L'industrie de défense (suite)
Le ministère des Armées prend 21 engagements en faveur des PME de défense
31/05/2018 / VIPress.net
Chaque année, le ministère des Armées consacre près de 14% de son budget annuel à des achats directs auprès de quelques 26 000 PME et ETI. P
our mieux répondre aux attentes exprimées par ces entreprises, Florence Parly, ministre des Armées, a dévoilé hier son plan Action PME. Ce plan, qui comporte 21 engagements, s’adresse à toutes les start-up, PME et ETI innovantes qui souhaitent commercer avec le ministère des Armées.
Compte tenu de l’effort budgétaire prévu par le projet de loi de programmation militaire 2019-2025, ce sont environ 40 milliards d’euros qui seront ainsi dépensés auprès des PME et ETI sur toute la durée de cette loi de programmation militaire.
Le projet de Loi de programmation militaire 2019-2025 place l’innovation au cœur de la transformation et la modernisation du ministère au service de l’efficacité de nos forces armées.
Or l’expérience montre que travailler avec les PME et les ETI innovantes favorise l’émergence rapide de solutions pour satisfaire les besoins très évolutifs des armées.
Dans ce but, Action PME vise à associer les start-up, PME et ETI au défi du temps court et de l’adaptation aux nouvelles menaces, explique le ministère. Il a en particulier pour ambition de soutenir et expérimenter plus rapidement leurs innovations.
Les PME et ETI sont également très nombreuses à intervenir au profit du ministère en sous-traitance des grands industriels.
Pour celles-ci, fournisseurs indirects mais tout aussi importants du ministère, Action PME veillera à ce que les grands groupes titulaires des marchés de défense soient exemplaires dans leur relation contractuelle avec les PME sous-traitantes, assure le ministère des Armées.
Création d’un label « utilisé par les Armées françaises »
Action PME prévoit également l’attribution d’un label « utilisé par les Armées françaises » aux PME et ETI qui contribuent à l’équipement et au soutien des Armées. Ce label constituera une marque de crédibilité à l’export pour les entreprises françaises de défense.
Enfin, l’ensemble des dispositifs directs de soutien aux PME et notamment de soutien à l’innovation, qui représente actuellement de l’ordre de 80 M€ annuels, passera à 110 M€ annuels dans la prochaine LPM.
Action PME comporte des réponses concrètes aux attentes exprimées par les PME et les ETI en matière d’accès aux marchés du ministère des Armées, de simplification des procédures, de financement, d’exportation et de coopération européenne.
C’est pourquoi il mobilise l’ensemble des services du ministère et couvre à la fois les domaines de l’armement (acquisition des équipements, maintien en condition opérationnelle) et hors armement (soutien de l’homme, énergie, infrastructure, santé, numérique…).
"Notre compétitivité technologique repose sur une approche plus sélective", estime Florence Parly, la ministre des Armées
Propos recueillis par Pascal Gateaud, Olivier James et Hassan Meddah
Publié le 31/05/2018 L’Usine Nouvelle
Florence Parly, la ministre des Armées, veut accélérer la transformation numérique de la défense nationale grâce à la future agence de l’innovation. Elle s'est confiée à L'Usine Nouvelle lors d'un entretien exclusif.
Pourquoi faire de l’innovation un chantier prioritaire du ministère des Armées ?
Dans un contexte où les conflits se durcissent, il faut absolument préserver la supériorité technologique acquise par nos armées. La course au réarmement est enclenchée. Il n’y a qu’à voir la hausse significative des budgets militaires dans le monde. Par ailleurs, des technologies extrêmement avancées et sophistiquées qui étaient il y a cinquante ans l’apanage de quelques très rares nations, comme les avions de chasse de très hautes performances, se diffusent largement. À l’autre bout du spectre, il est désormais possible, avec peu d’argent et des savoir-faire disponibles dans le grand public, de transformer un équipement que l’on peut trouver dans le commerce en une arme de guerre ou en un instrument de mort. Notre effort soutenu en matière de recherche et de technologies tient compte de ce contexte
Vous avez annoncé la création d’une nouvelle agence de l’innovation. Quelle sera sa mission ?
L’innovation dans le domaine de la défense a été pendant des décennies le fait de très grandes entreprises qui constituent notre base industrielle et technologique de défense. Aujourd’hui, nous sommes convaincus que celles-ci doivent absolument interagir avec d’autres entités : start-up, laboratoires, PME… Le gouvernement accentue également ses efforts en matière d’innovation, notamment en réunissant un niveau plus élevé de financement dans le cadre du fond pour l’innovation. Tous ces acteurs sont porteurs d’innovations qui peuvent bénéficier aussi bien au secteur civil que militaire et qui sont caractérisées par des cycles très courts, alors que la défense est plus classiquement habituée à une innovation qui s’inscrit dans des cycles longs.
La nouvelle agence de l’innovation aura donc pour mission d’organiser les échanges avec cet écosystème de l’innovation, qui est plutôt civil. Ce sera un accélérateur au profit de technologies utiles au monde militaire et de la défense. Cette agence aura également pour mission de piloter l’ensemble du processus et les différents acteurs qui contribuent à l’innovation au sein du ministère et qui sont disséminés. Les programmes et les outils de soutien à l’innovation sont eux-mêmes très divers, les guichets sont multiples. Il y a un réel travail de simplification et d’orientation vers un guichet unique avec des interlocuteurs uniques.
Pourquoi ne pas confier cette mission à la Délégation générale de l’armement (DGA) ?
On ne crée pas un concurrent de la DGA. L’agence sera logée au cœur de la DGA. Il y avait un réel besoin de rassembler en un point unique l’ensemble des compétences liées à l’innovation. Cette nouvelle agence permettra de mieux identifier tous ceux dont les innovations peuvent bénéficier à notre défense, mais qui n’étaient nécessairement les interlocuteurs de la DGA, de simplifier l’accès aux différents dispositifs de soutien à l’innovation et de les piloter.
La Darpa, l’agence de l’innovation du département de la défense américaine, est-elle l’exemple à suivre ?
Nous avons rencontré nos homologues américains en octobre. La Darpa est une structure efficace qui rassemble un panel de compétences absolument extraordinaire. En ce sens, c’est un exemple. Il y a aussi une grande différence qui tient aux moyens dont elle dispose (3 milliards de dollars par an) au sein d’un budget militaire américain de plus de 600 milliards de dollars. Avec une loi de programmation militaire qui consent un exceptionnel et historique investissement de 295 milliards d’euros sur les prochaines années en faveur de notre défense, nous ne sommes pas dans les mêmes échelles budgétaires, ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas sur la même échelle de performances technologiques, et c’est bien là l’essentiel.
Notre compétitivité technologique repose sur une approche plus sélective. Nous ne poussons pas quinze solutions en parallèle en nous disant qu’il y en aura bien une ou deux qui sortiront du chapeau. Nous tentons d’identifier le plus en amont possible les technologies qui feront la différence. Ce qui étonne les Américains, c’est qu’avec les moyens qui sont les nôtres, nous puissions atteindre un niveau d’excellence technologique comparable au leur. Nous n’avons donc pas à rougir de ce que nous faisons. Nous le faisons d’une façon efficace. Et bientôt nous changerons de dimension avec la montée en puissance du Fonds européen de défense, qui mobilisera 13 milliards d’euros sur le prochain budget de l’Union européenne et concernera de nombreux projets liés à l’innovation.
Quel sera le budget de cette nouvelle agence ?
L’agence sera financée grâce aux budgets prévus dans la loi de programmation militaire. Elle s’appuiera sur des outils connus : les études amont, les études des programmes structurants au cours des sept prochaines années, les financements consacrés au domaine cyber (1,6 milliard d’euros). Le montant des études amont va passer de 730 millions en 2018 à 1 milliard d’euros à compter de 2022, soit une progression de plus d’un tiers.
Comment attirer les talents de l’écosystème civil ?
C’est un véritable défi dans le domaine de l’innovation, mais également du cyber et du renseignement. À ce stade, je ne suis pas inquiète quant à notre capacité à attirer les talents et les cerveaux car les missions et les responsabilités que nous offrons sont attractives. En revanche, le défi auquel nous sommes confrontés, c’est celui de la fidélisation. Le ministère ne peut pas s’aligner sur les rémunérations proposées par le secteur privé notamment pour les professionnels expérimentés. À nous de veiller au bon équilibre entre les jeunes gens formés aux meilleures technologies et les plus expérimentés.
Quelles sont les priorités technologiques des armées ?
La loi de programmation militaire consacre des moyens aux études sur des programmes structurants majeurs pour les quinze prochaines années : le système de combat aérien du futur, le prochain porte-avions, le char de combat du futur… Elle prend également en compte l’émergence de nouveaux espaces de confrontation comme le cyberespace et l’espace exoatmosphérique. Nous renouvellerons d’ailleurs l’ensemble de nos capacités spatiales d’ici à 2025. Le numérique est aussi une priorité majeure. Le ministère a déjà beaucoup investi dans les systèmes d’information et de communication. Nous accédons maintenant à une nouvelle étape, celle de la donnée, au profit des forces, mais aussi de l’administration de notre ministère. L’intelligence artificielle (IA) va nous permettre non seulement un traitement des données en grande masse, mais aussi un traitement intelligent de ces données, avec des machines qui vont pouvoir apprendre de l’environnement dans lequel elles se situent.
Avec l’avènement de l’IA, quel sera encore le rôle du soldat ?
Je voudrais couper court à une polémique. L’IA ne veut pas dire que l’on va renoncer à l’intervention humaine dans l’utilisation de nos systèmes d’armes. Nous n’avons pas le projet ni de concevoir ni de fabriquer des robots tueurs ou des armes létales dont l’utilisation serait entièrement dans les mains de machines. L’IA sera d’autant plus efficace qu’elle restera sous contrôle humain. Nous avons récemment décidé d’armer les drones, ce qui ne signifie pas que l’on renonce à l’intervention humaine. De la même manière, des personnels prendront des décisions d’utilisation ou pas de ces technologies. En parallèle du travail sur les technologies, nous avons un travail à conduire sur leur utilisation et une réflexion éthique devra être conduite. Avec l’IA, l’homme sera toujours dans la boucle, mais sa place doit être réinventée.
Les coopérations européennes sont-elles aussi une opportunité pour faire avancer l’innovation de défense ?
Ce qui est en jeu, c’est la souveraineté européenne. Si chaque État développe ses propres programmes de façon isolée, nous ne parviendrons pas à pérenniser une industrie de défense performante à l’échelle de l’Europe. Les nouveaux budgets consacrés par l’Union européenne à la défense devront être exploités au mieux. Les pays qui ont été partenaires de programmes en coopération comme l’A 400M ont à cœur de tirer les leçons de ce qui s’est passé auparavant. La notion de retour industriel n’est probablement pas la bonne approche. Elle ne permet de garantir ni le respect des délais ni celui des budgets. Pour le système aérien de combat du futur, nous avons adopté une autre méthode avec l’Allemagne. Nous avons commencé par définir ce que ce système de combat devra faire avant de se partager la charge industrielle du programme. L’étape suivante sera d’ouvrir cette coopération à d’autres partenaires.
. Pour plus d'information, n'hésitez-pas à lire ou à relire le dossier du 13/06/16, intitulé : L'industrie de défense : Innovations, exportations, emplois.
Plan de transformation de la DGA : création de l’agence Innovation de Défense
06/07/2018 | VIPress.net
Florence Parly, ministre des armées, a présenté le 5 juillet 2018 à Balard le plan de transformation de la DGA à Balard.
La Délégation Générale à l’Armement investit 11 milliards d’euros par an dans l’industrie de défense, possède 10 centres d’expertise et d’essais en Europe et emploie 9600 personnes dont 56% d’ingénieurs et cadres.
La loi de programmation militaire 2019-2025, adoptée par le Parlement, prévoit une forte hausse des moyens dédiés à l’équipement de nos forces armées. C’est dans ce contexte que la ministre a présenté la nouvelle organisation de la DGA qui s’inscrit dans la démarche plus globale de modernisation du ministère des armées.
Depuis presque 60 ans, la DGA conduit les programmes d’armement au profit des armées et prépare l’avenir des systèmes de défense.
Si les missions fondamentales de la DGA demeurent (équiper les forces armées, préparer le futur et promouvoir l’exportation), la DGA doit aujourd’hui s’adapter pour faire face à la numérisation croissante de la société, l’accélération des avancées technologiques et de la disparité des menaces, avance la ministre.
Dans le cadre de la nouvelle feuille de route de la DGA, Florence Parly a annoncé la création de l’agence Innovation de Défense. Rattachée à la DGA, elle sera chargée de fédérer tous les acteurs de l’innovation de défense, piloter la politique de recherche, technologie et innovation du ministère et l’ensemble des dispositifs d’innovation.
Elle gèrera à terme le budget de la recherche et de l’innovation du ministère des armées, qui passera de 730 millions d’euros par an actuellement à un milliard d’euros d’ici à 2022. « La DGA doit être au cœur de l’innovation dans le ministère des Armées. Elle doit voir loin, anticiper les technologies de rupture, donner sa chance aux idées nouvelles », a déclaré la ministre.
Au cours de son intervention la ministre des armées a également demandé une plus grande efficacité et réactivité tant dans l’organisation du travail avec les armées que dans la simplification des processus d’élaboration des programmes et d’acquisition des équipements.
Une redéfinition des liens avec les partenaires industriels est également demandée dans un souci d’équilibre et de donnant-donnant. Un comité de politique industrielle de défense sera créé pour assurer un dialogue d’égal à égal entre les industriels et la DGA.
Les industriels devront aussi s’impliquer pleinement dans la nouvelle politique en matière d’industrie de défense, à la fois nationale et européenne. L’Etat devrait ainsi notamment pouvoir bénéficier d’un retour sur ses investissements dans le développement des nouveaux programmes quand les perspectives d’exportation se concrétisent.
Enfin, pour la ministre, la DGA doit être un moteur de « l’Europe des armements ». En particulier, les projets SCAF (système de combat aérien du futur), char de combat du futur (Main Ground Combat System – MGCS) et Eurodrones montrent la voie. Les projets majeurs du système de combat aérien du futur (SCAF) et du char de combat du futur sont en effet lancés en partenariat avec l’Allemagne et sont ouverts aux autres nations. Avec un pilotage assumé par un pays, la France pour le SCAF.



