Résorber le déficit commercial de la France, des raisons d’y croire ?

Publié le par Jacques SAMELA.

Résorber le déficit commercial de la France, des raisons d’y croire ?
Résorber le déficit commercial de la France, des raisons d’y croire ?

Pour une fois que la France bat un record, il est négatif. De quoi donner raison aux pourfendeurs et déclinistes en tous genres sur l’état actuel de notre pays.

Et pour le coup, ils auraient un peu raison ? Mais bon, juste un peu, car quand même, l’idée de se satisfaire d’un marché essentiellement hexagonal serait tout autre que productif.

Cependant, il est vrai que la balance commerciale française a enregistré en août dernier un solde négatif de 15,5 milliards d’Euros, soit la différence entre les 65,6 milliards d’Euros d’importations, et les 50,1 milliards d’Euros d’exportations.

Et comme ce solde négatif se rajoute aux précédents, nous arrivons l’air de rien pour les huit premiers mois de l’année en cours à un déficit de 139 milliards d’Euros, faisant que la France entame ni plus ni moins sa 19ème année consécutive de déficit commercial.

Et manifestement, l’année qui vient devrait également s’y rajouter.

Il est déjà loin le temps où la France engrangeait des soldes positifs, notamment en 1997 où justement le solde, positif donc, s’établissait à 39 milliards d’Euros. Et donc, suivi d’une détérioration continue jusqu’à nos jours.

Mais pourquoi me direz vous, quelle en est la raison exacte ?

Vu et lu dans Les Echos du 15/09/21
Vu et lu dans Les Echos du 15/09/21

Vu et lu dans Les Echos du 15/09/21

En fait, ce sont plusieurs raisons qui se sont additionnées tout au long de ces années, avec tout particulièrement cette désindustrialisation du pays, débutée à l’orée des années 80 avec notamment la fin de pans entiers d’industries de la 1ère révolution industrielle comme celles du textile, de la sidérurgie, ou minière.

Et il est intéressant de savoir qu’en 1999, la France était encore à l’origine de 6,5 % des échanges mondiaux, et qu’aujourd’hui, cela ne représente plus que 4,5 %, ce qui soit dit en passant démontre que notre pays, seul, ne serait plus capable de s’imposer dans cette mondialisation qui vient, que j’appellerai de confrontation. D’où l’importance de l’Europe, toujours.

Et pour aller dans le sens de cette perte d’influence industrielle, son poids dans le PIB national ne représenterait plus que 10 %, alors que la moyenne européenne serait elle de l’ordre de 16 %,

Comme quoi, la dévalorisation à l’échelle nationale de l’industrie, la 2ème raison selon moi de sa perte d’influence dans le PIB selon moi, a laissé des traces toujours visibles aujourd’hui.

 En effet, n’entendions nous pas nos parents préférer que leurs enfants travaillent dans des bureaux, plutôt que de se salir les mains dans des usines, avec des salaires de misères, n’entendions nous pas que les métiers en question n’étaient que pour les élèves en difficultés (j’en étais un), envoyés vers des voies de garage sans accompagnements ciblés ?

Résultat, la situation perdure, voire s’aggrave, vu la difficulté aujourd’hui de trouver des profils adéquats aux besoins actuels de l’industrie. Il faudrait vraiment prendre cela à bras le corps, vendre l’industrie aux jeunes d’aujourd’hui, organiser des journées spéciales dans les collèges, les lycées, les entreprises, ou multiplier comme ce qui se déroule actuellement, soit l’organisation de « La Semaine de l’industrie » (https://www.semaine-industrie.gouv.fr/).   Allez, d’autres idées.

Sinon, pour revenir aux raisons de cette réalité, il y a aussi un poste de dépense qui nous reviens de plein fouet en ce moment, c’est celui  de l’approvisionnement énergétique de l’Hexagone, dont les divers chocs pétroliers (https://www.economie.gouv.fr/facileco/chocs-petroliers) furent le début d’une spirale fluctuante, en fonction notamment des soubresauts internationaux de plus en plus fréquents aujourd’hui, et donc comme la situation actuelle en cours, même si, avant la guerre en Ukraine, le déficit lié à l’énergie était de 43,1 milliards d’Euros, en progression de 20 milliards d’Euros en 2021.

Quel en sera le poids pour l’année qui se termine, sachant que juste pour le mois d’août de cette année, la facture aurait couté 800 millions d’Euros aux entreprises française ? Attendons-nous donc à une augmentation significative.

Ensuite, toujours pour rester dans les raisons, il ne faut surtout pas oublier et négliger les conséquences de la crise du Covid, qui au de-là d’un arrêt total de l’économie, à l’air de rien affecté deux de nos principaux points forts que sont le secteur de l’aéronautique et le tourisme, habituellement contributeurs excédentaires de la balance commerciale française, tout en nous obligeant également d’acheter masques (6 milliards d’Euros d’importations en 2020), gants, respirateurs et j’en passe, afin vous le savez bien, de répondre à la soudaineté de cette Pandémie, occasionnant pour le coup un bond de 58,4 %, soit en tout 19,6 milliards d’Euros d’importations indues.

Et puis, pour terminer, n’oublions pas non plus que la France importe toujours aussi massivement des biens d’équipements et des produits manufacturés dans des domaines comme l’informatique, l’électronique ou l’optique, ce qui représenta quand même pour l’année dernière, un solde négatif de 20,6 milliards d’Euros.

Donc finalement, du grain à moudre pour les pourfendeurs de la situation actuelle de notre pays, ainsi que les « je ferais bien mieux si j’étais aux commandes ».

Mais plus facile à dire qu’à faire, quand on voit qu’un certain Mister T, avec son slogan « Make America Great Again » à perdu plus de terrain en 4 ans face à la Chine, que durant les 20 dernières années, et que dire des conséquences du Brexit pour la Grande-Bretagne aujourd’hui encore, n’est-ce pas Mr Johnson ?

Alors que faire me direz vous, attendre que la situation se retourne, se résigner ?

Eh bien non, des solutions existent, il faut juste les mettre en pratique, et la situation n’est certainement pas amené à durer, car finalement des points forts se dégagent.

En effet, sur le 1er semestre de cette année, la balance commerciale des services était, elle excédentaire de plus de 35 milliards d’Euros, le secteur tertiaire se portant lui on ne peut mieux, et en 2021, ce sont les produits agricoles et agroalimentaires qui furent excédentaires de 8 milliards d’Euros, la catégorie « chimie, parfums et cosmétiques » de 15,2 milliards d’Euros, et même le secteur aéronautique, très impacté par le Covid (voir plus haut), affichait quand même un excédent commercial de 19,7 milliards d’Euros, alors qu’il ne représentait encore que 57 % de leur niveau pré-crise.

Et quand on sait qu’en 2019, avant ce bon sang de Covid, près de 90 millions de touristes vinrent dépenser 170 milliards d’Euros en France, le retour à la quasi normalité cette année ( https://www.insee.fr/fr/statistiques/6537925) devrait permettre à la balance commerciale de retrouver quelques couleurs.

Mais pour passer à un échelon supérieur, il faudrait aussi que les industriels français puissent et sachent monter en gamme, notamment sur les points déjà forts de notre économie, l’ancienne comme la plus récente, que les grands groupes français, notamment ceux du CAC 40, vous savez ceux que certains surnomment les « Super profiteurs », continuent d’apporter leur force financière à l’économie française, soit 1 431 milliards d’Euros en 2021 (https://www.ey.com/fr_fr/news/2022/06/16eme-edition-du-profil-financier-du-cac-40#:~:text=Apr%C3%A8s%20une%20baisse%20historique%20de,%2C6%25%20vs%202020), et qu’enfin nous développions notre tissu de PME, afin qu’elle deviennent notamment ce que l’on appelle des ETI (http://competitiviteinfrance.overblog.com/2014/01/les-eti-un-gisement-de-croissance-%C3%A0-prot%C3%A9ger.html), capable de se projeter à l’export avec des moyens suffisants pour répondre à la concurrence et s’imposer, comme le font depuis de nombreuses années les grandes PME allemandes, trois fois plus nombreuses, et trois plus exportatrices.

Vus et lus dans Les Echos du 16 & du 20/09/22
Vus et lus dans Les Echos du 16 & du 20/09/22

Vus et lus dans Les Echos du 16 & du 20/09/22

Donc, rien n’est définitivement perdu, au contraire, il y a de l’espoir, des raisons d’y croire, heureusement, et même si la France n’en est pas le seul exemple (Etats-Unis, Japon, Grande-Bretagne, etc…), il serait pertinent peut-être de suivre notre voisin d’outre-Rhin, qui pour le 1er trimestre de cette année, et ce malgré la crise actuelle, obtient une balance commerciale excédentaire à hauteur de 22 milliards d’Euros, en baisse il est vrai par rapport à 2021.

Un peu de pragmatisme et de rigueur allemande, allié à ce je ne sais quoi de savoir-faire à la française, tant apprécié, devrait nous permettre de remonter la pente, et pourquoi pas dans les prochaines années, de repasser du bon côté de la barrière, aidé en cela par une réindustrialisation ciblée et réussie (https://www.ifri.org/fr/publications/etudes-de-lifri/reindustrialiser-france-defis-de-transformation-numerique), que beaucoup souhaite enfin aujourd’hui.

Il était temps.

Jacques Samela

 

Sources :

. https://www.ecoreseau.fr/actualites/economie-societe/nouveau-record-deficit-commercial-inquieter-2022-10-09-87324?utm_campaign=Matinale_Lundi_-_20221010&utm_medium=email&utm_source=sendinblue

. https://www.capital.fr/entreprises-marches/la-france-affiche-le-pire-deficit-commercial-de-son-histoire-1427847#:~:text=La%20France%20affiche%20un%20fort,avec%2075%20milliards%20d'euros

. https://major-prepa.com/actualite/le-deficit-commercial-de-la-france-se-creuse-encore/

. https://www.revue-projet.com/articles/le-deficit-commercial-francais-en-debat/7583

. https://fr.statista.com/statistiques/479363/solde-echanges-exterieurs-france/

. http://www.raphael-didier.fr/2017/06/le-deficit-exterieur-de-la-france.html

 

A lire :

. https://www.douane.gouv.fr/actualites/le-chiffre-du-commerce-exterieur-exterieur-de-la-france-septembre-2022#:~:text=Statistiques-,Le%20chiffre%20du%20commerce%20ext%C3%A9rieur%20ext%C3%A9rieur%20de%20la%20France%20%2D%20Ao%C3%BBt,%2C5%20milliards%20d'euros

. https://www.entreprendre.fr/jerome-fourquet-la-reindustrialisation-de-la-france-est-possible/

 

 

A voir 

Evolutions Industrielles

Du fog de Dickens, mélange de fumées et de brouillard, au cloud, ce nuage numérique prétendument immatériel, la question industrielle reste au cœur du débat public et concerne tous les domaines de l’activité humaine. Entre mise en perspective et mise en prospective, l’exposition propose une réflexion sur ce qu’est le processus d’industrialisation dans la vie des hommes, par le prisme de notre relation aux objets techniques, au travail, aux discours. Le visiteur découvre les métamorphoses des visages de l’industrie, à travers une succession d’expériences sensibles et émotionnelles, sonores et visuelles.

https://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/expos-temporaires/evolutions-industrielles#item-grid-130748

 

A découvrir 

« Rendre l’économie plus accessible et compréhensible par tous : telle est l’ambition de la Cité de l’Économie.

Projet muséal unique au cœur de Paris, Citéco a pour objectif de répondre aux questions des visiteurs de tous âges ainsi que d’en susciter de nouvelles, inviter au débat et enrichir les échanges, stimuler la curiosité et ouvrir de nouveaux horizons...L’enjeu est de taille : aider les visiteurs - et en particulier les plus jeunes - à se familiariser avec les différentes théories économiques et à mieux comprendre les principaux mécanismes en jeu. Les promoteurs de ce projet ont souhaité, au travers d’une installation ludo-éducative et d’une muséographie novatrice, mettre à disposition des visiteurs des jeux collectifs et interactifs ainsi qu’une multitude de supports pédagogiques. Espace de rencontres et d’échanges, la Cité dispose de salles d’expositions temporaires et propose cycles de conférences, master classes, spectacles vivants... Installée au cœur d’un monument historique d’exception, l’hôtel Gaillard, la Cité de l’Économie contribue à la mise en valeur de l’extraordinaire patrimoine français. La Cité de l’Économie est aussi l’exemple le plus récent et le plus spectaculaire de l’engagement de la banque centrale, à l’origine du projet, en faveur d’une démarche pédagogique accessible à tous. https://www.citeco.fr/

http://competitiviteinfrance.overblog.com/2022/08/a-decouvrir.html

 

 

Résorber le déficit commercial de la France, des raisons d’y croire ?
Résorber le déficit commercial de la France, des raisons d’y croire ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article