Le Rendez-Vous de l'Europe : Visa (ou plutôt sans), Galileo, IA
Le « choc des visas » : Washington bannit Thierry Breton pour son rôle dans la régulation du Web
Publié le 24/12/25
La décision est tombée le 23 décembre 2025, marquant une rupture inédite dans les relations entre Washington et Bruxelles. L'administration américaine a officiellement interdit l'entrée sur son territoire à cinq personnalités européennes, dont Thierry Breton, ancien commissaire au Marché intérieur.
Cette mesure diplomatique, d'une rare hostilité entre alliés, ne concerne pas des enjeux de sécurité intérieure traditionnels, mais la régulation de l'espace numérique. Elle cristallise une opposition frontale entre deux conceptions de la liberté d'expression et de la souveraineté technologique.
Le département d’État américain justifie ces sanctions par la lutte contre ce qu’il nomme le « complexe industriel mondial de la censure ». Thierry Breton, figure centrale de cette liste, est présenté comme l'architecte du Règlement sur les services numériques (Digital Services Act ou DSA). Washington lui reproche notamment d'avoir adressé une mise en demeure à Elon Musk en août 2024, lui rappelant ses obligations légales avant une entrevue avec Donald Trump.
Les Européens répondent en bloc
Pour les autorités américaines, ce rappel à la loi constitue une manœuvre d'intimidation extraterritoriale visant à influencer le débat politique outre-Atlantique.
Aux côtés de l'ancien commissaire, quatre autres figures de la société civile européenne sont visées. Parmi elles, Clare Melford, directrice du Global Disinformation Index (Indice mondial de la désinformation), et Imran Ahmed, à la tête du Center for Countering Digital Hate (Centre de lutte contre la haine numérique). Ce dernier est spécifiquement critiqué pour avoir suggéré l'exclusion des plateformes de douze personnalités critiquant la vaccination, incluant Robert F. Kennedy Jr., actuel membre de l’exécutif américain. Deux responsables de l’organisation allemande HateAid, Anna-Lena von Hodenberg et Josephine Ballon, complètent cette liste pour leur usage actif du signalement de contenus haineux sur les réseaux sociaux.
« La France dénonce les décisions de restriction de visa prises par les États-Unis à l'encontre de Thierry Breton et de quatre autres personnalités européennes », a écrit Emmanuel Macron dans un message posté sur X, affirmant que les Européens continueraient à défendre leur « souveraineté numérique » et leur « autonomie réglementaire ». Un message partagé par de nombreux chefs d'État européens. « Le gouvernement espagnol exprime sa solidarité avec l'ancien commissaire européen Thierry Breton et les dirigeants des organisations de la société civile qui luttent contre la désinformation et les discours de haine », a affirmé le ministère espagnol dans un communiqué. « Les interdictions d'entrée imposées par les États-Unis, y compris celles visant les présidents de #HateAid, sont inacceptables », a, de son côté, déclaré sur X Johann Wadephul, le ministre allemand des Affaires étrangères.
Enfin, le commissaire européen Stéphane Séjourné a écrit cette nuit sur le réseau social qu'« aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens [...] Mon prédécesseur Thierry Breton a agi pour l'intérêt général européen, fidèle au mandat donné par les électeurs en 2019. Aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens. Solidarité totale avec lui et tous les Européens concernés ».
L’escalade après la sanction financière contre X
Cette offensive diplomatique intervient dans un climat de tension exacerbée par des décisions coercitives récentes. Le 6 décembre 2025, la Commission européenne a infligé une amende de 120 millions d’euros à la plateforme X. Cette sanction, la première du genre, repose sur trois griefs précis : l'opacité du système de certification des comptes (la fameuse « coche bleue »), le manque de transparence concernant les archives publicitaires et l'entrave à l'accès aux données pour les chercheurs indépendants.
La réponse de Washington a été immédiate, le secrétaire d’État Marco Rubio qualifiant cette amende d'attaque contre le peuple américain. Ce basculement montre que les États-Unis n'utilisent plus uniquement les instances de régulation du commerce mondial pour contester les normes européennes, mais qu'ils déportent désormais le conflit sur le terrain du contrôle des frontières et des circulations individuelles.
Le criblage idéologique des professionnels du secteur
L'impact de cette politique dépasse les cercles dirigeants pour toucher l'ensemble de l'écosystème technologique. Une directive interne du département d’État, datée du 6 décembre, impose désormais un contrôle accru pour l'obtention des visas de travail hautement qualifié (H-1B). Les services consulaires sont invités à auditer les parcours numériques des candidats, notamment sur les plateformes LinkedIn et GitHub. Toute implication passée dans des activités de modération de contenus ou de vérification des faits (fact-checking) peut désormais constituer un motif de refus de visa, au nom de la protection de la liberté d’expression américaine.
Cette stratégie induit une mutation profonde pour les entreprises du secteur. De nombreux travailleurs spécialisés dans la confiance et la sécurité numérique (Trust and Safety) évitent désormais de renouveler leurs titres de séjour aux États-Unis, préférant se replier sur des pôles comme Toronto ou Dublin. Les directions des ressources humaines conseillent même à certains salariés de supprimer de leurs curriculums vitæ toute mention relative aux politiques de modération afin d'éviter d'être signalés par les autorités américaines.
Une divergence civilisationnelle au cœur de la doctrine Trump
Au-delà de la dispute technique, ces sanctions s'inscrivent dans une vision géopolitique globale explicitée dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine. Le texte évoque un risque d'« effacement civilisationnel » de l'Europe, un concept englobant la perte de souveraineté migratoire et la suppression supposée de la dissidence politique. Le vice-président JD Vance a d'ailleurs affirmé lors de la Conférence de sécurité de Munich que les véritables menaces pour le continent européen étaient internes et liées à une volonté de réguler excessivement la parole publique.
Face à cette pression, la réaction européenne demeure ferme. Le gouvernement français a dénoncé avec vigueur ces restrictions, rappelant que les peuples européens sont souverains dans la définition des règles s'appliquant à leur propre espace numérique. Thierry Breton a pour sa part souligné que le DSA a été adopté à une écrasante majorité par le Parlement européen et à l'unanimité par les vingt-sept États membres, récusant ainsi toute accusation de dérive bureaucratique isolée.
Perspectives pour l'autonomie numérique européenne
La fracture transatlantique semble désormais durable. Les menaces de représailles commerciales contre des entreprises européennes majeures suggèrent que le conflit pourrait s'étendre à d'autres secteurs industriels. Pour l'Europe, l'enjeu consiste à maintenir la crédibilité de son cadre juridique sans sacrifier l'attractivité de son marché pour les talents internationaux.
Cette crise force les acteurs économiques à repenser leur dépendance aux infrastructures américaines. Alors que Washington remet en question des accords de coopération technologique, comme celui récemment suspendu avec le Royaume-Uni, l'Union européenne se trouve face à la nécessité de renforcer ses propres capacités technologiques pour garantir que sa puissance législative ne soit pas neutralisée par des pressions diplomatiques extraterritoriale.
https://competitiviteinfrance.overblog.com/2023/03/thierry-breton-nicolas-dufourcq-en-mission.html
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Galileo : Téléphone, montre, secours… Tout le monde utilise le « GPS européen » sans le savoir (même vous)
Publié le 18/12/2025
L'essentiel
- Un nouveau lancement a été effectué mercredi via Ariane 6 pour Galileo. Galileo ? C’est le système de positionnement par satellites de la Commission européenne, destiné à un usage civil. Il opère en parallèle du GPS américain, du Glonass russe et du Beidou chinois.
- La majorité des smartphones récents peuvent recevoir les signaux de Galileo, qu’ils utilisent de manière interchangeable en fonction des constellations disponibles.
- En dehors des smartphones, le « GPS européen » est utilisé, entre autres, par de nombreuses montres connectées, pour la navigation maritime, ferroviaire ou aérienne, pour les secours et par de nombreux véhicules.
Vous ne le voyez pas, mais il est partout. Le système de positionnement par satellite Galileo, l’équivalent européen du GPS américain, est en service depuis 2016, bien qu’il n’ait atteint sa capacité opérationnelle maximale qu’en septembre 2024. Cette constellation, qui vise à rendre l’Europe indépendante dans le domaine du positionnement par satellites, ne cesse de s’agrandir et se renforcer. En témoignent les deux nouveaux objets lancés mercredi par Ariane 6 depuis le Centre spatial guyanais, à Kourou.
Désormais, 33 satellites Galileo – pas tous actifs – orbitent au-dessus de nos têtes à 23.222 km d’altitude, permettant à ses utilisateurs d’être localisés à 1 mètre près. Des utilisateurs qui sont bien plus nombreux qu’on ne le pense (et il y a de fortes chances pour que vous en fassiez partie).
Si l’on utilise par défaut le terme « GPS » pour parler de géolocalisation au sens large, ce n’est donc qu’un des systèmes globaux de positionnement par satellites (GNSS) que nous utilisons tous les jours. On retrouve, en parallèle du système américain disponible librement depuis 1994, le système russe Glonass, le système chinois Beidou et, bien sûr, le système européen Galileo, géré et financé par la Commission européenne.
A partir du moment où un appareil est équipé pour recevoir les signaux de ces différents systèmes, « les récepteurs calculent une seule position en utilisant les [différentes] constellations disponibles », explique le Cnes sur son site. Votre smartphone n’utilise donc pas un seul des systèmes, mais les quatre.
De nombreux appareils connectés compatibles
Conséquence : vous utilisez forcément Galileo, que vous le sachiez ou non. En janvier 2024, plus de 4 milliards d’appareils étaient équipés d’un récepteur et pouvaient donc l’utiliser en parallèle des trois autres systèmes. Cela comprend tous les smartphones vendus sur le marché unique européen, qui sont désormais garantis compatibles avec le « GPS européen ».
A ce jour, 2.476 modèles de téléphones et tablettes sont équipés pour recevoir Galileo, selon le site officiel qui répertorie les différentes utilisations du système européen, que vous pouvez consulter pour savoir si votre smartphone est compatible. Si votre téléphone l’est, vous pouvez utiliser l’application GPSTest pour savoir quelle constellation de satellites il « capte » au moment où vous l’utilisez.
Et votre smartphone n’est pas le seul appareil compatible avec Galileo que vous utilisez tous les jours. Près de 400 modèles de « dispositifs portables et sportifs », principalement des montres connectées, des Apple Watch aux montres GPS prisées des coureurs et des randonneurs, peuvent utiliser le système européen.
Permettre la navigation en tout genre
Les systèmes de positionnement par satellites sont aussi présents dans les voitures. Aujourd’hui, 59 marques automobiles, dont les plus communes en France, ont équipé « presque tous leurs modèles » de récepteurs Galileo. De nombreux GPS portables en sont aussi dotés, tout comme certains dispositifs embarqués permettant de payer aux péages. Sur la route, Galileo peut aussi être utilisé dans la gestion des parcs de véhicules ou des péages et contribuera, dans un avenir proche, à la mise en place de la conduite autonome et des véhicules connectés, liste le site qui répertorie tous les usages de Galileo, UseGalileo.
Hors routes, le système de positionnement par satellites européen sert à la navigation et la sécurité de tous types de bateaux, pour la circulation et la signalisation ferroviaires, pour la navigation et la sécurité aériennes, les drones, les machines agricoles… Il est aussi intégré, logiquement, à de nombreuses puces fournissant un service de géolocalisation.
Une aide dans la recherche et le sauvetage
Comme tout système de positionnement par satellites, Galileo intègre un service de recherche et de sauvetage de personnes disparues en mer ou en montagne. Au total, 36 modèles de balises de détresse, qu’elles soient individuelles, sur des bateaux ou dans des avions, sont compatibles avec le « GPS européen », réduisant le temps de localisation après activation de la balise de trois heures à dix minutes, d’après UseGalileo.
Galileo est également automatiquement activé dans la plupart des pays de l’Union européenne (UE) lorsque vous composez le 112, le numéro d’urgence européen, depuis un téléphone portable, indique l’Agence spatiale européenne (ESA). Même principe en voiture : si vous avez acheté un véhicule neuf dans l’Union européenne après mars 2018, vous avez sûrement remarqué qu’il était équipé d’un système d’appel d’urgence qui se déclenche tout seul en cas d’accident grave. Directement relié aux services de secours, ce dispositif - appelé eCall -leur transmet votre position via les GNSS, Galileo inclus. Dans l’UE, 34 marques de voitures ont équipé tous leurs modèles de ce dispositif.
Vous l’aurez compris, Galileo, qui est destiné à un usage civil – contrairement au GPS développé pour l’armée, est présent dans tous les pans de notre vie quotidienne, au-delà de ces quelques exemples. Est-il alors condamné à opérer dans l’ombre de son cousin américain ?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Galileo_(syst%C3%A8me_de_positionnement)
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L’UE alloue 342 millions € à 83 hubs pour stimuler l’IA
Le 09 octobre 2025
La Commission européenne a annoncé le renouvellement du financement de 83 centres européens d’innovation numérique (EDIH) dans le cadre de ses efforts continus pour renforcer l’écosystème de l’IA du continent et soutenir la politique « AI First » de l’UE. Le nouveau financement, annoncé parallèlement au lancement de la « stratégie d’application de l’IA« , vise à transformer ces pôles en centres d’expérience pour l’IA dans les États membres de l’UE et les pays associés.
Cette initiative est un développement clé dans l’infrastructure technologique de l’Europe, offrant de nouvelles opportunités pour les développeurs d’IA, les intégrateurs de systèmes et les sociétés de semi-conducteurs de collaborer avec les PME et les administrations publiques déployant des solutions d’IA.
Renforcer l’épine dorsale de l’IA en Europe
Le nouveau financement, d’un montant total de 342 millions d’euros, provient du programme Digital Europe (DIGITAL) 2025-2027, en collaboration avec les États membres, les régions et d’autres partenaires. Avec les derniers ajouts, 102 EDIH – dont 83 ont été nouvellement sélectionnés – recevront également le sceau STEP, une reconnaissance accordée aux projets de haute qualité qui renforcent les compétences et la capacité d’innovation dans les technologies stratégiques.
En transformant ces centres en centres d’expérience axés sur l’IA, la Commission oriente l’Europe vers une transition numérique mieux coordonnée. Ces centres aideront les entreprises à « appliquer l’IA comme un élément de la solution, tout en évaluant ses avantages et ses risques potentiels », conformément à la politique « AI First » de l’UE.
Les hubs jouent déjà un rôle crucial dans la transformation numérique de l’Europe, en soutenant des milliers de petites et moyennes entreprises (PME) et d’organisations du secteur public dans leurs efforts de numérisation. La nouvelle phase axée sur l’IA élargira cette mission, en offrant aux entreprises un accès de première ligne à des conseils sur le déploiement de l’IA, les essais, la conformité à la loi sur l’IA, et des connexions avec des ressources spécialisées au sein de l’écosystème européen de l’IA en pleine croissance.
Élargir la portée et l’attrait pour les investisseurs
La Commission a également annoncé qu’un deuxième appel à financement EDIH sera lancé en novembre 2025, dans le but de consolider davantage le réseau à travers l’Europe. L’initiative STEP Seal soutiendra cette expansion en mettant en relation des projets remarquables avec des investisseurs privés et publics pour un financement supplémentaire ou alternatif.
En renforçant le réseau EDIH et en intégrant l’IA à son cœur, l’UE ne se contente pas de favoriser la transformation numérique, elle encourage également un écosystème d’IA compétitif moins dépendant des technologies externes. Pour l’industrie technologique européenne, cette évolution est le signe de nouvelles opportunités de collaboration et de commercialisation, en particulier pour les entreprises qui fournissent du matériel, des logiciels et des solutions de données basés sur l’IA et adaptés aux PME.
Alors que la Commission positionne les EDIH comme des acteurs clés de la stratégie numérique et industrielle de l’Europe, le message est clair : l’IA n’est plus optionnelle – elle est le fondement de la prochaine phase de l’innovation européenne.
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