Le rendez-vous de l'Europe : Rapport, 1 000 milliards, Compétitivité, Championne, Forte, Concrète, Protège, Lutte
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Chers lecteurs et chères lectrices de L’Expresso,
Hier à Bruxelles, Mario Draghi a présenté son rapport tant attendu que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lui avait commandé il y a un an. |
Compétitivité : l’UE doit agir rapidement pour rivaliser
Le 17 avril 2024
L’ancien Premier ministre italien Enrico Letta appelle l’Union européenne à agir sans délai pour combler son retard en matière de compétitivité par rapport aux États-Unis.
A travers son insistance sur la nécessité de créer un marché intérieur robuste pour les services financiers, Enrico Letta met alors en garde contre les conséquences de l’augmentation des prix de l’énergie et de la concurrence étrangère soutenue par des subventions massives et des réglementations allégées.
L’Union européenne semble ainsi confrontée à un défi urgent, selon Enrico Letta, actuellement président de l’Institut Jacques Delors. Alors que les États-Unis et la Chine bénéficient d’un avantage compétitif, l’Europe doit donc d’après lui agir rapidement pour ne pas être hors course. Notons également que cette mise en garde intervient alors que l’UE se prépare à un sommet crucial à Bruxelles cette semaine.
Ainsi, la montée en flèche des prix de l’énergie en Europe, à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine, exacerbe les difficultés de l’industrie européenne déjà confrontée à une concurrence féroce. Letta souligne dans ce contexte, l’urgence d’agir, déclarant qu’« il n’y a pas de temps à perdre ».
Quels investissements ?
De plus, parmi les préoccupations d’Enrico Letta figurent les technologies d’avenir telles que les panneaux solaires, les batteries, les puces électroniques et l’intelligence artificielle. Ainsi, l’Europe devrait davantage miser sur elles pour rester compétitive. Le Vieux Continent, pour assoir sa compétitivité, devra également investir massivement dans la transition écologique et numérique, qui nécessite actuellement plus de 620 milliards d’euros supplémentaires par an.
Pour mobiliser de tels fonds, Letta insiste sur la nécessité de parachever un marché unique des services financiers. Actuellement, des réglementations nationales divergentes entravent grandement les efforts pour exploiter pleinement un marché de 450 millions d’habitants, ce qui fragmente ainsi l’épargne et l’investissement européens.
Promouvoir les capitaux européens
L’absence de levées de fonds à grande échelle désavantage alors les start-up européennes, les incitant donc à chercher du financement aux États-Unis, où les marchés financiers sont plus puissants et attractifs. Face à cela, Letta propose alors la construction d’une Union de l’épargne et de l’investissement pour retenir les capitaux européens et promouvoir la croissance locale.
De même dans le domaine de la défense, l’Europe est confrontée à des défis similaires. La fragmentation du marché nuit à sa capacité à mobiliser les ressources nécessaires pour renforcer ses forces militaires. Letta le souligne : « Environ 80% de ce que nous avons dépensé pour soutenir militairement l’Ukraine est allé vers des fournisseurs non européens. C’est de la folie. » D’après lui, l’urgence repose sur le fait de renforcer la filière européenne dans ce domaine.
Enrico Letta met alors en garde contre le risque que l’Europe soit laissée pour compte dans la course à la compétitivité mondiale. Selon lui, l’UE doit agir rapidement et de manière décisive pour créer un environnement favorable à la croissance économique et à l’innovation, et ce, afin de rivaliser avec les géants économiques tels que les États-Unis et la Chine déjà bien avancés dans la course…
LA SOUS-TRAITANCE ÉLECTRONIQUE RESTE FORTE EN EUROPE
https://vipress.net/la-sous-traitance-electronique-reste-forte-en-europe/
Le 12 Juin 2024
Malgré le déclin de la production électronique européenne décrit hier par l’IPC dans un rapport, l’organisation professionnelle estime que la sous-traitance électronique reste forte sur notre continent et va par conséquent jouer un rôle crucial dans le soutien aux transitions numérique et écologique de l’Europe.
Dans un rapport publié en début de semaine et sur lequel nous sommes revenus hier dans ViPress, l’IPC a exhorté l’Europe à enrayer le déclin de sa production électronique, alertant sur le fait que, si rien n’est fait, ce déclin va se poursuivre et mettre en péril les priorités stratégiques de l’UE en termes de sécurité, de résilience industrielle et de compétitivité.
Dans ce rapport qui prend en compte la production électronique européenne dans son ensemble et huit secteurs applicatifs stratégiques (Aérospatial/Défense, Automatisation, Santé, Mobilité, Énergies renouvelables, Sécurité, Serveurs, Infrastructures télécoms), l’IPC fait un point sur les différents pans de la filière électronique en Europe, y compris la sous-traitance qui constitue clairement pour l’organisation professionnelle le domaine qui résiste le mieux au déclin décrit dans ce rapport.
L’IPC parle même d’un avenir prometteur pour le marché européen de la sous-traitance électronique, porté par les progrès technologiques en cours et les initiatives stratégiques visant à améliorer la compétitivité et la durabilité. Qui plus est, la complexité croissante et l’intégration de l’électronique dans divers secteurs continueront de stimuler la demande de services de sous-traitance, d’autant que l’évolution vers des chaînes d’approvisionnement plus durables et localisées créera de nouvelles opportunités dans l’UE.
Alors que l’UE continue d’investir dans les technologies de fabrication avancées et de renforcer son écosystème électronique, la sous-traitance devrait jouer un rôle crucial dans le soutien aux transitions numérique et écologique de l’Europe, selon l’IPC, qui précise qu’elle pourra maintenir son avantage concurrentiel et contribuer à la croissance et à la résilience de la fabrication électronique européenne dans son ensemble en se concentrant sur l’innovation, l’efficacité et la durabilité.
Preuve de la bonne résistance de ce secteur au déclin de la production européenne, le nombre de sous-traitants en électronique n’a que très peu diminué au cours de la dernière décennie, comme le montre la figure en bas de cet article. Et la France reste un haut lieu de la sous-traitance électronique européenne avec le deuxième plus important contingent d’entreprise en Europe, derrière l’Allemagne, mais loin devant des pays tels que la Grande Bretagne et l’Italie (voir carte ci-dessous).
Si le marché de la sous-traitance électronique résiste bien, c’est parce qu’il s’est adapté au fil du temps. Retraçant l’historique de ce secteur, l’IPC note qu’il a considérablement évolué au cours des dernières décennies.
Initialement, la sous-traitance était considérée comme une fonction de support pour les équipementiers, en fournissant des services d’assemblage de base, avant de connaître, dans les années 1990, une croissance rapide en raison de l’externalisation accrue des équipementiers motivée par la nécessité de réduire leurs coûts et de se concentrer sur leurs compétences de base. Cette période a vu l’essor de grands groupes de sous-traitance, essentiellement américains, tels que Flextronics, Jabil ou encore Celestica, mais qui ont établi une forte présence en Europe grâce à des fusions, des acquisitions et la mise en service d’usines sur notre continent.
Dans les années 2000, la sous-traitance européenne a continué à se développer à mesure que les progrès technologiques et la mondialisation alimentaient la demande de services plus complexes et de grande valeur. L’adoption de technologies de fabrication avancées, telles que la technologie de montage en surface (SMT) et les chaînes d’assemblage automatisées, a par ailleurs permis aux sous-traitants d’offrir une gamme plus large de services, notamment la conception, le test et la logistique. La croissance du secteur a également été portée par la complexité croissante des produits électroniques et la nécessité de cycles de vie plus courts des produits, ce qui a imposé des solutions de fabrication flexibles et évolutives.
Aujourd’hui, la sous-traitance électronique est un élément essentiel de l’écosystème de la fabrication électronique en Europe, en proposant une gamme diversifiée de services, depuis l’assemblage de base jusqu’à la gestion complète du cycle de vie du produit, en passant par la conception, le test, l’ingénierie, l’assemblage complet du produit, la logistique et les services après-vente. L’IPC note également que la sous-traitance électronique en Europe est très compétitive et comprend à la fois des géants mondiaux et de nombreuses PME qui approvisionnent des marchés de niche et des applications spécialisées.
Le marché de la sous-traitance dans l’UE est tiré par plusieurs secteurs clés, dont les huit secteurs analysés dans le rapport de l’IPC. Le secteur automobile, par exemple, a connu une croissance substantielle en raison de l’intégration croissante de l’électronique dans les véhicules et de l’essor des véhicules électriques et autonomes. L’électronique industrielle représente également un segment de marché important, stimulé par la demande de solutions d’automatisation et de fabrication intelligente. De plus, le secteur de l’électronique médicale s’est lui aussi développé, alimenté par les progrès des dispositifs médicaux et des équipements de diagnostic.
Malgré ses atouts, la sous-traitance électronique européenne est confrontée à plusieurs défis, parmi lesquels la concurrence croissante des régions manufacturières à bas coûts, en particulier en Asie. Des pays comme la Chine et le Vietnam offrent des coûts de main-d’œuvre inférieurs et ont développé de solides capacités de sous-traitance, ce qui en fait des alternatives attrayantes pour les équipementiers cherchant en premier lieu à réduire leurs coûts de fabrication, selon l’IPC. Ce qui impose aux sous-traitants européens d’innover en permanence pour améliorer leur efficacité et rester compétitifs.
Un autre défi important est la dépendance à l’égard des composants et des matériaux importés. La sous-traitance européenne dépend fortement des chaînes d’approvisionnement mondiales pour les composants électroniques clés, tels que les semiconducteurs et les circuits imprimés. Les perturbations de ces chaînes d’approvisionnement, comme on l’a vu lors de la pandémie de Covid-19, peuvent avoir des impacts importants sur les délais et les coûts de production. En outre, les exigences réglementaires et les normes strictes de l’UE ajoutent de la complexité et des coûts aux processus de fabrication.
Pour relever ces défis, l’IPC observe que les sous-traitants de l’UE se concentrent sur plusieurs initiatives stratégiques. L’un des domaines clés est l’adoption des technologies de l’Industrie 4.0, notamment l’IoT, l’IA et la robotique avancée, qui permettent une plus grande automatisation, améliorent l’efficacité de la production et permettent des processus de fabrication plus flexibles.
En tirant parti de ces avancées, les sous-traitants peuvent réduire les coûts, améliorer la qualité des produits et offrir davantage de services à valeur ajoutée à leurs clients. Un autre objectif stratégique consiste bien évidemment à renforcer les chaînes d’approvisionnement régionales et à réduire la dépendance à l’égard des sources non européennes, ce à quoi contribuent des initiatives de l’UE telles que l’European Chips Act concernant la production de semiconducteurs en Europe.
Enfin, l’accent est de plus en plus mis sur la durabilité et les pratiques de fabrication respectueuses de l’environnement, ce qui joue en faveur des sous-traitants européens qui adoptent de plus en plus des procédés de fabrication plus écologiques et se concentrent sur la recyclabilité et l’efficacité énergétique de leurs produits.
IA et lutte contre la haine : les recommandations du panel de citoyens à la Commission européenne
Le 17 juin 2024
Le mois dernier, lors de la session finale du panel de citoyens européens sur la lutte contre la haine dans la société, 150 citoyens européens ont adressé 21 recommandations à la Commission européenne et aux autorités nationales afin de lutter contre la haine sous toutes ses formes et de favoriser le respect mutuel. La modération de l’IA pour les plateformes en ligne en fait partie.
Pour la Commission :
“Toutes les formes de haine et d’intolérance sont incompatibles avec les valeurs de dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’état de droit et de respect des droits de l’homme, consacrées par le traité sur l’Union européenne”.
Elle a mis en place en 2016 un code de conduite visant à lutter contre les discours de haine
illégaux en ligne auquel ont adhéré dans un premier temps Facebook, Microsoft, Twitter et YouTube puis Instagram, Google, Snapchat, Dailymotion et Jeuxvideo.com. L’évaluation des discours haineux qui leur sont notifiés par les internautes et une suppression rapide des contenus illégaux figurent parmi leurs engagements.
Věra Jourová, vice-présidente chargée des valeurs et de la transparence déclarait en 2020 lors d’une évaluation de cet instrument :
“Le code de conduite reste un exemple de réussite pour lutter contre les discours de haine illégaux en ligne. Il a permis des améliorations qui étaient urgentes tout en respectant pleinement les droits fondamentaux. Il a créé de précieux partenariats entre les organisations de la société civile, les autorités nationales et les plateformes informatiques”.
Elle ajoutait :
“Il est temps à présent de veiller à ce que toutes les plateformes aient les mêmes obligations au sein de l’ensemble du marché unique et de clarifier, sur le plan législatif, les responsabilités des plateformes afin de garantir aux utilisateurs une plus grande sécurité en ligne. Ce qui est illicite hors ligne l’est aussi en ligne”.
L’entrée en vigueur du DSA
Le DSA (Digital Services Act), après avoir été appliqué en août 2023 aux grandes plateformes comptant de plus de 45 millions d’utilisateurs au sein de l’UE ainsi qu’aux moteurs de recherche, s’adresse depuis février dernier à toutes les plateformes en ligne à l’exception des petites et microentreprises employant moins de 50 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à 10 millions d’euros. Il exige entre autres qu’elles publient un rapport sur leurs procédures de modération de contenu au moins une fois par an.
La Commission a d’ailleurs ouvert en avril dernier une procédure formelle afin de déterminer si Meta, qui détient Facebook et Instagram, a enfreint ce règlement.
Un panel de citoyens dédié à la lutte contre la haine
En décembre dernier, la Commission et le haut représentant ont adopté une communication conjointe intitulée “Pas de place pour la haine : une Europe unie contre toute forme de haine“, qui incite à redoubler d’efforts pour lutter contre la haine. On peut y lire :
“Il apparaît clairement que la haine de manière générale a connu une recrudescence ces dernières semaines. La haine engendre la haine : elle constitue une force destructrice, pas uniquement pour certaines communautés, mais pour nous tous. La haine représente une menace pour notre société et notre démocratie. Nous ne pouvons accepter que des citoyens soient empêchés de jouer pleinement leur rôle en raison de leur apparence, de leurs convictions, de la personne qu’ils aiment ou de leurs origines”.
La création de ce panel de citoyens européens consacré à la lutte contre la haine dans la société est une des réponses à cette communication.
Les recommandations du panel
Pendant trois week-ends, 150 citoyens sélectionnés de manière aléatoire, représentant les 27 États membres de l’UE, se sont réunis pour discuter des divers facteurs et causes de la haine dans l’UE ainsi que des moyens de les combattre, tant physiquement qu’en ligne.
Outre la modération de l’IA pour protéger les médias sociaux contre les discours de haine, les recommandations du panel sont les suivantes :
- Sensibilisation accrue concernant les mesures prises et existantes et les mesures correctives visant à lutter contre la haine grâce à une campagne publique ;
- Création d’une plateforme à l’échelle de l’UE qui combine les informations, les ressources et les mesures relatives à la haine ainsi que les systèmes de soutien aux personnes touchées ;
- Carte européenne pour surfer en toute sécurité ;
- Formation à la tolérance (T4T) ;
- Renforcement des compétences sociales et émotionnelles des enfants et des jeunes pour prévenir la haine ;
- Éducation de toutes les générations pour toutes les nations sur la communication non violente ;
- Aide publicitaire contre la haine ;
- Fiabilité, faits et transparence : vérification et clarification du financement des informations ;
- L’Europe vous rencontre : médias participatifs pour les citoyens ;
- Lutter contre l’anonymat en ligne pour lutter contre la haine ;
- Une Europe, une définition : criminaliser les discours de haine ;
- Éclatement de la bulle : promouvoir des perspectives divergentes sur les médias sociaux ;
- Contribution au retour à la notion de vie ;
- Création d’un comité de confiance indépendant ;
- À la recherche des citoyens : lutter contre les inégalités sociales face à la lutte contre la haine dans l’UE ;
- Office national de lutte contre la haine dans les États membres ;
- Protocole européen de réponse efficace pour les notifications de crimes de haine ;
- Diffusion d’une culture du débat dans les écoles grâce aux panels de citoyens ;
- Création de panels de citoyens européens pour les jeunes (16-25 ans) pour lutter contre la haine ;
- Développement des services civiques volontaires dans les communautés locales pour adultes.
Věra Jourová conclut :
“Nous assistons à un fleuve de messages haineux de plus en plus nombreux, en particulier en ligne. Elles viennent s’ajouter à une polarisation croissante de nos sociétés et à la fracture démocratique. Dans les scénarios les plus pessimistes, des propos violents peuvent conduire à des actions violentes. Je me réjouis que les citoyens, dans le cadre du panel des citoyens européens, aient reconnu les risques de discours haineux et formulé des recommandations claires et ambitieuses pour lutter contre les discours haineux”.
Si vous désirez contribuer au débat en ligne en cours sur la lutte contre la haine dans la société, cliquer ici.
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