Les sondages, devons-nous s'en méfier ?
Bolloré, Arnault ou indépendants… A qui appartiennent les instituts de sondage ?
Publié le 24/07/2026
EXPLICATIONS• CSA, OpinionWay, Ifop… Qui contrôle les instituts de sondage qui rythment la vie politique française ? « 20 Minutes » fait le point
L'essentiel
- A moins d’un an de la présidentielle, 20 Minutes fait le point pour savoir qui contrôle les principaux instituts de sondage qui rythment la vie politique française.
- CSA appartient au groupe Bolloré depuis 2015 via Havas, et ses sondages sont régulièrement commandés ou repris par CNews, Europe 1, le JDD et Canal+, médias du même groupe qualifiés de proches de l’extrême droite.
- OpinionWay a été racheté à 75 % en 2022 par le groupe Les Echos-Le Parisien, filiale de LVMH appartenant au milliardaire Bernard Arnault, mais LVMH a prévu de mettre en vente l’institut selon l’Informé en mai.
- L’Ifop et Ipsos sont considérés comme les plus indépendants, l’Ifop étant détenu par des investisseurs financiers sans lien avec un groupe de médias et qualifié par Geopix comme « l’institut le plus indépendant du paysage français sur le plan capitalistique », tandis qu’Ipsos est coté en Bourse avec un capital dilué entre investisseurs institutionnels.
Ifop, Ipsos, OpinionWay, CSA… En France, il existe de nombreux instituts de sondage mais certains dominent le marché. Et comme le note le média d’enquête Bon Pote, certaines de ces entreprises appartiennent à des hommes d’affaires, qui peuvent afficher des positions d’extrême droite, ce qui n'est pas sans conséquences sur les enquêtes. Alors, qui sont les propriétaires des principaux instituts de sondage qui rythment la vie politique française ? 20 Minutes fait le point.
CSA, propriété directe de Vincent Bolloré
L’institut CSA appartient depuis 2015 à Havas, qui appartient elle-même au groupe Bolloré. Depuis que Vivendi a éclaté en quatre sociétés distinctes fin 2024, Havas est redevenue une entreprise cotée en Bourse et le groupe Bolloré a renforcé son actionnariat, avec plus de la moitié du capital détenu par les différentes entités familiales, début 2026, selon Havas.
Or, le milliardaire Vincent Bolloré possède également CNews, Europe 1, le JDD et Canal+. Le problème ? Une bonne partie des enquêtes réalisées par CSA se retrouvent commandées ou reprises par ces mêmes titres, régulièrement qualifiés de proches de l’extrême droite. Et depuis le début de l’année, le classement annuel des « personnalités préférées des Français » du JDD n’est plus réalisé par l’Ifop mais par CSA, soit deux propriétés Bolloré, comme l’a relevé le site d’enquête Bon Pote. Et la nouvelle liste des personnalités proposées aux sondés a vu entrer plusieurs figures d’extrême droite. Le Monde soulevait que les sept responsables politiques arrivés en tête étaient tous publiés chez Fayard…. La maison d’édition du même groupe Bolloré.
OpinionWay : la fin du chapitre Arnault ?
Racheté à 75 % en 2022 par le groupe Les Echos-Le Parisien, filiale du groupe LVMH du milliardaire Bernard Arnault, OpinionWay est scruté pour la même raison que CSA, car ses sondages ont pu alimenter des médias appartenant à son propre actionnaire. Bon Pote rappelle par ailleurs deux épisodes, avec l’opposition frontale de Bernard Arnault au projet de la taxe Zucman, et son soutien affiché à Donald Trump, peu après son investiture.
Mais selon une information de l’Informé, publiée en mai, LVMH a prévu de mettre en vente l’institut. Comme le souligne Geopix, ce cumul n’est pas neutre. Quand la même personne finance à la fois la presse qui commente des résultats et l’institut qui les produit, cela nourrit le doute sur l’indépendance réelle des études.
Ifop et Ipsos, les plus indépendants ?
Deux incontournables du secteur échappent aux propriétaires milliardaires. L’Ifop, le plus ancien institut de sondage de France (1938), est détenu par des investisseurs financiers regroupés dans le fonds LFPI, sans lien avec un groupe de médias. Il est dirigé par Frédéric Dabi et n’appartient à aucun grand groupe industriel ou médiatique. Il est considéré par Geopix comme « l’institut le plus indépendant du paysage français sur le plan capitalistique ».
Ipsos, fondé en 1975 par Didier Truchot qui en est toujours le principal actionnaire, est coté en Bourse. Son capital est largement dilué entre investisseurs institutionnels. Il s’est d’ailleurs agrandi en 2025, avec l’institut BVA qui a rejoint le groupe d’Ipsos. Son directeur général délégué, Brice Teinturier, est avec Frédéric Dabi d’Ifop, le sondeur le plus médiatisé de France, relève Geopix.
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Présidentielle : comment sont fabriqués les sondages ?
Publié le lundi 11 mai 2026
À un an de l'élection présidentielle, les sondages occupent déjà une place déterminante dans la campagne. Certains candidats annoncent qu'ils s'appuieront sur les sondages d'intentions de vote pour se déclarer ou se désister à l'automne. Comment alors sont fabriquées ces enquêtes ?
À un an de l’élection présidentielle, les sondages occupent une place déterminante dans la campagne, alors que les dates du scrutin ne sont pas encore fixées. Pour la première fois depuis 2007, le président sortant n’a pas le droit de se représenter pour un troisième mandat selon la Constitution. De quoi aiguiser les appétits présidentiels : près d'une quarantaine de candidats déclarés ou supposés sont recensés. À droite et au centre, certains candidats comptent sur leurs résultats dans les sondages pour se maintenir ou se désister à l’automne prochain. À un an de l'échéance électorale, comment fonctionnent ces outils de mesure de l'opinion publique ? Comment sont fabriqués les sondages ?
Plus l'échantillon est grand, meilleurs sont les résultats de l'enquête
Les instituts de sondage sont d'abord des entreprises privées qui répondent à la demande de clients, comme des médias ou des partis politiques, notamment pour les sondages d'intentions de vote. Mais, à un an de la présidentielle, difficile de tester la quarantaine de candidats. "Nous sommes obligés d'opérer des choix", admet Frédéric Micheau, directeur adjoint d'OpinionWay. "Est-ce que le candidat a été présent lors des élections précédentes ? Est-ce qu'il appartient à une grande formation politique ? Est-ce qu'il a occupé des fonctions de premier plan ?", se demandent les sondeurs. "Et puis je dirais qu'il y a aussi des critères financiers. Ces études sont commandées. Plus on ajoute d'hypothèses, plus le coût de ces études est important. Donc ça aussi, c'est une limite", pointe Frédéric Micheau.
Toujours en concertation avec le commanditaire, les sondeurs élaborent ensuite un questionnaire en ligne pour les sondages d'intentions de vote. "Est-ce qu'ils ont l'intention d'aller voter, c'est-à-dire de participer ou non au scrutin ? Ce qui nous permet de déterminer les abstentionnistes. Et ça, c'est peut-être la difficulté majeure à un an du scrutin pour les instituts de sondage. Ensuite, on pose la question d'intentions de vote, on pose la question de la certitude du choix et puis on pose la question des votes antérieurs", développe Frédéric Micheau.
Puis les sondés sont sélectionnés selon la méthode de l'échantillonnage représentatif par quotas pour tenter de correspondre à la population française : en général 1 000 personnes inscrites sur les listes électorales.
"Ifop, comme ses confrères, utilise les données INSEE et les quotas qui sont utilisés pour une enquête nationale", explique Frédéric Dabi, le directeur général Opinion de l'Ifop. "Ce sont le sexe, l'âge, la profession, la région et la catégorie d'agglomérations. Souvent l'Ifop qui se met une petite corde au cou, une petite contrainte en bus, j'aime bien faire un quota sur le niveau de diplôme. Là, l'idée est qu'un échantillon réussi, bien fait, colle le plus possible à la réalité de la population française."
Des redressements contrôlés et publiés par la commission des sondages
Plus l'échantillon est grand, meilleurs sont les résultats de l'enquête. Mais c'est également plus coûteux pour le commanditaire. Par ailleurs, le strict respect des quotas est difficile à atteindre. C'est pourquoi les sondeurs procèdent à ce que l'on appelle des redressements, reconnaît Frédéric Dabi.
"C'est vrai que l'on peut redresser les données quand il y a un segment de population qui n'a pas été interrogé à son poids. Par exemple, imaginons qu'on doit faire 11 % de jeunes de 18 à 24 ans. Et finalement, parce que l'enquête a eu du mal à trouver des jeunes, on en fait que 9 ou 10 %, eh bien on va remettre au poids. Il faut démystifier cette question des redressements politiques ou des redressements sociodémographiques C'est comme l'image d'une photo un peu floue que l'on va rendre nette grâce à une mise au point."
Un manque de transparence selon un député LFI
Ces redressements sont contrôlés et publiés par la commission des sondages. Mais le député insoumis Antoine Léaument dénonce un manque de transparence. Il a déposé en avril dernier une proposition de loi pour renforcer l'encadrement des sondages, dans laquelle il défend notamment une idée.
"C'est d'interdire les sondeurs de sonder avant que les candidats à une élection soient connus. Parce que sinon, je trouve que ça donne un pouvoir de décision politique aux sondeurs qui est beaucoup trop important. Aujourd'hui, ils sont en train de tester une panoplie de gens dont sans doute une partie ne sera même pas candidate. Et puis certains, dans les partis politiques, utilisent les sondages pour savoir qui est le plus en capacité de l'emporter."
"Cela va contribuer à rythmer l'actualité médiatique"
Après plusieurs mois d'enquête en immersion dans un institut de sondage, le sociologue Hugo Touzet rappelle que les sondages ne sont pas des prédictions, encore moins à un an de l'échéance présidentielle.
"Il y a quelque chose d'un peu factice qui, à ce stade, intéresse, il faut le dire, surtout les journalistes et les organisations politiques. Cela va contribuer à rythmer l'actualité médiatique, à rythmer le commentaire médiatique plus que ça ne dit de choses réellement sur les rapports de force électoraux. La question des programmes, la question des mouvements de fond dans la société, la question des recompositions politiques profondes. De ça, on va beaucoup moins parler." Cela pose une vraie question démocratique, pointe le chercheur, à un an d'une échéance électorale cruciale.
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Comment sont élaborés les sondages politiques ?
https://www.franceinfo.fr/politique/comment-sont-elabores-les-sondages-politiques_7957433.html
Publié le 22/04/2026
Quelles sont les personnalités politiques les plus appréciées des Français ? Candidate ou non, laquelle d'entre elles est la mieux placée pour l'emporter ? À chaque élection, les sondages jouent les arbitres, voire donnent le ton de la campagne. Alors, comment sont-ils fabriqués ? Et peut-on vraiment leur faire confiance ? L'un des principaux instituts a ouvert ses portes à France Télévisions.
Mercredi 22 avril, une enquête vient tout juste d'être lancée pour tester la cote des responsables politiques à la demande d'un grand média. Les questionnaires portent sur une quarantaine de personnes. Comment sont-elles sélectionnées ? "C'est nous qui avons proposé à notre client la liste des personnalités", répond Jean-Daniel Lévy, directeur du département "Politique et opinion" chez Harris Interactive, "C'est fait d'un commun accord avec le client."
"Comprendre les grandes dynamiques d'opinion"
En quelques heures, on connaîtra le résultat. Mais peut-on se fier à un sondage un an avant l'élection ? France Télévisions a retrouvé une étude réalisée par ce même institut, 12 mois avant la dernière présidentielle. Pour Emmanuel Macron, le pronostic tombe juste, autour de 27 %. Pour d'autres, c'est loin du compte. Valérie Pécresse et Anne Hidalgo, pour qui on prévoyait 11 % et 7 %, ont finalement terminé sous les 5 %. Alors ce sondage, était-il faux ? "Ce sondage-là était avéré au moment où l'enquête a été réalisée, détaille Jean-Daniel Lévy, c'est-à-dire que si le vote avait eu lieu deux ou trois jours après cette intention de vote, le résultat aurait été extrêmement proche. Et donc, ces intentions de vote permettent de comprendre ce que peuvent être les grandes dynamiques d'opinion."
Pour aboutir à ces résultats, le sondeur se base sur un échantillon représentatif de la population française. Alors, qui répond à ces questions ? Tout se passe sur Internet. Il suffit de s'inscrire sur des sites de sondage. Je suis interrogé sur mes opinions politiques, mon âge ou ma situation financière. En échange, j'obtiens quelques dizaines de centimes par questionnaire. En théorie, à la fin, tout le monde est représenté : femme, homme, jeune ou plus âgé. La démarche semble mathématique. Mais en réalité, les résultats sont retouchés par la suite. Exemple dans un document confidentiel détaillant une enquête de 2022. Des points retirés à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron au profit d'Éric Zemmour ou Valérie Pécresse.
Le "redressement", une méthode qui interroge
On appelle ça "le redressement". Car en pratique, l'échantillon sondé n'est jamais parfait. Alors le poids de certaines réponses est augmenté et les méthodes sont parfois un peu floues. C'est ce qu'a constaté Hugo Touzet, sociologue, lors de son immersion dans un institut : "Lors des entretiens que j'ai faits avec les sondeurs, ils disent : 'Là, on sort du scientifique, on est presque dans l'artisanat.' C'est un terme qui revient souvent. Et donc, basés sur leur expérience, basés sur les élections antérieures, basés sur les erreurs qu'ils avaient pu faire lors des précédentes élections, ils vont corriger leurs chiffres et appliquer une dernière étape de redressement, mais qui n'est pas connue du grand public." Les sondeurs arrangent-ils leurs résultats ? Non, répond l'institut Harris, qui assure être contrôlé : "On pourrait parler de bidouille de cuisine si jamais chacun pouvait faire ce qu'il veut complètement dans son coin. Aujourd'hui, à chaque fois que nous sommes amenés à réaliser une enquête d'intentions de vote ou une enquête qui est en lien avec le débat électoral, cette enquête est contrôlée par la commission des sondages."
Mais cette commission des sondages ne divulgue pas les données récoltées au nom du secret des affaires. Incompréhensible pour Antoine Léaument, député LFI et rapporteur d'une commission d'enquête sur le sujet : "On a analysé près de 14 000 documents avec mon équipe et les services de l'Assemblée nationale. Et ce qu'on constate, c'est qu'il y a vraiment beaucoup de problèmes qui sont posés : exclusion d'un certain nombre de personnes qui ne sont pas certaines d'aller voter, mauvais échantillon au point de départ. Malheureusement, ils continuent à ne pas donner accès à leurs données." Sur l'année écoulée, la commission des sondages dit avoir adressé une seule mise au point pour un sondage publié dans un média local.
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Des scénarios de politique-fiction très incertains" : pourquoi il faut se méfier des sondages publiés à un an de la présidentielle 2027
Publié le 15/04/2026
Quelque 61 études d'opinion avaient été publiées au second semestre de l'année 2021, avant l'élection présidentielle de 2022. (HELOISE KROB / FRANCEINFO)
Entre l'incertitude du casting final et les soubresauts politiques d'une campagne, les enquêtes d'opinion qui se multiplient doivent être analysées avec prudence, si loin de l'échéance de 2027.
Le premier tour de la présidentielle n'aura lieu que dans un an, le 11 ou le 18 avril 2027, mais la fameuse "course de petits chevaux" a déjà commencé bien avant le verdict des élections municipales, avec un instrument phare pour mesurer l'avancée de chaque poulain : les sondages. Les sondeurs et leurs instituts ont beau marteler qu'il ne s'agit que de photographies de l'opinion et non de prédictions, les enquêtes d'opinion restent au cœur du jeu politique. Pour le prochain scrutin, les premiers sondages ont été publiés dès le printemps 2023(Nouvelle fenêtre), moins d'un an après la réélection d'Emmanuel Macron pour un second mandat.
Depuis, le rythme de leur diffusion a augmenté à mesure que le jeu politique se concentre autour de ce moment central de la vie démocratique sous la Ve République : 15 sondages sur la présidentielle ont été publiés en 2025, quatre – pour l'instant – en 2026, mais plus l'échéance va se rapprocher, plus les différents instituts seront sollicités par des médias pour en réaliser.
A titre de comparaison, il y en avait eu 61 au second semestre de l'année 2021, soit un tous les trois jours en moyenne. C'est le paradoxe des sondages pour l'élection présidentielle : à un an du départ d'Emmanuel Macron de l'Elysée, les analyses des observateurs s'appuient sur ces enquêtes d'opinion, alors que de nombreuses voix appellent à la prudence quant à leur pertinence aussi loin du scrutin.
Une profusion de candidatures et de configurations
En premier lieu, comme pour tous les sondages, il est nécessaire de ne pas se focaliser sur les demi-points gagnés ou perdus par tel ou tel candidat mesuré, surtout si l'échantillon est faible. Par exemple, pour 1 000 personnes interrogées(Nouvelle fenêtre), avec un candidat mesuré à 15% d'intentions de vote, la marge d'erreur est de 2,2 points. Le pourcentage réel qu'il obtiendrait est donc compris entre 12,8% et 17,2%, ce qui pourrait avoir une incidence évidente sur la qualification au second tour. Ce seuil fluctuant est mécaniquement impossible à prévoir avec précision jusqu'au soir des résultats.
De plus, l'offre politique est loin d'être stabilisée. Le casting final de l'élection présidentielle sera connu une fois que le Conseil constitutionnel aura validé les candidatures au mois de mars 2027, environ un mois avant la date du premier tour. En attendant, depuis le début de l'année, les déclarations de candidature se multiplient, directement ou via des primaires, de Bruno Retailleau à Jérôme Guedj en passant par François Ruffin ou David Lisnard. Toutes ces candidatures n'aboutiront pas : s'il est nécessaire de franchir l'étape délicate des 500 signatures d'élus à rassembler, une absence de dynamique à quelques mois de l'élection peut conduire les ambitieux à se retirer de la course.
"Quand l'offre politique manque à ce point, si on voulait faire les choses sérieusement, il faudrait réaliser une vingtaine ou une trentaine d'intentions de vote au premier tour", estime Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos France, à qui France Télévisions fait appel lors des campagnes et des soirées électorales. Dans ce paysage politique instable, "j'ai fait le choix de ne faire aucune enquête à date, car je considère que faire ça avant un autre scrutin et notamment avant les municipales n'était pas raisonnable", poursuit le sondeur, qui exclut tout sondage sur la présidentielle avant l'été.
Les autres instituts, eux, ont choisi de tester plusieurs scénarios, avec différents candidats. En matière de communication, cela permet ensuite à chaque camp de sélectionner la configuration qui lui est la plus avantageuse. "Si on commence à faire des sondages trop tôt, on est amené à faire des choix et donc ce sont les instituts de sondages, pour les médias, qui décident de l'offre politique", analyse Brice Teinturier.
"Une donnée qui n'est pas fiable peut être instrumentalisée par les candidats : c'est une raison de plus de faire attention."
Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos France
à franceinfo
Les sondages de second tour, qui présentent là encore de multiples configurations hypothétiques, ont en outre l'écueil de ne pas prendre en compte la dynamique d'entre-deux-tours, lorsque le pays tout entier se cherche entre deux voies. Bardella-Philippe, Le Pen-Philippe, Bardella-Mélenchon, Le Pen-Attal… Pour 2027, au moins huit configurations de second tour ont été testées par les instituts de sondages, selon les notices des enquêtes publiées par la commission chargée de les contrôler. Ainsi, la direction de l'information de France Télévisions a décidé d'utiliser les sondages avec parcimonie en fonction de leur pertinence éditoriale et de ne pas relayer systématiquement les sondages des autres médias.
La "malédiction Juppé", l'affaire Fillon…
La prochaine élection présidentielle a beau offrir un panel inédit de candidats, les précédents historiques offrent une petite piqûre de rappel à qui voudrait voir dans ces sondages une prédiction solide. Les grands favoris un an avant l'échéance sont rarement ceux qui gagnent à la fin. Promis à une revanche face à Jacques Chirac en 2002, Lionel Jospin est ainsi devancé in extremis par Jean-Marie Le Pen au soir du premier tour. En 2016, Alain Juppé, dont Edouard Philippe était l'un des lieutenants, faisait la course en tête dans les sondages avant de perdre la primaire de la droite face à François Fillon, à cinq mois du scrutin. "On a tous en tête cette malédiction Juppé", glisse un proche d'Edouard Philippe à propos de cette peur d'être trop haut, trop tôt.
L'année qui précède une élection présidentielle réserve généralement bon nombre de surprises et de renversements de dynamiques jusqu'au vote. Les trois derniers scrutins ont ainsi vu l'empêchement de Dominique Strauss-Kahn, favori du PS en 2011, la victoire surprise de François Fillon à la primaire de la droite et le surgissement de ses affaires avant le printemps 2017, ou encore la guerre en Ukraine et un regain temporaire de popularité pour Emmanuel Macron au terme de son premier mandat, en 2022.
Cinq ans plus tard, le chef de l'Etat ne pourra pas être candidat à un troisième mandat, et la donne va forcément évoluer dans les semaines et mois à venir : Edouard Philippe et Gabriel Attal rivalisent pour devenir le candidat naturel du centre et de la droite, alors que Bruno Retailleau pourrait être désigné candidat LR dès le 18 avril, après une consultation des militants. De son côté, Marine Le Pen sera fixée sur son sort judiciaire au mois de juillet et une partie de la gauche œuvre pour la tenue d'une primaire le 11 octobre, un processus rejeté par Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Raphaël Glucksmann (Place publique).
Autant d'éléments qui ont poussé Gaël Sliman, patron de l'institut Odoxa, à rappeler une prudence nécessaire dans le commentaire d'un sondage réalisé fin mars(Nouvelle fenêtre) pour Public Sénat : "A un an d'une élection, une intention de vote de premier tour comme de second tour sont de toute façon des scénarios de politique-fiction très incertains : l'offre politique n'est même pas connue, les rapports de force peuvent bouger à tout moment…"
"Ce ne sont en rien des pronostics."
Gaël Sliman, président de l'institut Odoxa
dans l'analyse d'un sondage, fin mars
Même à trois mois du scrutin, il est difficile d'y voir clair sur le résultat final, malgré les enquêtes les plus larges, comme celle du Cevipof(Nouvelle fenêtre) menée à cent jours de la présidentielle 2022, qui mentionnait un duel entre Emmanuel Macron (24%) et Valérie Pécresse (17%). La candidate LR a finalement terminé cinquième avec 4,78%, alors que l'échantillon de l'enquête était pourtant composé de plus de 10 000 personnes.
Un outil central pour les partis et les banques
Même si "un sondage ne fait pas la légitimité et la dynamique", relativise une cadre écologiste pour défendre la primaire de la gauche face aux opposants à cette proposition, les écuries s'en servent cependant pour affiner leurs stratégies et damer le pion à leurs concurrents. Au centre et à droite, "le départage se fera sur une triple pression : celle de l'opinion publique, celle des sages comme Gérard Larcher et Emmanuel Macron, et celle des sondages", assure un proche du chef de l'Etat. "Les sondages décideront", abonde une figure du bloc central.
Au-delà des partis, les banques regardent elles aussi ces pourcentages, à l'heure où les comptes de campagne ont ouvert le 1er avril. "Il est très clair que les candidats qui auront des sondages inférieurs à 10% auront beaucoup de mal à trouver des financements bancaires. Les banques vont devenir extrêmement prudentes vis-à-vis du financement des campagnes", prévient François Goulard, trésorier de la campagne d'Edouard Philippe, auprès de France Inter(Nouvelle fenêtre). Même à un an de l'échéance, les sondages ont déjà un rôle central dans la course à la présidentielle.
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