Le retour du bio (suite)
Consommation en hausse mais surfaces en baisse : le paradoxe du bio en France
Publié le 17 juin 2026
La France a perdu plus de 30 000 hectares cultivés en bio en 2025, poursuivant une tendance amorcée depuis 2023. Une contraction de l’offre qui contraste avec la reprise de la consommation, revenue à 12,6 milliards d’euros, et qui complique les ambitions publiques pour 2030.
Pourquoi les surfaces bio reculent elles en France malgré la hausse de la demande ?
Les surfaces bio représentent 2,69 millions d’hectares, soit 10 % des terres agricoles
L’objectif public est fixé à 21 % de surfaces bio d’ici à 2030.
La consommation repart à la hausse, atteignant 12,6 milliards d’euros (+3,6 %).
Les œufs bio tirent la croissance, tandis que la viande bovine recule.
Près de 44 000 terrains de football : telle est la surface de terres cultivées en bio que la France a perdue en 2025. L'Hexagone a égaré 30 737 hectares précisément, d’après les chiffres publiés ce mardi par l’Agence bio. Cet organisme est chargé du développement et de la promotion de ce mode de production sans pesticides ni engrais de synthèse.
C’est la troisième année d’affilée que l’Hexagone voit ses surfaces agricoles dédiées au bio se réduire. Cette baisse est dans une moindre mesure cependant que les deux précédentes. Ces dernières avaient respectivement vu disparaître 54 200 hectares en 2023 et 56 200 en 2024.
Le nombre de surfaces agricoles en bio est très loin de l'objectif fixé par le gouvernement à horizon 2030.
Les surfaces agricoles biologiques atteignent aujourd’hui 2,69 millions d’hectares, soit 10 % de la surface agricole française. Ce niveau est relativement stable depuis 2021, mais bien loin des objectifs de l’État.
Le gouvernement a en effet fixé, dans la loi d’orientation agricole de 2025, un niveau de 21 % de surfaces bio sur l’ensemble des surfaces agricoles d’ici 2030. Pour y parvenir, il faudrait donc doubler les surfaces en seulement quatre ans. Un véritable défi.
Une consommation proche de son pic
Un facteur pourrait inciter les exploitants à passer au bio selon l’Agence bio : la hausse de la consommation. Celle-ci a repris des couleurs en 2025, grimpant de +3,6 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre 12,6 milliards d’euros. Une progression qui s’explique par un léger effet prix, mais surtout par une augmentation des volumes vendus.
Bio: « la demande va continuer d'être là », croit La Vie Claire
La consommation se rapproche de son pic de 12,83 milliards d’euros atteint en 2020. La crise sanitaire liée au Covid-19 ayait alors boosté les achats de produits bio. Les années de forte inflation ont par la suite réduit le pouvoir d’achat des ménages, qui se sont moins tournés vers eux.
Malgré ce contexte, les Français et Françaises ont maintenu des dépenses en faveur du bio deux fois supérieures à ce qu’elles étaient près de dix ans plus tôt (environ 12 milliards en 2022, 2023 et 2024 contre près de 6 milliards en 2015).
« La reprise de la consommation offre une opportunité historique et confirme la crédibilité de notre filière. L’enjeu est désormais de traduire cette attente des consommateurs en un élan collectif concret, pour sécuriser nos producteurs actuels, donner confiance et inciter les installations et les conversions », estime Bruno Martel, président de l’Agence bio, cité dans un communiqué.
Les œufs bio ont le vent en poupe
Cette reprise de la consommation s’observe sur de nombreuses familles de produits bio. Les œufs sont ceux qui ont vu leurs volumes le plus augmenter en 2025 : +7,5 %. Les Français les plébiscitent pour leur apport en protéines et leur côté meilleur marché que la viande.
Cette dynamique positive de la consommation de bio en 2025 concerne particulièrement les œufs, les fruits et légumes et les produits laitiers.
Les ventes de viande bio, justement, n’ont pas connu la même année. Si celles de volaille ont progressé (+4,1 %), celles de viande bovine ont en revanche reculé (-1,6 %).
Les produits laitiers bio ainsi que les fruits et légumes bio ont chacun fini 2025 dans le vert (à respectivement +4,5 % et +4,8 % de ventes en volumes). Tout comme les produits de boulangerie et pâtisserie, d’épicerie sucrée et salée, les produits traiteur, les surgelés ou encore la charcuterie.
Côté circuits de distribution, ce sont les magasins spécialisés (magasins bio) qui ont profité de la plus forte hausse (+8,5 %). La grande distribution a toutefois enregistré elle aussi une progression des ventes de produits bio (+1,2 %), pour la première fois depuis 2021. C’est le « signe que la reprise d’une croissance dynamique dans ce circuit de distribution est possible », veut croire l’Agence bio. L’avenir le confirmera, ou non.
Agathe Perrier
/image%2F0284039%2F20260703%2Fob_c54bd8_complement-d-information.png)
/image%2F0284039%2F20260703%2Fob_28ef4f_photo-complement-d-infos.jpg)
/image%2F0284039%2F20260703%2Fob_060829_logo-competitivite-in-france-ines-rich.jpg)