Le rendez-vous de l'Europe : Cela commence vraiment maintenant

Publié le par Jacques SAMELA.

Le rendez-vous de l'Europe : Cela commence vraiment maintenant
Le rendez-vous de l'Europe : Cela commence vraiment maintenant

Attention, début de révolution en Europe

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/attention-d%c3%a9but-de-r%c3%a9volution-en-europe/ar-BB14ZaSK?li=BBkGbOY

Le 03/06/20

L’augmentation du budget et l’acceptation d’une dette européenne représentent un pas en avant spectaculaire. Mais il faut encore que ce principe soit validé et qu'il entre à terme dans le régime de croisière de l’UE.

Tribune. La proposition franco-allemande d’un fonds de relance de 500 milliards d’euros se situe dans le sillage des décisions inédites prises par l’Union européenne (UE) face à la pandémie. Cependant, c’est moins le montant du plan qui fait date que sa logique : jusqu’à présent, il s’agissait surtout d’abaisser les contraintes et de permettre aux Etats de s’endetter plus facilement mais à leur propre risque. Deux bifurcations majeures apparaissent cette fois :

1. L’UE assume le choix de financer des politiques publiques ambitieuses par une décision politique rapide, en sortant du cadre étriqué des lignes budgétaires pluriannuelles. Elle le fait par son propre budget, qui sera alloué aux territoires et aux secteurs les plus touchés par la crise, indépendamment de la contribution de chaque Etat à ces recettes supplémentaires. Cela signifie que l’augmentation du budget européen, donc de ses ressources fiscales (ce qui, dans le vocabulaire europhobe est appelé «transfert»), n’est plus un tabou. Il s’agit certes d’une décision exceptionnelle prise en réaction un événement exceptionnel. Mais la méthode se prête à une généralisation : il s’agit du budget de l’UE et non de dispositifs extraordinaires de solidarité entre l’UE et un Etat-membre, comme dans le cas de la crise grecque. Le soutien de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à ce projet est clair et elle l’augmente même d’une proposition de prêt de 250 milliards d’euros supplémentaires montre que les choses sont bien parties, et d’autant plus que, le cadre du Green Deal, lancé et récemment confirmé par la Commission, qui se traduira par des dépenses significatives, crée une nouvelle occasion de propositions budgétaires audacieuses qui bousculeront le train-train des négociations interétatiques.

2. La dépense sera rendue possible grâce à un emprunt levé par l’UE en son nom propre et couvert par des bons du trésor, comme le fait n’importe quel Etat. La capacité de l’Europe à s’endetter directement signifie qu’on sort vraiment, et par la grande porte, du registre du «syndicat de copropriété» dans lequel certains se plaisaient à vouloir circonscrire l’UE. En devenant un acteur financier mondial puissant et sûr, qui obtiendra sans doute des marchés une excellente notation, le gouvernement de l’UE opérera un changement d’ampleur comparable à la création de la Banque centrale européenne : cela relativisera d’un coup les mesures, moins puissantes et moins sûres, prises par les Etats nationaux en matière de dette publique.

«I don’t want my money back»

Ces changements tendront à débarrasser la scène politique européenne des débats sordides sur la «mutualisation» des dettes, qui constituent l’un des effets collatéraux d’un système qui n’assume pas sa dimension fédérale. Lorsque l’on construit une infrastructure contribuant au bien public «mobilité durable» comme le TGV Rhin-Rhône en France, comme il s’agit du budget national, l’Ile-de-France ne demande pas de garanties financières aux régions traversées, alors que, pourtant, ses contribuables sont les premiers contributeurs à un projet qui ne les concerne qu’indirectement. De même, l’origine géographique des contribuables de l’impôt européen qui permettra de rembourser la dette n’aura aucun lien avec la carte des bénéficiaires de ce plan de relance. Cette démarche de bon sens pourrait enfin faire oublier le sinistre «I want my money back» – prononcé en 1979 par la Première ministre britannique, Margaret Thatcher, pour diminuer la contribution du Royaume-Uni au budget européen – car un tel raisonnement deviendrait, dans ce nouveau cadre, totalement incongru.

La prochaine étape devrait être en bonne logique un ajustement du système institutionnel. L’initiative franco-allemande demeure étrange puisque deux Etats interviennent dans le budget d’un troisième, l’Union européenne. Dans son dialogue avec la Commission, il serait logique que le Parlement soit flanqué d’un Sénat, élu par les citoyens européens et respectant les équilibres territoriaux, pour remplacer les actuels Conseil européen et Conseil de l’UE. Cette mise en cohérence augmenterait à la fois l’efficacité et la lisibilité de la gouvernementalité européenne et contribuerait à faire des citoyens européens les acteurs essentiels des choix de politiques publiques, décidés par et pour leur pays, l’Europe.

Une révolution ?

Les grands changements sociaux ont souvent lieu en temps de crise car, par temps calme, les forces conservatrices réussissent plus facilement à organiser la résistance de ceux qui, à tort ou à raison, craignent de perdre quelque chose. C’est tout particulièrement vrai pour l’Union européenne où les Etats disposent institutionnellement d’un pouvoir de blocage qu’ils ne se privent pas d’utiliser.

Après le krach de 2008, il a ainsi fallu attendre des années, entre la laborieuse création du Mécanisme européen de stabilité (2010-2012) et le «quantitative easing» (rachat massif de dettes au secteur financier) de la Banque centrale européenne (BCE) en 2015, pour que des mesures inédites de grande ampleur puissent voir le jour.

En revanche, lors de la pandémie de 2020, l’UE a fait son travail, vite et bien. Dès le 9 avril, en cumulant toutes les mesures prises en incluant les effets de levier, le président de l’Eurogroupe chiffrait l’effort à 19% du PIB de la zone euro, soit plus de 2 000 milliards d’euros.

Comment cela a-t-il pu se faire ? Le dispositif de réaction intégrée en cas de crise (IPCR), dont l’origine remonte au 11 Septembre et au tsunami de 2004, était opérationnel et avait été renforcé en 2018 après les cafouillages de la crise migratoire de 2015. Dès le 2 mars, ce mécanisme a été pleinement activé. Il a permis des décisions fortes de l’UE entre la mi-mars et la mi-avril sur la recherche médicale liée au virus, sur la solidarité avec les pays partenaires les moins préparés, sur l’assouplissement des règles budgétaires des Etats-membres (critères de Maastricht), sur des facilités financières proposées par la Banque européenne d’investissement, sur un engagement colossal de la BCE et sur une réorientation d’une partie du budget européen pour répondre à la crise. Alors que l’UE n’a pas de compétence sur les politiques sanitaires, qui restent une prérogative des Etats seuls, elle a prouvé son agilité et son efficacité dans ses domaines de compétences.

L’augmentation importante du budget (4% du PIB alors que le plafond du 1% entravait jusqu’ici toute initiative d’ampleur) et l’acceptation d’une dette européenne pour la financer représentent un pas en avant spectaculaire.

S’agit-il d’une révolution ? Pour qu’il en soit ainsi, il faudrait, d’une part, que ce principe soit validé par l’ensemble des Etats, ce qui n’est pas encore acquis, et que d’autre part, ce qui n’est actuellement qu’une action de crise entre dans le régime de croisière de l’UE. C’est la prise de position des citoyens européens vis-à-vis de la transformation proposée qui donnera, au bout du compte, son véritable sens à la séquence en cours.

A cet égard, le débat sur la proposition franco-allemande va permettre de préciser l’étiquetage des gouvernements qu’on nomme «frugaux» (ceux d’Autriche, des Pays-Bas, du Danemark et de la Suède). Sont-ils simplement avares ou, au fond, nationalistes ? Si c’est la première réponse qui est la bonne, ils chercheront à diminuer le montant du plan. Si c’est la seconde, c’est le principe même du projet qu’ils viseront.

En tout cas, en qualifiant de «naufrage dangereux» (Jean-Luc Mélenchon) cette «fuite en avant fédéraliste» (Marine Le Pen), les tribuniciens souverainistes français ont bien pris la mesure de l’enjeu. Les Européens font leur histoire en inventant, dans la crise et par la crise, leur Etat. Et cette fois, cela fait événement.

Jacques Lévy et Sylvain Kahn ont publié le Pays des Européens chez Odile Jacob en 2019 (19,90 euros). Tous deux sont membres du rhizome de recherche Chôros.

 

https://www.msn.com/fr-fr/finance/economie/plan-pour-relancer-l-europe-de-nombreux-obstacles-%c3%a0-surmonter/ar-BB15FDCf?li=BBkG5mY

 

 

La Banque centrale européenne annonce un nouveau et énorme plan de soutien à l’économie

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/la-banque-centrale-europ%c3%a9enne-annonce-un-nouveau-et-%c3%a9norme-plan-de-soutien-%c3%a0-l%c3%a9conomie/ar-BB1523ah?li=AAaCKnE

Le 04/06/20

L’institution de Francfort ajoute 600 milliards d’euros au programme de 750 milliards d’achat de dettes annoncé en mars. Son plan, qui devait se terminer fin 2020, est prolongé jusqu’à la mi-2021.

La Banque centrale européenne (BCE) vient de dégainer de nouveau l’artillerie lourde. Ainsi, jeudi 4 juin, elle a annoncé qu’elle allait augmenter son enveloppe d’achat de dettes de 600 milliards d’euros. Cela vient s’ajouter aux 750 milliards d’euros déjà annoncés à la mi-mars, ainsi qu’aux quelque 300 milliards d’euros qui avaient été annoncés précédemment. Au total, l’intervention de la BCE dépasse 1 600 milliards d’euros. Ces sommes vont très au-delà de tout ce qui avait été fait au moment de la crise de la zone euro. Jamais l’institution de Francfort n’avait autant fait tourner la planche à billets.

Non seulement les montants sont historiques, mais la Banque centrale de la zone euro a aussi allongé la durée de son intervention. Le plan pandémie (PEPP) atteint désormais un total de 1 350 milliards d’euros, et se trouve prolongé jusqu’à fin juin 2021, alors qu’il devait initialement arriver à échéance fin 2020. Enfin, la BCE annonce qu’elle entend conserver les dettes qu’elle achète sur les marchés pendant très longtemps, « au moins jusqu’à fin 2022 ». En clair, la politique monétaire de la zone euro restera extrêmement souple, au moins jusqu’à cette date.

Le taux d’emprunt de l’Etat italien s’est détendu

Les marchés attendaient une nouvelle intervention de la BCE, mais ces annonces excèdent les prévisions. Le taux d’emprunt de l’Etat italien s’est immédiatement détendu, passant de 1,6 % à 1,4 %, ce qui était l’effet recherché. Pareil pour la France, avec des taux qui sont passés en territoire négatif pour l’emprunt à dix ans, à – 0,03 %.

Annoncé en mars, le plan PEPP a ramené le calme sur les marchés financiers. Il a, en particulier, permis aux Etats de s’endetter à prix cassés, alors qu’ils sont obligés d’intervenir tous azimuts pour garder l’économie à flot. Au total, 235 milliards d’euros sur l’enveloppe de 750 milliards d’euros ont déjà été dépensés. A ce rythme, le plan aurait été épuisé en octobre. Il fallait donc augmenter la somme allouée à l’intervention. C’est désormais chose faite.

 

 

205 MILLIONS D’EUROS POUR 19 PROJETS EUROPÉENS DE DÉFENSE

https://vipress.net/205-millions-deuros-pour-19-projets-europeens-de-defense/

16 Juin 2020 

La Commission européenne a annoncé 16 projets industriels en matière de défense et trois projets consacrés aux technologies de rupture qui seront menés à l’échelle paneuropéenne et bénéficieront d’un financement de 205 millions d’euros au titre des deux programmes précurseurs d’un véritable Fonds européen de la défense : l’action préparatoire concernant la recherche en matière de défense (PADR) et le programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense (EDIDP).

Les projets annoncés soutiendront le développement des capacités de la défense européenne, notamment en ce qui concerne les drones et leurs technologies connexes [drones furtifs et tactiques, système de détection et d’évitement d’obstacles pour les drones militaires, plateformes de traitement des données à la périphérie (edge computing) pour les drones], les technologies spatiales (récepteurs cryptés Galileo de qualité militaire, charge utile optique de qualité militaire pour les satellites de petite taille, système de données massives pour la surveillance satellitaire), les véhicules terrestres sans pilote, les systèmes de missile de haute précision (programme BLOS – missiles anti-char), futures plateformes navales, les capacités d’attaque électronique aéroportées, les réseaux tactiques et de haute sécurité, les plateformes de «cyber situational awareness» (appréciation de la situation en matière de cybersécurité) ou la prochaine génération des technologies de furtivité active.

Ces projets viennent s’ajouter aux 15 projets de recherche déjà financés depuis 2017 grâce à la PADR et au soutien direct qui sera apporté à deux projets de grande envergure (le drone MALE et le projet ESSOR).

« Le Fonds européen de la défense permettra une dépense commune, donc plus performante, réduisant ainsi la fragmentation et le manque d’efficacité. Les résultats positifs des programmes précurseurs du Fonds qui sont annoncés aujourd’hui montrent l’immense potentiel d’une coopération entre les industries de la défense, grandes ou petites, implantées dans l’une ou l’autre des régions de l’Union », commente Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive pour une Europe adaptée à l’ère du numérique.

Thierry Breton, commissaire au marché intérieur, a quant à lui déclaré : « Ces projets prometteurs démontrent la capacité de l’Union à promouvoir et à soutenir la coopération entre les industries de la défense sur le territoire européen et entre les États membres. En développant des technologies et des capacités de défense de haut niveau, nous renforçons la résilience et l’autonomie stratégique de l’Union. Tous les participants à la chaîne de valeur dans le secteur de la défense, quelles que soient leur taille et leur origine au sein de l’Union, peuvent en retirer des bénéfices. Doté d’un niveau de financement adéquat, le Fonds européen de la défense permettra d’étoffer considérablement ces premiers succès ».

Le programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense (EDIDP), doté d’une enveloppe de 500 millions d’euros pour la période 2019-2020, et l’action préparatoire concernant la recherche en matière de défense (PADR), dont le budget s’élève à 90 millions d’euros pour la période 2017-2019, sont des programmes pilotes du futur Fonds européen de la défense qui visent à favoriser une base industrielle innovante et compétitive dans le secteur de la défense et contribueront à l’autonomie stratégique de l’Union. La PADR couvre la phase de recherche des produits de ce secteur, y compris pour les technologies de rupture, tandis que l’EDIDP soutient les projets collaboratifs liés au développement, depuis la conception jusqu’aux prototypes.

L’industrie européenne de la défense représente 440 000 salariés ; avec ses nombreuses retombées positives sur des applications civiles, elle constitue de plus en plus une industrie à double usage qui bénéficie à l’économie dans son ensemble. Cette industrie sera durement touchée par la crise du coronavirus. En débloquant plus de 200 millions d’euros, l’Union européenne veut contribuer à en soutenir le potentiel de compétitivité et d’innovation, y compris en incitant les États membres à investir dans la recherche et le développement, grâce à un effet de levier de plus de 113 millions d’euros.

Pour en savoir plus : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/qanda_20_1052

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