Le rendez-vous de l'Europe : Chloé, mon auberge à moi

Publié le par Jacques SAMELA.

Le rendez-vous de l'Europe : Chloé, mon auberge à moi
Le rendez-vous de l'Europe : Chloé, mon auberge à moi
Photo Jacques Samela

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Jacques Samela. Aujourd’hui je vous propose une nouvelle entrevue, une vraie cette fois-ci, avec quelqu’un que je côtoie depuis de nombreuses années, et qui a bénéficié du programme Erasmus, j’ai nommé Chloé. Donc, bonjour Chloé, es-tu prête pour relater de ton expérience ? Au fait, on se tutoie ?

Chloé. Oui bien sûr qu’on se tutoie ! Tout à fait prête, c’est l’une des plus belles périodes de ma vie, donc je me fais un plaisir d’en parler à toi et à tes lecteurs.

JS. Eh bien allons-y. En préparant ce face à face, j’ai découvert que tu étais née l’année de la création du programme Erasmus, est-ce vrai ? Je rappelle que c’était en 1987.

Chloé. Tout à fait, moi qui pensais que le programme était né au moment de la sortie du film l’Auberge Espagnole… Je n’ai appris que récemment que ce programme européen n’était pas si jeune que ça, et même qu’une cousine en avait bénéficié à ses débuts.

JS. Super, et peux-tu justement nous expliquer ton parcours, t’amenant justement à bénéficier de ce programme européen ?

Chloé. Les langues étrangères m’ont toujours intéressées pendant ma scolarité, c’est donc tout naturellement que je me suis orientée vers des études linguistiques. Mais comme je ne voulais pas spécialement devenir professeur (ce que réservait la filière LLCE - Langue et Littérature des Civilisations Etrangères), je me suis donc  tournée vers la partie commerciale de cette formation à l’Université de Saint-Etienne, soit la filière L.E.A. (Langues Etrangères Appliquées au commerce international). Cette formation me permettait de conserver 2 langues « fortes », qui ont été pour moi l’anglais et l’italien. Nous suivions des cours d’économie, de négociation internationale ou encore d’interprétariat et traduction, certains cours étant en langue anglaise ou italienne.

 

Le rendez-vous de l'Europe : Chloé, mon auberge à moi

JS. Et donc après ton bac, et le début de tes études supérieures, tu as souhaité approfondir ton expérience en adhérant à ce programme ? Peux-tu nous expliquer comment tu t’y es prise, et où es- tu allée surtout ?

Chloé. C’est au cours de ma première année que j’ai fait la rencontre de ce qu’on appelait les « étudiants Erasmus », et notamment quatre étudiants stambouliotes et un italien qui suivaient certains cours avec moi. De projets scolaires en fêtes étudiantes, nous nous sommes liés d’amitié et l’été suivant leur séjour, je suis allée leur rendre visite à Istanbul. C’est à ce moment-là qu’est né le goût du voyage.

Dès que j’en ai eu l’opportunité (en 3ème année d’université), j’ai donc fait les démarches administratives pour bénéficier du programme Erasmus, un vrai parcours du combattant pour une étudiante de 20 ans pas vraiment habituée à la paperasserie jusque-là.

Comme j’avais la chance d’étudier 2 langues, l’Université me proposait donc de scinder mon année Erasmus en 2 périodes, c’est ainsi que je me suis retrouvé pendant un semestre en Ecosse, près de Glasgow et un semestre à Salerne, une ville italienne de la Campanie (près de Naples) qui était une toute nouvelle destination proposée par l’Université de Saint-Etienne.

Le rendez-vous de l'Europe : Chloé, mon auberge à moi
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JS. Pourquoi ces choix ?

Chloé. Erasmus fonctionne un peu comme des jumelages entre villes. Plus l’Université et la ville d’origine sont prestigieuses, plus les destinations le sont. Saint-Etienne étant une ville de taille moyenne avec somme toute une université de qualité, les choix étaient quand même restreints.

Je ne pense pas que j’aurai choisi l’Ecosse pour parfaire mon anglais par exemple, l’accent y est terriblement fort et contraignant, mais comme c’était une des seules destinations anglophones disponibles pour moi. Je n’ai donc pas reculé et j’ai découvert une culture et des personnalités qu’une ville comme Londres ne m’aurait pas offerte.

L’Italie du Sud pour moi par-contre, c’est une véritable histoire d’amour… et comme le second semestre tombait entre février et septembre, autant étudier en bord de mer pour cette période ! Donc j’ai pris la direction de Naples, puis de Salerne, ma destination finale. Le fait d’être dans une ville moyenne était également une opportunité de se fondre plus rapidement à la population locale et de rencontrer des personnes en dehors des autres étudiants Erasmus venus de toute l’Europe : Allemagne, Espagne, Roumanie, Turquie, Portugal, Russie, etc…

JS. Etait-ce vraiment comme dans le fameux film de Cédric Klapisch ?

Chloé. Mon Auberge Espagnole a été véritablement en Italie. Pour la fête et le soleil évidemment mais pas seulement ! Je vivais dans un vieil appartement avec 6 autres personnes : un couple de français (l’un d’origine sicilienne comme moi et l’autre dont la famille était des Pouilles) et 4 espagnols (2 garçons de Madrid qui étudiaient le droit et 2 filles de Séville étudiantes en médecine). Je me souviens que la propriétaire venait prendre l’argent en liquide chaque mois, nous n’avions bien sûr ni bail, ni garantie…

La cuisine était le lieu de vie commun où nous partagions les spécialités culinaires des uns et des autres. C’est là que j’ai appris l’art de la « tortilla de patata ». Sur les meubles, nous avions inscrits quelques mots de vocabulaires dans les trois langues de la maison pour les ustensiles de cuisine : Poêle / Padella / Estufa, ... L’appartement était un vrai lieu d’échange interculturel, spécialités culinaires, musique, danse, traditions, etc… Nous avons vécu au rythme de Saint-Etienne, de la Sicile, des Pouilles, de Madrid et de Séville, sans oublier les amis salernitains, qui apportaient cette touche d’italien qui nous avait tous réunis là. 

A l’école, nous avions enfin l’occasion de rencontrer les étudiants locaux. Les professeurs et étudiants étaient très accueillants et compréhensifs avec nous. Nous étions encouragés, appuyés. Que ce soit en Ecosse ou en Italie, je me suis rapidement rendu compte que les étudiants étaient beaucoup plus encouragés à prendre la parole qu’en France. J’ai par exemple suivi des cours d’économie pendant lesquels le professeur demandait l’avis des étudiants, qui se faisaient un plaisir de répondre, alors que dans ma classe en France une telle question entraînait un silence gênant. Erasmus c’est aussi découvrir comment ça se passe ailleurs, puis cet ailleurs devient un quotidien (il suffit de quelques mois) et on ressort grandi, ouvert et riche de nouveaux points de vue.

JS. Donc effectivement, ce n’est pas seulement un film, mais bien une réalité. Et suite à cette double expérience, manifestement enrichissante, qu’as-tu fait depuis, et as-tu gardé des contacts avec tes anciens colocataires et les autres étudiants rencontrés ?

Chloé. La maîtrise de la langue italienne a vraiment été un atout majeur pour la suite de mon parcours puisque c’est grâce à elle que j’ai trouvé mes différents stages, dont mon stage de fin d’études dans la société pour laquelle je travaille encore aujourd’hui.

Aujourd’hui je vis à Paris, il se trouve que c’est un lieu de passage pour de nombreux anciens camarades Erasmus qui ont comme moi « la bougeotte », et voyagent régulièrement. Ainsi, un ami français rencontré en Italie et vivant en Roumanie me rend visite chaque année sur son trajet pour retrouver sa famille à Noël. Mon ami Cristian, hondurien installé en Italie, a suivi une formation d’œnologie et vient donc régulièrement à Paris. Il me fait même découvrir des vins français ! Enfin, en août j’ai assisté au mariage d’une ancienne camarade Erasmus, où j’ai pu y retrouver une amie espagnole de l’époque, … Malgré le temps, nous parvenons à prendre des nouvelles les uns des autres. Cette expérience nous a soudé plus que nous ne pouvions l’imaginer.

D’ailleurs, les réseaux sociaux aident à garder ce lien. Mon année Erasmus correspond d’ailleurs à l’arrivée de Facebook en France (2007). Je me rappelle exactement le jour où je me suis inscrite dans mon « Auberge Italienne », à Salerno. Je n’imaginais pas à quel point cet outil allait m’aider à entretenir les liens tissés avec toutes les personnes rencontrées pendant mon expérience Erasmus.

JS. Mais par-contre, si ce n’est pas indiscret, pas de mariage Erasmus ? Sachant que justement, et d’après une étude de l’Union Européenne en 2014, près de 30 % d’étudiants de ce programme auraient rencontré leur conjoint ?

Chloé. Non, pas pour le moment en tout cas !

JS. Donc, amis lecteurs, anciens d’Erasmus, il y a manifestement un cœur à prendre. Mais, avant de clôturer cette entrevue, si je comprends bien, au vu de tes réponses, tu conseillerais sans problèmes à tous nos jeunes d’intégrer ce programme, assurés qu’ils en sortiraient grandis, plus ouverts à leurs semblables, jeunes européens, étudiants ou non ?

Chloé. Je conseille évidemment ce programme. Quel que soit le domaine d’étude, Erasmus est synonyme de découverte, d’ouverture et d’apprentissage de l’autonomie. C’est un pas de géant vers l’âge adulte. Montaigne avait raison en affirmant que « les voyages forment la jeunesse », parole d’Erasmus !   

JS. Eh bien c’est donc sur ce manifeste en faveur du programme Erasmus que nous clôturons cette entrevue, qui plus est, accompagnée de la maxime de Montaigne, et de la non moins sympathique Chloé, que je salue chaleureusement pour ce temps passé en ma compagnie, lui souhaitant pour la suite, de réaliser ses rêves et ses désirs d’hier et d’aujourd’hui. Bonne route à toi. Mais après ton café bien sur.

Photo Jacques Samela

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