Etat de la France
La France au fond du trou, vraiment ?
Publié le 27 mai 2026
Personne ne nie que la France n'est pas en grande forme. Mais le tableau « macro » n'est pas si mauvais et de bonnes nouvelles économiques mériteraient d'être plus médiatisées, relativise notre éditorialiste Dominique Seux.
La France reste la destination européenne qui accueille le plus d'investissements étrangers pour la septième année consécutive, nous a appris le baromètre EY.
C'est devenu le sport national le plus prisé du moment : dresser un tableau apocalyptique du pays. Economie, social, finances publiques, éducation, hôpitaux, moral individuel et collectif, influence de la France en Europe et dans le monde, etc. : tout est noir, sans une nuance de gris et ne parlons pas de blanc. Cela fait la manchette des journaux dominicaux et des news magazines, les émissions télévisées se régalent. Trop, c'est trop ?
Personne ne nie évidemment que la France n'est pas au top de sa forme. Elle vit un déclassement au minimum relatif. Concrètement, notre désastreuse situation des finances publiques prive en ce moment les Français d'airbag pour affronter la guerre dans le détroit d'Ormuz. Une première depuis les débuts de la Ve République. La situation politique et le désintérêt d'Emmanuel Macron pour ses concitoyens sont délétères.
Première destination d'investissements en Europe
Quelques signaux, pourtant, devraient attirer l'attention. Ainsi, la consommation de carburants en France a reculé de 6,5 % en avril (-9,1 % pour le gazole) par rapport au même mois de 2025, selon l'Ufip. La baisse a été de 11,5 % entre le 1er et le 20 mai par rapport à il y a un an (source Comité professionnel du pétrole), avec plusieurs jours fériés. Sachant que 72 % des trajets sont d'ordre privé, donc souvent ajustables, ce n'est pas un effondrement.
Seconde information qui contredit le récit du fond du trou, la France reste la destination européenne qui accueille le plus d'investissements étrangers pour la septième année consécutive, nous a appris le baromètre EY. Devant le Royaume-Uni et l'Allemagne. Mieux, elle défend ses couleurs dans les domaines d'avenir que sont l'IA, la défense et l'énergie. Ces investisseurs sont-ils assez fous de venir dans un pays à bout
Une performance
La Banque de France a eu la bonne idée, dans le dernier rapport au président de la République que lui a présenté François Villeroy de Galhau, de tracer un sobre bilan de notre situation en une quarantaine d'indicateurs. Avec des pastilles de couleur qualifiant la position de la France par rapport à la moyenne de la zone euro. Résultat : 14 pastilles vertes (on fait mieux), 12 jaunes (identique) et 17 oranges (moins bien).
Le bilan ? « Globalement sur quinze ans, écrit la Banque, la France affiche une performance intermédiaire, souvent proche de la moyenne de la zone euro, elle-même en retrait significatif par rapport aux Etats-Unis : la croissance française annuelle est de 1,1 % en moyenne, contre 1,2 % en zone euro, mais 2,3 % aux Etats-Unis. La démographie française ayant été nettement plus dynamique, le PIB par habitant augmente moins que dans l'ensemble de la zone euro (à 0,7 % par an, contre 1 %) ».
La photographie, au fil des pastilles colorées, fait ressortir des entreprises dont la situation financière est plutôt bonne, une amélioration de la situation de l'emploi, un pouvoir d'achat qui a évolué comme dans la moyenne des pays de la zone euro et une épargne abondante. La compétitivité n'est pas si mauvaise que cela et le système éducatif, contrairement au sentiment général, reste dans la moyenne (pas terrible).
« Ce qui nous manque ensemble, c'est la confiance en nous-mêmes, et la capacité à mobiliser ces atouts. Pour le dire simplement, le jeu individuel français reste de très bonne qualité ; c'est le jeu collectif qui pèche », conclut Villeroy de Galhau. Certains diront que ce tableau très « macro » ne reflète pas la fermeture des commerces de centre-ville, les rendez-vous médicaux tardifs, sans oublier les ressentiments ou l'insécurité.
Le salaire moyen réel a très peu augmenté
La vérité est que la lecture des indicateurs fournit une clé limpide au mal-être des Français. Depuis 2010, le salaire moyen réel n'a progressé que de 2,7 % en France, ce qui est très faible. En Allemagne, cette hausse a été de 12 %, aux Etats-Unis de 17 %. Si le pouvoir d'achat a grimpé, lui, de 12 % sur la même période, au même rythme qu'ailleurs, c'est grâce aux prestations sociales et aux « boucliers » de toutes sortes.
Les Français ont plus ou moins consciemment compris que tirer des chèques (publics) sur l'avenir en creusant la dette n'a aucun sens et, surtout, que ce temps-là est terminé. C'est ce travail de deuil pourtant inévitable qui nous rend groggy et si malheureux.
Dominique Seux
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