God save the queen, and the UK
Après le succès des Jeux Olympiques de Londres en 2012, à quelques heures de l’ouverture de la huitième édition de la Coupe du Monde du Rugby, et à l’avènement d’un éventuel « Brexit », la Grande-Bretagne est à nouveau sur le devant de la scène.
Mais, que représente-elle vraiment, et, est-elle vraiment le modèle que certains en France envient ?
Alors, sans faire acte « d’english bashing », contrairement à nos amis anglais, isn’t it Mister Cameron, son positionnement véritable
Donc aujourd’hui, la Grande-Bretagne, est devenue la cinquième puissance mondiale au détriment de la France (de peu), avec une croissance économique de près de 3 % en 2014, et une moyenne de 1,6 % sur les trois dernières années, un PIB par habitant de 34 400 €, et un chômage oscillant entre 5 et 6 %.
Ensuite, avec plus de 60 % du PIB du pays, le Royaume-Uni est l’un des acteurs les plus importants du commerce international, il est également le deuxième plus grand exportateur et le cinquième plus grand importateur au monde dans le domaine des services commerciaux, et le huitième plus grand exportateur et sixième plus grand importateur dans le domaine des marchandises.
Cependant, pour expliquer en partie cette réalité, il est un élément qu’il ne faut pas négliger, c’est l’importance de Londres. En effet, il faut savoir que la capitale britannique représente la sixième économie européenne avec près de 386,7 milliards d’Euros en termes de PIB, soit 23,7 % du revenu national, et que l’incontournable City, où seraient gérés près de 20 % des actifs mondiaux, représente à elle seule près de 4 % du PIB britannique et près de 350 000 emplois.
Un autre secteur fait aussi les beaux jours de Londres, il s’agit de la high-tech. En effet, considérée comme sa capitale européenne (devant Paris), elle attire plus d’investisseurs étrangers dans ce domaine que toute la France, et un classement d’EY (www.ey.com) estime même qu’au cours des dix dernières années, c’est plus d’un millier d’investissements étrangers qui y ont créés. Le secteur représente donc environ 40 000 entreprises actives, emploie près de 200 000 personnes, et représente près de 5 % du PIB londonien, soit 25 milliard d’Euros, et attend une croissance estimée à 5 % par an d’ici 2025.
Et donc, avec la vitalité de ces secteurs, un emploi créé équivaut à huit autres dans les services, ce qui fait que le taux de chômage de la ville y est largement plus bas que la moyenne nationale, soit à 2,6 %, et qu’elle est devenue un aimant pour toutes personnes à la recherche d’opportunités financières, mais également créative.
Le seul hic, car il y en a au moins un, c’est qu’elle tend à s’éloigner du pays réel, car même si elle semble accepter cette réalité plutôt positive, la classe moyenne londonienne quitte de plus en plus la ville, remplacée par des nouveaux venus, migrants de tous pays à la recherche de la fortune ou tout simplement de travail pour vivre dignement, ou d’investisseurs étrangers, en quête eux de rendements élevés.
Et il est vrai que quand on parle de la Grande-Bretagne ou du Royaume-Uni, le premier nom qui vient, à part peut-être la reine ou le petit Georges, c’est bien Londres.
Mais, une autre réalité est également à l’œuvre aujourd’hui, c’est notamment la création d’écosystèmes innovants et de notoriétés mondiales, remplaçant les anciens piliers de l’industrie britannique, perdus au profit des industries de service, un peu comme en France, mais garant d’un avenir radieux dans des domaines comme les Biotech avec le Biomedical Campus de Cambridge, dont le but et le souhait avoués est de concurrencer la ville de Boston, référence mondiale en bioclusters, ou encore la ville de Birmingham, avec sa « Silicon Canal », communauté high-tech regroupant notamment des start-up innovantes.
Pour autant, le secteur manufacturier et automobile en particulier reprend du poil de la bête, et le groupe Dyson (www.dyson.fr), connu pour ses aspirateurs sans sacs, représente à lui seul un exemple probant d’une certaine tradition industrielle bien ancrée, représentant malgré tout encore 21 % du PIB du pays.
Donc, au vu de ces exemples, on pourrait effectivement penser que ce pays a trouvé la solution magique pour repartir, mais, d’après certains analystes, cette reprise est à relativiser, car le déficit public s’élève quand même à 5,4 % du PIB (4,1 % prévu pour la France cette année), et l’endettement des ménages a atteint 125 % du PIB (84,7 % pour les ménages français).
Alors, pour continuer sur cette impulsion, le nouveau gouvernement Cameron a rapidement affiché ses priorités pour les années à venir, avec notamment la réduction des déficits, la baisse du coût de la vie, la poursuite de l’austérité, des investissements en matière d’infrastructure, sans oublier également la formation, car un jeune de moins de 24 ans sur cinq est au chômage.
Et, en terme de chômage, un des plus bas en Europe il est vrai, il n’a été contenu que grâce au gel des salaires, au développement du travail à temps partiel, ou à la création de ce que l’on appelle les contrats « zéro heure », qui permettent à un employeur de ne pas licencier un salarié, mais de ne l’employer que s’il a du travail à lui proposer, et de ne lui payer que les heures travaillées.
Conséquence, un appauvrissement des couches dites populaires, soit près de 700 000 britanniques (+ 19 % en un an), avec des contrats dits flexibles, et une augmentation de 18 % des visites dans les banques alimentaires durant la période 2014-2015.
Alors oui, il y a du travail, mais il faut savoir quand même que le Royaume-Uni est désormais l’un des pays au monde où les inégalités sont les plus fortes, et, ce n’est pas près de s’arranger, car malgré tout, pour la majorité des britanniques, un petit job vaut mieux que pas de job du tout, c’est ce que l’on appelle le « Workfare », et le sentiment général est que, même si ils débutent avec un emploi sous-qualifié, ils auront moyen de progresser rapidement. Et comme le choix clairement affiché par le gouvernement actuel est le travail quel qu’il soit, au détriment des aspects sociaux, il n’y a donc pas de raison que cela change.
Réalité peu envisageable aujourd’hui en France, car comme le dit l’auteur britannique vivant en France depuis plus de vingt ans, Stephen Clarke, « Le français travaille pour vivre, l’anglais vit pour travailler ». Et, comme le traitement du chômage se fait justement lui sur des aspects sociaux, avec notamment près de 50 milliards d’Euros dépensés par an pour l’indemniser et l’accompagner, contre 11,3 en Grande-Bretagne, et, avec des modes utilisés pour le combattre vraiment différents, dû certainement à leur modèle complètement différents, soit un libéralisme décomplexé pour la Grande-Bretagne, et un interventionnisme historique de l’Etat pour la France, la question est de savoir qui de ces pays aura finalement raison ?
Pour le moment, et c’est flagrant, c’est la Grande-Bretagne.
Seulement, avec l’éventualité d’un référendum sur l’appartenance à l’Union Européenne, et donc d’un « Brexit » possible, tout peut changer.
Car, selon Bruxelles, environ 3,5 millions d’emplois et 50 % des exportations dépendent directement de l’Union Européenne, et que d’après certains instituts comme Open Europe (www.openeurope.org.uk), un départ de l’Union Européenne occasionnerait une perte de 2,3 % du PIB, mais surtout fragiliserait on ne peut plus la place de la Grande-Bretagne dans le monde, déjà un peu en œuvre aujourd’hui, et ce que ce soit vis-à-vis de l’Europe ou des Etats-Unis.
Nos amis britanniques devraient donc peut-être se rappeler ce que disait Winston Churchill en 1946, « Nous devons construire quelque chose comme les Etats-Unis d’Europe », avec certainement comme idée d’être fort ensemble plutôt que séparés, ce qui est encore plus d’actualité aujourd’hui, avec l’avènement notamment de pays comme la Chine ou l’Inde. L’Empire britannique à la papa n’est plus, le savent-il ?
Nous en reparlerons.
Jacques Samela
Sources :
. Le Moci (www.lemoci.com)
. Le Point du 20 novembre 2014
. Enjeux Les Echos / Avril 2015
. Le Magazine du jeudi (Le Parisien) du 30 avril 2015
. Libération du 07 mai 2015
. Challenges du 07 mai 2015
. Les Echos du 20 mai 2015
. Le Monde Economie du 03 septembre 2015
A lire :
. Comment les français ont gagné Waterloo de Stephen Clarke chez Albin Michel.








