Le rendez-vous de l'Europe : Elections, Brexit, Puissance, Bruxelles, Rappel
2024, l’année des Européens ?
Le 11 janvier 2024
OPINION. Confrontée à la montée des partis eurosceptiques à l’intérieur et aux pressions russes, chinoises et américaines à l’extérieur, l’UE pourra-t-elle connaître un sursaut salvateur ? Par Cyrille Bret, Sciences Po
L'année est encore jeune mais les risques se multiplient déjà pour les Européens. À en croire les euro-pessimistes, 2024 sera sombre pour les tenants d'une Europe forte et autonome : le nouveau Parlement issu des élections européennes de juin 2024 sera dominé par les souverainistes ; le soutien à l'Ukraine est remis en question par les égoïsmes nationaux ; la solidarité budgétaire entre États membres sera mise à l'épreuve par l'élaboration du prochain cadre financier pluri-annuel ; et une éventuelle nouvelle présidence Trump dégraderait profondément le lien transatlantique et donc la cohésion des Occidentaux en Eurasie.
Et si ces risques multiples constituaient, en réalité, des occasions de renforcer l'Europe ? Paradoxalement, 2024 ne peut-elle pas être l'année des Européens ?
Parlement européen : mettre (enfin) les souverainistes au travail
Les élections européennes, qui se déroulent tous les cinq ans, constituent le jalon institutionnel et politique le plus important pour la vie du continent. Ce sont elles qui détermineront la composition du seul organe supranational directement élu par les eurocitoyens.
Au vu des récents sondages, la question n'est plus de savoir si, en juin, le Parlement verra ou non une progression des souverainistes ; il s'agit de se préparer à une situation où un rôle déterminant sera joué par des partis traditionnellement eurosceptiques : le Rassemblement national français, les Fratelli d'Italia alliés à la Ligue, le Fidesz hongrois, etc. Les deux grands mouvements politiques pro-européens - les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens - sont si affaiblis que l'élection d'eurodéputés socialistes ou Les Républicains en France est incertaine.
Les récents sondages annoncent une progression des groupes Identité et Démocratie et Conservateurs et Réformistes européens, qui regroupent les partis eurocritiques, eurosceptiques, anti-européens ou souverainistes du continent. Certes, le PPE devrait rester premier groupe en nombre de sièges au Parlement européen, les S&D devraient rester deuxièmes, et les centristes de Renew Europe troisième. Toutefois, ces trois groupes verraient tous leur nombre de sièges baisser, tandis que ID et les CRE verraient le leur augmenter.
Faut-il se résigner à voir le Parlement puis la Commission affaiblis et même paralysés par une vague anti-européenne ? Faut-il redouter une apathie politique durant toute la prochaine mandature ? L'espoir contraire est pourtant autorisé, malgré l'effacement des grands architectes de l'Union, symbolisé par la mort récente de Jacques Delors. En effet, les différents partis eurosceptiques seront sommés d'agir en raison même de leur propre succès. Les eurocitoyens toléraient l'inaction vitupérante tant que les partis souverainistes constituaient une minorité bruyante ; mais une série de victoires souverainistes au Parlement contraindront ces partis à prendre position et donc à agir concrètement.
Jouer un rôle de premier plan au Parlement européen sera, pour ces partis, un test de sérieux politique : s'ils se refusent à s'unir en groupes cohérents et s'ils dédaignent de proposer des mesures concrètes, ils ne parviendront pas à obtenir les présidences de commission et le bilan politique dont ils ont besoin pour continuer à se « notabiliser ». De même que Giorgia Meloni est devenue instantanément pro-européenne avec son accession à la présidence du conseil italien, de même les partis souverainistes seront contraints soit de se mettre au travail, soit de ruiner eux-mêmes leur crédibilité. On ne peut attendre un enthousiasme européiste de la part de ces partis. Mais on est en droit de prévoir une conversion rapide au pragmatisme institutionnel.
Budget européen : développer les solidarités et revoir les priorités
Le premier test de crédibilité du prochain Parlement et de la Commission qui en découlera (en partie) sera de contribuer à l'élaboration du cadre financier pluriannuel de l'Union. C'est là que les partis souverainistes doivent être explicitement mis au pied du mur. S'ils exigent une Union au service des citoyens, ils ne pourront pas reprendre purement et simplement le mantra des États membres autoproclamés « frugaux ».
Une réduction des dépenses européennes signifierait encore moins de protection des frontières par FRONTEX, encore moins de capacités allouées au Fonds européen de Défense et encore moins de soutien aux populations bénéficiaires des plans de relance et de résilience nationaux adoptés pour répondre aux crises économiques liées à l'épidémie de Covid-19.
Autrement dit, une vague souverainiste au Parlement mettra ces partis dans l'obligation de proposer de véritables priorités budgétaires au service des populations européennes. À défaut, ils se discréditeront.
Élargissement : affirmer sa puissance
Le deuxième test de crédibilité concernera l'élargissement en cours avec l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Moldavie et l'Ukraine en décembre dernier. Rendu presque inévitable avec l'invasion russe de 2022, ce processus crée de fortes interférences dans la façon dont l'Union influence ses marches, dans les Balkans, en mer Noire et dans le Caucase.
Là encore, les Européens peuvent soit rechigner à tenir parole, irriter les États candidats anciens ou récents et miner ainsi leur prestige à leurs frontières ; soit au contraire faire de nécessité vertu et revisiter complètement leurs méthodes de discussion avec les États candidats.
Placer les neuf candidatures sous le signe du rapprochement géopolitique permettra de continuer à se montrer exigeant en matière d'acquis communautaire sans aborder l'élargissement uniquement d'un point de vue juridique et technocratique. Si, durant la prochaine mandature européenne, les discussions sont conduites uniquement dans la perspective de renforcer l'influence de l'Europe au sud et à l'est, les irritants pourront être considérablement réduits. Si la famille européenne se montre résolument accueillante du point de vue politique, on peut être plus patient du point de vue juridique et budgétaire.
Politique extérieure : en attendant Trump
2024 s'annonce-t-elle comme une année blanche pour la géopolitique de l'Europe dans la mesure où tout sera suspendu à l'élection américaine de novembre et aux nominations du prochain président (ou de la prochaine présidente) de la Commission européenne, du nouveau président (ou de la nouvelle présidente) du Conseil européen, et du prochain haut représentant (ou de la prochaine haut représentante) pour la politique extérieure ? Au moment même où le président chinois durcit le ton envers l'Europe, où le président russe prépare sa réélection et réitère ses déclarations condescendantes et agressives envers l'UE et où les « transatlantiques » perdent du terrain à Washington, l'Europe sera-t-elle aux abonnés absents en attendant des nominations qui ne surviendront qu'après l'été ?
Le premier semestre 2024 présente au contraire des occasions inespérées pour les Européens sur la scène internationale : le recul de l'administration Biden sur le dossier ukrainien ouvre la possibilité pour Bruxelles de montrer les fruits d'une décennie de soutien à Kiev, éclipsée par l'attention portée à la communication de l'administration américaine et de la présidence Zelensky.
C'est au premier semestre 2024 que les grands soutiens bilatéraux de l'Ukraine - Allemagne, Pologne, France, baltes - doivent souligner leur bilan (sanctions sans précédent, soutien décennal, etc.). Plus radicalement, la perspective d'une nouvelle présidence Trump doit être analysée comme une bonne nouvelle pour l'autonomie stratégique européenne. Si elle se concrétise, elle soulignera de nouveau que le lien transatlantique et l'OTAN ne peuvent suffire à protéger les Européens contre les dangers internationaux qui pèsent sur eux.
Si les risques s'accumulent pour les Européens en 2024, les occasions peuvent, elles aussi, se multiplier, pour peu qu'elles soient identifiées, saisies et exploitées. 2024 peut être l'année des Européens, à condition qu'ils ne s'installent pas dans l'attente.
Brexit : plus de la moitié des Britanniques souhaitent un retour du Royaume-Uni dans le marché unique de l'UE
Le 30 novembre 2023
Une majorité de Britanniques serait favorable à un retour du Royaume-Uni au sein du marché unique européen, même si cela impliquait de rétablir la libre circulation des personnes entre les Etats membres, selon un sondage publié mercredi.
Vers un come-back du Royaume-Uni au sein du marché unique européen ? C'est en tous cas le souhait de la majorité des Britanniques selon un sondage publié mercredi 29 novembre.
Près de quatre ans après le Brexit, selon un sondage de YouGov, qui a interrogé 2.138 adultes entre vendredi et dimanche, 57% des Britanniques soutiendraient un retour dans l'Union européenne et 22% y seraient opposés, a indiqué l'institut. 52% des personnes sondées estiment également que la sortie de l'UE n'était pas la bonne décision. En toute logique, les Britanniques qui ont voté contre le Brexit sont les plus enclins à un retour dans le marché unique (à 83% des sondés), quand seulement 35% de ceux qui ont voté pour une sortie de l'UE en 2016 seraient en faveur de cette proposition.
Pénurie de main d'œuvre
Une adhésion au marché unique européen rétablirait la libre circulation des biens, des services mais aussi des personnes entre le Royaume-Uni, l'Union européenne et d'autres pays non-membres de l'UE tels que la Norvège. Un revirement pour le moins symbolique, quand on sait que le Brexit s'est en grande partie joué sur la promesse de « reprendre le contrôle » des frontières britanniques. Mais, depuis 2020, les arrivées légales et illégales sur le territoire - notamment via des bateaux de migrants qui traversent la Manche - ont grimpé en flèche, mettant le Premier ministre britannique Rishi Sunak sous pression à quelques mois des élections législatives, prévues d'ici à fin 2024.
De l'autre côté, la fin de la liberté de circulation et le durcissement des règles d'immigration ont contribué à une pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs, et les entreprises britanniques se sont également plaintes d'une augmentation des formalités administratives pour les exportations vers l'UE.
En cas de victoire, le leader du parti travailliste ne cherchera pas à rejoindre les 27
Pourtant le retour dans l'union n'est pas une promesse brandit par les politiques. Le leader du parti travailliste Keir Starmer, donné vainqueur des prochaines élections législatives, a assuré qu'il ne chercherait pas à rejoindre les 27, le marché unique ou l'union douanière en cas de victoire, malgré son opposition au Brexit. Pour Fintan Smith, responsable de la recherche politique de YouGov, le Labour pourrait adopter une position plus audacieuse sur le sujet, sachant que 72% des Britanniques interrogés - partisans ou non du Brexit - sont favorables à un resserrement des liens commerciaux avec l'UE. Début octobre, le gouverneur de la Banque d'Angleterre Andrew Bailey insistait ainsi sur la nécessité pour l'économie britannique de ne pas tomber dans l'isolationnisme post-Brexit. La sortie de l'Union européenne « a effectivement créé des opportunités », et si « nous avons réussi à ce que la plupart du marché et du secteur (financier britannique) restent » au Royaume-Uni, « nous devrons travailler encore plus dur pour être sûrs de ne pas devenir isolationnistes ».
L'institut monétaire britannique et les membres de son comité de politique monétaire dénoncent depuis des mois l'impact négatif de la sortie britannique de l'UE sur le commerce extérieur, la productivité et l'inflation. En revanche, pour le gouverneur, à plus long terme, ce choc devrait s'atténuer car « ces relations commerciales s'ajustent à l'économie réelle et nous construisons de nouveaux échanges ».
Les indépendantistes écossais rêvent d'Europe
Par ailleurs, le parti indépendantiste au pouvoir en Écosse, le SNP, a de nouveau défendu mi-novembre sa volonté de voir le territoire rejoindre « rapidement » l'Union européenne s'il gagne un jour son indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Le Scottish National Party affirme qu'il « candidatera pour rejoindre l'UE dès que possible » après avoir obtenu l'indépendance de l'Écosse, selon un document publié vendredi et détaillant la stratégie du parti.
« Nous, les Écossais, avons été exclus de l'UE contre notre volonté » depuis le Brexit, alors même qu'une majorité d'Écossais s'était prononcé pour rester dans l'UE lors du référendum de 2016, a rappelé le ministre de la Culture et des Affaires extérieures Angus Robertson, en introduction de ce document. Deux ans auparavant, le « non » l'avait emporté lors d'un référendum organisé en Écosse sur l'indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Mais pour les indépendantistes la sortie de l'UE a rebattu les cartes car « la décision du gouvernement (britannique) de chercher un Brexit "dur" a eu pour conséquence pour l'Écosse d'être pénalisée au niveau économique, social et culturel ».
Mobilité internationale : les passeports européens parmi les plus « puissants » au monde
Les passeports délivrés par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne figurent toute en haut du dernier indice Henley, qui classe les passeports en fonction du nombre de pays où leurs détenteurs peuvent se rendre sans visa.
194 : c’est le nombre de pays, sur un total de 227, dans lequel vous pouvez vous rendre sans avoir à demander de visa si vous possédez un passeport français, allemand, italien ou espagnol. Occupent également la première place leurs équivalents singapouriens et japonais, qui caracolent habituellement seuls en tête de ce classement réalisé par le cabinet anglais de conseil en résidence et en citoyenneté Henley & Partners, à partir des données de l’Association internationale du transport aérien (IATA).
A la deuxième place, avec 193 destinations, la Corée du Sud s’associe à la Finlande et à la Suède. Tandis que quatre autres pays de l’UE – l’Autriche, le Danemark, l’Irlande et les Pays-Bas – se partagent la troisième place en offrant l’accès à 192 pays. Le reste du Top 10 est largement dominé par les pays européens, le Royaume-Uni grimpant deux rangs à la quatrième place avec un accès sans visa à 191 destinations, contre 188 il y a un an.
Forte progression des pays en développement
Les détenteurs de passeports australiens et néo-zélandais améliorent leur classement pour occuper la sixième place (189 destinations), tandis que les États-Unis conservent leur septième place (188). Enfin, la dernière place du classement est tenue par l’Afghanistan dont le passeport ne donne accès qu’à 28 pays sans demander de visa à l’avance. Alors que le Royaume-Uni et les États-Unis occupaient conjointement la plus haute marche du podium de l’indice 2014.
Au cours des dix dernières années, ce sont les Émirats arabes unis qui ont enregistré la plus forte progression avec un gain de 106 destinations et un triple-saut de 44 places de la 55e position à la 11e position. L’Ukraine (32e) et la Chine (non classée avec seulement 85 pays) ont quant à elle gagné 21 places sur la même période.
Ouverture et enrichissement vont de pair
En combinant les données de son indice et celles de la Banque mondiale sur les PIB mondiaux, Henley a créé un indicateur du pourcentage du PIB mondial que chaque passeport procure à ses détenteurs en l’absence de visa. Résultat : la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne arrivent en tête, suivies des Pays-Bas à la deuxième place, devant Singapour qui vient compléter le podium.
« Le discours global qui lie une plus grande performance économique à l’accès sans visa et à l’ouverture au commerce international, à l’investissement et à l’échange de compétences est à nouveau fortement mis en évidence », a commenté l’ancien économiste en chef de Lloyds Bank Trevor Williams, cité par le cabinet Henley.
Ce dernier s’est fait une spécialité ce qu’il a lui-même nommé « concept de résidence et de citoyenneté par l’investissement » dans les années 1990. Il accompagne investisseurs et entrepreneurs internationaux voulant acquérir un deuxième passe port et une deuxième nationalité via des programmes gouvernementaux visant à attribuer des passeports à ceux qui investissent dans leur économie. Pour obtenir un passeport chypriote, par exemple, ces hommes d’affaires doivent acheter sur l’île une propriété d’une valeur minimum de 2 millions d’euros et contribuer à hauteur de 150 000 euros aux fonds du gouvernement. Moyennant quoi ils ont accès sans visa à plus de 170 pays dont l’UE, le Royaume-Uni et le Canada.
Les passeports dorés dans le viseur de Bruxelles
Ces passeports dorés ne sont évidemment pas du goût de l’Union européenne, en particulier dans le contexte des sanctions contre les oligarques russes. S’ils sont interdits de visa depuis le début de la guerre en Ukraine, le Parlement européen n’en réfléchit pas moins à proposer des règles communes à tous les États membres pour leurs programmes de citoyenneté et résidence par l’investissement.
Auteure d’un rapport d’initiative législative invitant la Commission à présenter une proposition en ce sens, l’eurodéputé néerlandaise Sophia in ’t Veld (Renew Europe) estimait en mars 2022 que « ces programmes ne servent qu’à fournir une porte dérobée pour entrer dans l’UE aux individus suspects qui ne peuvent pas y entrer par la grande porte ». « Le moment est venu de fermer cette porte, pour que les oligarques russes et d’autres personnes disposant d’argent sale restent dehors, estimait-elle. Les gouvernements des États membres ont refusé de s’attaquer au problème, affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une question européenne. Au vu de ce qui se passe actuellement, ils ne peuvent plus éluder le problème. »
Sophie Creusillet
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Le chiffre |
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6,4 % |
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Le taux de chômage de la zone euro a reculé de 0,1 point en novembre par rapport à octobre, à 6,4 % de la population active, son plus bas niveau historique malgré une conjoncture économique morose, selon des données publiées mardi 9 janvier par Eurostat. |
Ecoréseau du 10/01/24
12 octobre… 2012, l’UE décroche le prix Nobel de la paix
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Ecoréseau du 12/10/23
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