la fin du XV siècle, l’apparition de ce que l’on appelle l’ère proto-industrielle, où la France, nation plutôt paysanne, devint avec l’avènement des villes et leurs constructions, un peu plus industrialisée, accompagné également par un certain Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), ministre au nombreux portefeuilles du roi Louis XV, qui avec ses actions pour une politique économique plus interventionniste, mercantiliste, désignée sous l’appellation « colbertisme », impliquant en cela un dirigisme étatique et protectionniste, donna une impulsion sans précédent au royaume de France, en y développement son influence face aux puissances de l’époque qu’étaient l’Angleterre et la Hollande.

Ensuite, après ce que l’on nomme le grand déclassement, d’une durée de 30 ans, causé par les soubresauts de la Révolution, la France vit enfin arriver les premiers effets de ce que l’on appelle aujourd’hui la révolution industrielle, avec l’apport notamment des industries du charbon et de la sidérurgie, du textile, la création du chemin de fer, l’avènement du système électrique, et bien évidemment de l’automobile, lui permettant de rejoindre pendant la première moitié du XXème siècle des nations comme l’Angleterre, l’Allemagne, ou les Etats-Unis.

Cependant, avec la 1ère guerre mondiale où 10 % de sa population active a disparue, avec des destructions matérielles massives dans les régions les plus industrialisées du pays, la Grande Dépression de 1929, où là, elle mit dix ans à retrouver un PIB égal à celui de l’avant crise, et bien sur la 2ème guerre mondiale, où l’ensemble de ses infrastructures portuaires, routières, ferroviaires furent détruites, l’industrie française connut certainement là les années les plus noires de son existence.

Le redémarrage ne subvint donc qu’au sortir de la fin de ce deuxième conflit mondial, grâce notamment à l’obtention par la France de 2,5 milliards de dollars du plan Marshall, la nationalisation d’un pan non négligeable de son industrie, afin d’en accélérer sa transformation tout en augmentant sa capacité productive, accompagnée en cela par la mise en place de grandes politiques industrielles dans le nucléaire, l’aérospatial et l’automobile, mais aussi avec l’avènement de cette coopération naissante entre divers pays européens, pas le biais de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), ancêtre de l’Union Européenne, lui permettant d’augmenter son PIB sur un rythme de 5 % par an, passant de 22,7 % en 1950 à 34,1 % en 1973, et d’atteindre une croissance annuelle de 5,5 % entre 1952 et 1972, tandis que l’industrie avoisine elle les 6 %, avec depuis 1958, 40 % de la population active accaparée par celle-ci, vivant là ce que l’on appelle aujourd’hui les Trente Glorieuses.

Seulement voilà, cette dynamique fût stoppée nette par les deux chocs pétroliers de 1973 et de 1979, déclencheurs certainement d’une désindustrialisation déjà ressentie au préalable, en raison notamment d’une tertiarisation de la société française, aidée en cela par la disparition progressive des industries textiles, minières ou sidérurgiques, une mondialisation mise à mal par la concurrence des pays en voie de développement et le coût élevé de la main d’œuvre nationale, avec une délocalisation forte concernant les entreprises des secteurs cités ci-dessus, et plus récemment la crise de 2008, fragilisant encore plus des secteurs comme celui de l’automobile, ce qui fait qu’aujourd’hui, l’industrie représente 12,4 % du PIB, dont 10 % pour l’industrie manufacturière.

Je pense également, et là c’est un avis personnel, que l’industrie dans son ensemble a été dénigrée, avec cette idée que c’est sale, que les cadences y sont infernales, avec une pénibilité particulièrement forte, et des salaires peu attrayants, poussant une majorité des français (nous) à s’orienter vers ces métiers dits tertiaires, à privilégier des études longues pour leurs enfants, garant d’une assurance de trouver des métiers plus « intellectuels », pour faire la différence avec les métiers dits manuels et considérés comme peu gratifiants, laissés pour la plupart aux élèves les moins méritants, sans pour autant y déclencher des vocations, vu que pour beaucoup, l’envie n’y était pas.

 Ce qui fait qu’aujourd’hui, l’industrie française manque cruellement de bras pour répondre au sursaut récent de celle-ci, avec par exemple en 2017, 25 ouvertures d’usines de plus que le nombre de fermetures, et en 2018, 17 ouvertures de plus, mais aussi pour répondre à cette obligation qu’ont les entreprises pour croitre aujourd’hui plus qu’hier, afin de s’ouvrir des marchés à l’international, très concurrentiels, et donc de créer des ETI (lire le sujet du 12/10/15 intitulé : Les ETI : Un gisement de croissance à protéger), garantes d’une compétitivité primordiales pour y répondre (à la concurrence), les très grands groupes le faisant déjà aisément.

Et ces bras, formés aux technologies émergentes en devenir, seront plus qu’importants pour accompagner l’avènement de l’industrie de demain, dite du futur ou 4.0, ou, l’air de rien, la France aura plus que son mot à dire, même si quelques retards se font sentir dans l’utilisation de la robotique par exemple, car sa capacité d’innovation et de recherche reste malgré tout très compétitive, aidé en cela par un tissu productif non négligeable et retrouvant le chemin de la R&D, avec également une prise de conscience collective des instances publiques et économiques, mais surtout de l’industrie française dans son ensemble, sur l’importance primordiale de relever le défi de ce que sera l’industrie de demain, considérée comme la 4ème révolution industrielle. La France se doit donc de ne pas la rater.

Jacques Samela

 

Sources :

. Wikipedia

. La Croix du 10/03/17 et du 04/03/17

 

A lire :

. https://www.entreprises.gouv.fr/etudes-et-statistiques/chiffres-cles-industrie

. www.france-industrie.org

. www.industrie-dufutur.org

. https://www.ey.com/fr/fr/industries/ey-offre-industrie-du-futur-mettre-en-oeuvre-transformation#section3

https://www.usinenouvelle.com/article/l-industrie-en-mal-d-apprentis.N831810#xtor=EPR-169&

 

A voir :

. Usimages, la biennale de la photographie industrielle 

(http://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Hauts-de-France/Actualites/Usimages)

 

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