La France en D2, vraiment ?

Publié le par Jacques SAMELA.

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L'économie française, reléguée en deuxième division européenne, joue son maintien

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Publié le 14 janv. 2026

 

Les Français ne cessent de s'appauvrir par rapport au reste de l'Europe depuis plus d'une décennie. Le poids de la dette rend le pays plus sensible aux chocs extérieurs et fragilise sa position dans l'Union européenne. Mais l'Hexagone a aussi des atouts sur lesquels s'appuyer.

Tout choc extérieur dans les prochaines années se paiera très cher pour la France. Ce qui fragilisera l'ensemble de l'Union européenne et l'euro. (Pascal Garnier pour « Les Echos »)

 

Le monde bascule, les relations entre Etats se durcissent, les dépenses en armement flambent et les besoins en investissements bondissent. Et la France dans tout ça ? Elle se débat avec les difficultés qu'elle a elle-même créées et commence à ressembler non pas à l'homme malade de l'Europe, mais à un des mal en point du continent.

Car l'Hexagone n'est pas le seul pays européen à devoir affronter des problèmes économiques et politiques. Dans le monde qui vient, les pays capables de s'en sortir devront être à la pointe de la technologie, ce qui suppose de pouvoir investir, et résilients, ce qui exige non seulement une certaine autonomie dans des secteurs tels que la défense et l'agroalimentaire, mais aussi une société relativement unie et donc prospère.

Des comptes publics plus dégradés qu'ailleurs

Le premier problème de l'Hexagone, et le plus urgent, ce sont ses finances publiques dégradées. La France est le seul des grands Etats-membres de la zone euro à n'avoir jamais affiché des comptes publics équilibrés avant le paiement des intérêts de la dette. L'Italie mais aussi l'Espagne, sous la contrainte des marchés lors de la décennie précédente, et évidemment l'Allemagne, y sont arrivés.

Les conséquences sont connues : la dette grimpe et avec elle, la charge de la dette. En 2025, elle a dû déjà représenter 2,3 % du PIB, un poids deux fois supérieur à celui de l'Allemagne. En 2027, si l'on en croit les prévisions des économistes de la Commission européenne, les intérêts sur la dette publique coûteront 2,8 % du PIB français, contre seulement 1,2 % outre-Rhin. Autant dire que les capacités d'investissement des deux Etats ne sont plus comparables.

Tout choc extérieur dans les prochaines années se paiera très cher pour la France. Pas sûr que l'Union européenne et l'euro puissent y survivre. Et même si c'était le cas, l'Allemagne pourrait faire cavalier seul en Europe et la dominer encore plus largement qu'aujourd'hui. Sans compter que Friedrich Merz, le chancelier allemand, entend faire de son armée « la plus puissante d'Europe sur le plan conventionnel ».

Le deuxième point faible explique le premier. C'est la fracture politique du pays, qui l'empêche d'envisager une solution à court terme au problème des finances publiques. Tous les pays occidentaux y font face mais l'échec des partis de gouvernement, de droite, de gauche et des centristes, pousse les électeurs dans les bras des extrémistes et donc vers un aventurisme.

Le grand déclassement

Tout cela s'explique par le déclassement d'une partie de la population et plus globalement de la France en Europe. Alors que le PIB par habitant du pays, en parité de pouvoir d'achat, était légèrement supérieur à la moyenne de la zone euro en 2013, il était inférieur de 7 % en 2024 - sans prendre en compte les deux derniers arrivants, la Croatie et la Bulgarie.

Dès 2026, le PIB par habitant de la France devrait passer derrière celui de l'Italie. L'Hexagone joue désormais en seconde division, expression footballistique pour éviter de dire la vérité crue : les Français ne cessent de s'appauvrir par rapport au reste du continent depuis une douzaine d'années.

La désindustrialisation est passée par là : le commerce extérieur français de biens accusait, à la fin novembre 2025, un déficit de plus de 70 milliards d'euros sur les douze derniers mois. A titre de comparaison, entre octobre 2024 et octobre 2025, l'Italie a dégagé un excédent commercial de 50 milliards d'euros.

Autre point noir, la position extérieure nette est désormais négative et représente 22 % du PIB contre 14 % seulement pour l'Italie. Cela signifie que la France est de plus en plus détenue par des étrangers. Rien de catastrophique à court terme mais la dégradation structurelle de la position française ne peut durer éternellement. D'autant que l'Allemagne, avec ses excédents commerciaux accumulés, affiche, elle, une position extérieure nette positive équivalente à 77 % de son PIB.

Des avantages à faire valoir

Pourtant, malgré la désindustrialisation, la désunion des Français et la dégradation des comptes publics, tout n'est pas perdu. Sur le plan conjoncturel, l'Hexagone est le deuxième pays de la zone euro dans lequel les prix à la consommation augmentent le moins vite.

Certes, cela entraîne de moindres hausses de salaires, mais cela signifie aussi un regain de compétitivité par rapport à nos concurrents européens, au moins en matière de coût du travail. Bref, la France est peut-être en train de faire, contre son gré, une sorte de dévaluation compétitive qui ne dit pas son nom.

Sur le plan structurel, l'aéronautique, le luxe mais aussi l'armement - un avantage comparatif important à notre époque - restent des pôles d'excellence. Le secteur technologique français est en pointe en Europe. La démographie du pays, si elle est nettement moins dynamique qu'il y a vingt ans, reste un peu meilleure que dans le reste du Vieux Continent, notamment qu'en Allemagne et en Italie. La demande y sera probablement un peu plus soutenue que chez ses voisins dans les prochaines années.

Résultat, la France a beau avoir de gros problèmes, sa croissance potentielle reste légèrement supérieure à 1 % par an, soit presque deux fois plus forte plus que celle de l'Allemagne et de l'Italie. Mais cet avantage ne peut s'installer dans la durée sans action pour le consolider. Sinon, c'est la troisième division assurée.

Guillaume de Calignon

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