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Le projet Louvre-Nouvelle Renaissance est lancé avec la nomination d’un groupement d’architectes
Le 18/05/26
Le projet Louvre-Nouvelle Renaissance sera piloté par Studios Architecture. Il réactive la perspective originelle qui rejoint l’Arche de la Défense depuis la Cour carrée et la Pyramide, en passant par les Arcs de triomphe et de l’Étoile.
Le projet Louvre-Nouvelle Renaissance sera piloté par Studios Architecture. Il réactive la perspective originelle qui rejoint l’Arche de la Défense depuis la Cour carrée et la Pyramide, en passant par les Arcs de triomphe et de l’Étoile. Studios Architecture Paris et Selldorf Architects
Le ministère de la Culture a dévoilé ce matin le nom du lauréat de ce concours hautement politique dont le calendrier a été retardé par le vol des bijoux. L’agence française Studios Architecture l’emporte en association avec la Germano-américaine Annabelle Selldorf pour la muséographie et BASE pour l’urbanisme et le paysage.
Quel suspens ! Il aura fallu plusieurs jours pour que les cinq équipes en lice pour le concours international d’architecture lancé par le Louvre connaissent leur sort. Entre mercredi, moment où le jury s’est réuni et ce lundi, où le nom du vainqueur a été annoncé officiellement par un communiqué, à 10 heures, signé par la ministre de la Culture Catherine Pégard, rien n’a fuité. Les membres du jury, présidé par Marc Guillaume, préfet de la Région d’Île-de-France et Christophe Leribault, président-directeur de l’établissement pour la vice-présidence, ayant signé un accord de confidentialité pour ce projet hautement politique.
Dès vendredi, les candidats ayant été appelés un par un, on apprenait toutefois par le petit milieu le nom du vainqueur : Studios Architecture et Seldorf Architects. Le duo a été retenu en finale par le jury « pour la qualité de sa proposition architecturale et de son insertion patrimoniale, urbaine et paysagère, intégrant pleinement les enjeux de qualité d’accueil des publics, clarté des cheminements, sobriété et végétalisation, le tout avec une prise en compte pertinente des enjeux de sécurité ».
À l’inverse d’un concours mettant en lumière une seule star architecte signant un bâtiment phare, ce n’est pas un seul nom qui monte sur le podium mais plusieurs. Soit un groupement de talents aux compétences multiples, pour « réparer et transformer », « le double objectif » de ce « grand plan Louvre lancé début 2025 intitulé Louvre-Nouvelle Renaissance », comme le dit en tête le communiqué. Le programme devant répondre « aux impératifs de développement durable qui sont aussi l’enjeu des prochaines décennies du musée ».
La clarté du parcours intérieur des salles du projet Louvre-Nouvelle Renaissance piloté par Studios Architecture. Studios Architecture Paris et Selldorf Architects
Le grand gagnant est donc Studios Architecture, l’agence française d’un collectif international (New York, Washington, San Francisco, Los Angeles, Toronto) dont les bureaux de la rue de Grenelle (Paris 7e) sont un modèle de bien-être hautement récompensé. Depuis sa création en 1985 aux États-Unis, l’agence a surtout œuvré à des projets pour des campus, bureaux nouvelle génération, sièges sociaux, entreprise dans la tech, restés peu connus. Son nom a percé dans le monde culturel avec des réalisations pour les Fondations Louis Vuitton à Paris et Luma à Arles, aux côtés de Gehry Partners. Pour ce nouveau Louvre, le jury a apprécié « la symétrie marquée autour de l’axe est-ouest et la clarté du parcours guidant la composition d’ensemble », permettant de réactiver la perspective originelle qui rejoint l’Arche de la Défense depuis la Cour carrée et la Pyramide, en passant par les Arcs de triomphe et de l’Étoile.
Pour la scénographie et muséographie, l’agence œuvrera avec Annabelle Selldorf qui a fondé son cabinet en 1988 à New York. L’architecte allemande de 65 ans, une professionnelle de l’élégance minimale, a le vent en poupe après la rénovation de la Frick Collection à New York, l’extension du Clark Art Institute dans le Massachusetts et la création de la nouvelle aile de la National Gallery à Londres. Elle a aussi conquis les poids lourds de l’art, David Zwirner, Hauser & Wirth ou Barbara Gladstone, qui lui ont confié l’aménagement de leurs galeries. Et son nom a sûrement pesé dans la balance. Avec plus de 90 collaborateurs entre Paris, Lyon et Bordeaux, l’agence BASE est en charge du volet paysage et urbanisme.
Le projet Louvre-Nouvelle Renaissance de Studios Architecture permet de reconnecter le musée à la ville, par la nouvelle entrée côté Saint-Germain-l’Auxerrois, pour désengorger la pyramide et ses espaces aborés, en contre-bas. Studios Architecture Paris et Selldorf Architects
À charge pour le vainqueur, comme cela était précisé dès le départ, de créer un nouvel accès au musée par la partie orientale du palais pour désengorger une pyramide
Dès vendredi, selon nos informations, on apprenait que ce n’était pas l’agence Dubuisson et SANAA. La première étant pourtant bien placée pour avoir mené plusieurs interventions au Louvre et la seconde pour avoir livré le Louvre Lens récompensé par le prix Pritzker. On avait la confirmation également que n’était pas retenue la Britannique Amanda Levete (agence AL_A) qui s’est fait remarquer avec l’extension du Victoria & Albert Museum à Londres, en association avec la scénographe française de renom Nathalie Crinière. Ni le prometteur Japonais Sou Fujimoto connu pour son arbre blanc à Montpellier. Ni Architecture studio avec plus de cinquante ans d’activité à l’international.
À charge pour le vainqueur, comme cela était précisé dès le départ, de créer un nouvel accès au musée par la partie orientale du palais côté Saint-Germain-l’Auxerrois, pour désengorger une pyramide conçue pour 4 millions de visiteurs, alors que le musée en accueille plus de 9 aujourd’hui. Cette modernisation nécessaire va ainsi remettre en valeur la « Grande Colonnade » du Louvre, chef-d’œuvre de l’architecture classique et la reconnecter à la ville. À charge également de réaliser de nouvelles salles sous la Cour carrée, dont une de 3 000 mètres carrés pour La Joconde, cette icône que 95 % des visiteurs veulent admirer, ainsi que de requalifier les abords du musée.
Autant dire que c’est le projet d’une vie pour le trio gagnant qui laissera son nom dans le musée le plus visité et connu au monde. Et une révolution au moins aussi importante que les grands travaux mitterrandiens et la pyramide de Pei, inaugurés en 1989. Comme tous ses prédécesseurs, Emmanuel Macron aura voulu laisser son empreinte dans la culture, secteur de prestige pour la France et levier de soft power dans le monde.
Un budget estimé à 1 milliard d’euros
Le choix de ce groupement donne le top départ d’un projet soulevant une foule d’interrogations, voire d’opposition. Passé les critiques sur le « fait du prince », et « la mégalomanie » du président de la République, qui avait annoncé le principe du concours en janvier dernier devant la Joconde, elles se centrent sur l’opportunité de lancer des grands travaux. Un an et demi après l’annonce du Louvre-Nouvelle Renaissance, le contexte a changé : il y a encore moins d’argent dans les caisses de l’État, et les fronts de guerre se sont multipliés dans le monde. Or, selon les estimations, le budget pour une nouvelle grande entrée et des nouvelles salles tournerait autour de 500 à 600 millions d’euros - voire plus, selon la Cour des comptes, qui l’estime à 1 milliard d’euros.
Au moment du dévoilement du Louvre-Nouvelle Renaissance, Laurence des Cars, ancienne présidente de l’établissement public, avait indiqué qu’elle mobiliserait le fonds de dotation du Louvre Abu Dhabi pour moitié, et qu’elle trouverait un ou plusieurs grands mécènes pour le reste. Alors qu’elle avait commencé une tournée, notamment en Asie et aux États-Unis, à la rencontre de grandes fortunes - et que plusieurs d’entre elles semblaient montrer un intérêt à financer une nouvelle salle pour le chef-d’œuvre de Leonard de Vinci -, le vol des bijoux en octobre dernier a cassé cette dynamique. Aujourd’hui, aucun grand mécène ne s’est déclaré - le vol et le remaniement ont créé un flottement politique autour du Louvre-Nouvelle Renaissance, dont beaucoup prédisaient l’abandon.
Pendant les mois qui ont suivi le cambriolage, il n’a d’ailleurs plus été question de Grand Louvre, mais de la nécessité de résoudre des problèmes en cascade, à commencer par le niveau de sûreté pour les collections. Il va falloir mobiliser 400 millions d’euros dans les dix ans pour redresser les installations techniques, dont les circuits électriques et les systèmes de sécurité, changer les escalators ou mettre ce palais de 240 000 mètres carrés aux normes. L’État a déjà accepté de mettre 150 millions sur la table, et les hausses de tarifs appliquées depuis janvier sont censées alimenter le reste. « Redresser les murs et les installations techniques, cela devrait être la priorité du Louvre, pas de se lancer dans un grand projet », estiment, en chœur les syndicats du musée, à l’unisson avec la Cour des comptes
À quoi serviraient des travaux somptuaires dans la Cour carrée, si le reste du palais continue de dysfonctionner ? En novembre, une fuite d’eau avait endommagé plusieurs centaines d’ouvrages de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes et la galerie Campana avait dû être fermée par précaution, une partie de ses poutres de soutènement ayant bougé.
Mais aujourd’hui, les deux volets - un plan d’investissements techniques et un nouveau Louvre - ne sont pas incompatibles, aux yeux du président du musée, Christophe Leribault. « On ne va pas faire une belle entrée pour arriver dans un musée soumis à toutes sortes d’avaries et d’embolies. Mais on ne peut pas non plus réparer le Louvre sans ouvrir de nouveaux accès pour régler la question des flux. Le Louvre, c’est un tout. Son chantier est un tout », a-t-il indiqué début mai, à nos confrères du Monde. S’il faut « impérativement revoir les infrastructures, refaire les couvertures et les installations techniques dans le périmètre de la Cour carrée », le Louvre-Nouvelle Renaissance est un « projet capital et nécessaire pour le Louvre ». Son coût est par ailleurs « incompressible ».
Au Figaro, la ministre de la Culture a admis que le Louvre-Nouvelle Renaissance ferait l’objet d’ajustements, en tenant compte « du souhaitable, du possible, du faisable ». Tout cela devra être négocié avec Studios architecture même s’il semble impossible de tout remettre sur la table, à moins de relancer un autre concours. Reste le calendrier. Si Emmanuel Macron avait évoqué une ouverture en 2031/2032, les travaux ne devraient pas démarrer avant 2028, et la nouvelle entrée, ainsi que les nouvelles salles ne devraient pas voir le jour de sitôt. Avant de quitter la scène, en mai 2027, Emmanuel Macron aura tout de même le temps de poser une première pierre (même symbolique !) d’un projet qu’il souhaite irréversible pour son successeur. Le musée est à l’aube d’écrire une nouvelle page de son histoire.
Par Claire Bommelaer et Béatrice de Rochebouët
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