Le Rafale, des mirages à l'éclaircie

Publié le par Jacques SAMELA.

Le 16 février 2015 restera certainement une date charnière dans la vie du Rafale.

En effet, de par la signature de l’Egypte pour l’achat de 24 exemplaires de l’avion de combat français, imaginé et élaboré par le groupe Dassault Aviation (www.dassault-aviation.com), créateur également des Mirages, et après quinze ans d’échec, cet évènement tant attendu, moqué également (voir photo), aura certainement pour effet de débloquer bien des situations en attente aujourd’hui.

Pour dire que l’on attendait la signature finale de L’Inde pour honorer sa commande de 126 appareils, voir celle du Qatar, intéressé lui par 36 appareils, et qui maintenant se fait passer devant par l’Egypte, ce qui à l’échelle du Moyen Orient et d’un antagonisme vivace, pourra peut-être justement ouvrir des portes quelques peu fermées dans le royaume de Doha. Suite aux prochains épisodes.

Et l’Egypte, avec cet achat on ne peut plus rapide (3 mois de discussions), devient pour la deuxième fois après 1981 et l’acquisition de Mirage 2000, devient aujourd’hui un client historique, voire peut-être comme la dernière fois le précurseur de succès à venir. De bonne-augure pour la suite ?

Lancé en 1988, le programme Rafale, a donc mis du temps avant d’obtenir son premier contrat à l’export. Par-contre en France, après une commande en 1994, la Marine Nationale réceptionna sa première flottille de Rafale F-12 dès 2004, et l’armée de l’air son 1er escadron en 2006.

Utilisé en Afghanistan, en Lybie dans le cadre de l’opération Harmattan, au Mali dans le cadre de l’opération Serval, et en Irak aujourd’hui contre « Daech », le Rafale a largement démontré ses capacités exceptionnelles au combat, avec l’ultra polyvalence comme une de ses principales qualités, sans oublier sa conception aérodynamique inédite, basée sur une aile delta.

Seulement, malgré ses réels atouts, et son haut degré de maturité opérationnel, suivi pourtant de très près par la plupart des armées de l’air du monde entier, ses ventes à l’extérieur étaient toujours égales à zéro. Les raisons, diverses. Tout d’abord, son coût. En effet, considéré à tort ou à raison comme l’avion de combat le plus cher du monde, dû certainement à son concentré d’innovations technologiques de premier plan, permit à ses principaux concurrents de jouer au maximum sur cet aspect. Ensuite, ce ne fut qu’une longue série de déconvenues, avec des raisons diverses, comme par exemple le poids des Etats-Unis aux Pays-Bas, à Singapour, ou encore en Corée du Sud, où après avoir surpassé l’avion américain F-15 à l’issue des évaluations, un appel de George Bush changea la donne et empêcha donc le Rafale d’équiper l’armée de l’air de ce pays.

Mais, il ne faut pas oublier les erreurs de la France elle-même, qui après avoir mené des campagnes commerciales prometteuses, anéantit ces mêmes opérations par des maladresses incroyables, comme par exemple au Maroc en 2007, où une demande récurrente de financement du royaume pour l’achat de 18 Rafale à 2,1 milliards d’Euros ne fût pas prise en compte à temps, en Suisse en 2011, où après avoir donné sa préférence pour le Rafale, elle revint sur sa décision après une intervention de Nicolas Sarkozy l’accusant d’être toujours un paradis fiscal, et enfin le Brésil, qui après un intérêt de l’ancien président Lula, fût stoppé par la présidente actuelle, prétextant le peu d’intérêt de la France à appuyer son initiative dans les discussions avec l’Iran sur le nucléaire, mais plus certainement dû au peu d’intérêt de l’Etat-Major de l’armée de l’air brésilien pour le Rafale. Depuis, ce pays a acquis des avions de combat suédois Gripen.

Donc, passé ces années plus que compliquées, il faut savoir qu’au-delà de l’utilisation du rafale, ce que d’aucuns commencent à dire (un peu comme pour le porte-avions Charles De Gaulle), ce 1er contrat à l’export va garantir un modèle industriel élaboré par le groupe Dassault et l’Etat français, ce qui dans la loi de programmation militaire 2014-2019, prévoit 40 Rafale vendus à l’export permettant la cadence d’assemblage de 11 appareils par an, jugé minimal pour que ce programme garde justement un sens économique, sachant que le constructeur doit livrer d’ici 2019, 55 appareils.

Ensuite, c’est aussi un poids économique non négligeable qui perdurera pendant de nombreuses années, avec tout d’abord le GIE Rafale, composé donc de Dassault Aviation (60 %), de Thalès (22 %), et de Snecma-Safran (18 %), fleurons de l’industrie aéronautique française, accompagné par près de 500 PME sous-traitantes, ce qui correspond à près de 7 000 emplois directs (combien d’indirects ?), mais surtout, l’assurance de garder en France des technologies de pointes, d’un savoir-faire reconnu, tout en privilégiant une innovation de qualité, permettant à la France de garder son indépendance, primordiale pour les années à venir, notamment dans le cadre de l’après Rafale, déjà en point de mire.

Quant à l’Egypte, avec cette acquisition rapide, elle pourra dès le mois d’août présenter cet outil de combat hors norme durant l’inauguration de l’extension du Canal de Suez, mais surtout répondre aux attaques récurrentes sur ses frontières.

Jacques Samela

Sources :

. La Tribune du 05/12/14.

. Les Echos du 09/02/15.

. Challenges du 12/02/15.

. Le Figaro du 13/02/15.

Publicité
Le Rafale, des mirages à l'éclaircie
Le Rafale, des mirages à l'éclaircie
Le Rafale, des mirages à l'éclaircie
Le Rafale, des mirages à l'éclaircie

Publié dans Les dossiers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article