Iran, des opportunités à ne pas rater
Samedi 16 janvier 2016, la communauté internationale lève les sanctions économiques misent en place en 2006, afin de forcer l’Iran à stopper son programme nucléaire, soupçonné d’ambitions militaires.
Le 28 janvier 2016, durant la visite du président iranien Hassan Rohani à Paris, une première depuis 1998, le groupe Airbus décroche un accord pour l’achat de 118 appareils, Aéroports de paris et le groupe Bouygues signent eux un protocole d’accord pour l’extension de l’aéroport de Téhéran, la capitale du pays, et le groupe Vinci a été choisi lui pour développer les aéroports de Mechhed et d’Ispahan.
Mais, qu’en est-il vraiment de ce que d’aucuns appellent déjà aujourd’hui le nouvel eldorado ?
Tout d’abord, la 4ème réserve mondiale de pétrole, la 2ème de gaz, et un PIB avoisinant les 400 milliards de dollars.
Ensuite, avec près de 80 millions d’habitants, avides de produits de consommation occidentaux, dont la moitié est âgé de 20 à 45 ans, avec plus de 200 000 ingénieurs formés par an, et près de 800 000 diplômés de l’enseignement supérieur, ce pays, grand comme trois fois la France, bénéficie de bonnes infrastructures ferroviaires, portuaires et aéroportuaires, s’appuyant également sur un réseau de télécommunication bien développé.
Le secteur industriel est également de bonne facture, avec des points forts dans le secteur automobile, la sidérurgie, le textile, la plasturgie, sans oublier le secteur des mines, avec un potentiel peu soupçonné de 43 milliards de tonnes de réserve de minéraux, composés de charbon, de cuivre, d’or, et de minerai de fer.
Seulement, avec les sanctions économiques, l’Iran a justement besoin aujourd’hui de restructurer et de moderniser ses capacités de production, ses infrastructures, et c’est là que la France peut y jouer, voire y rejouer son rôle, car, les relations commerciales franco-iraniennes s’étant développées dès le moyen-âge, sous la dynastie des Safavides (1501-1736), c’est donc avec une sensibilité à la culture française, une bonne image glanée au fil du temps, et une appréciation non démentie pour le savoir-faire à la française qui permettra ce rapprochement souhaité de parts et d’autres.
Mais, de 4 milliards d’Euros d’échanges commerciaux en 2004, à 500 millions d’Euros en 2013, il est indéniable que la France fut la grande perdante des sanctions contre l’Iran, avec en 2013, 0,82 % de parts de marché et en 2014, 0,68 %, la plaçant au septième rang en tant que fournisseur de ce pays. La Chine, la Corée du sud et l’inde s’adjugeant eux les trois premières places, car n’étant pas assujettis aux sanctions.
Et, pour rattraper ce temps perdu, il faudra donc à la France de patienter, car ce marché en devenir, dont les investissements sont estimés entre 30 et 50 milliards, est assez difficile d’accès pour celui qui compte venir seul, car encore assez protectionniste, l’Iran n’est qu’à la 118ème place dans le classement sur la facilité des affaires, avec une administration tatillonne, et des clivages politiques importants, dont il faut connaître, et surtout ne pas négliger.
Donc, c’est plutôt en privilégiant les partenariats que la France et l’Iran pourront reconstruire des relations économiques quelques peu malmenées ces dernières années, avec comme exemple, le secteur automobile et notamment Renault qui a su malgré les aléas garder des contacts plus que poussés, le secteur pharmaceutique avec Sanofi qui dispose lui d’un bureau de représentation, et qui vend ses produits par un réseau de grossistes, ou encore le secteur agroalimentaire, avec le groupe Belem>, présent depuis 2007 sous la forme d’une co-entreprise avec une société locale.
Et, s’il est un secteur sur lequel la France peut s’appuyer pour accompagner sa reconquête, c’est bien celui de la cosmétique, car avec le positionnement de septième marché mondial, deuxième marché du Moyen-Orient évalué à 3,5 milliards de dollars, et l’absence des marques américaines, il serait pertinent que nos champions se placent rapidement, en tenant compte bien sur des spécificités du pays, mais en faisant jouer un savoir-faire reconnu partout ailleurs.
Mais bien évidemment, d’autres secteurs, déjà bien représentés aujourd’hui, permettront certainement à la France de poser des jalons pour l’avenir, en l’occurrence l’agroalimentaire, les services, l’industrie manufacturière, la santé, le secteur pharmaceutique.
Et pour appuyer l’ensemble des entreprises désirant se confronter à ce marché prometteur, l’agence gouvernementale Business France (www.businessfrance.fr) y a ouvert un bureau en septembre dernier, avec comme actions notamment, d’accompagner des délégations d’entreprises sur des salons phares, comme par exemple la Foire industrielle de Téhéran en octobre prochain, et la Coface (www.coface.fr) a rouvert elle ses lignes d’assurance-crédit, étant donné que les banques iraniennes sont à nouveaux connectées aux échanges Swift.
Donc, tout n’est pas acquis, loin de là même, car les trois pays cités plus hauts ne se laisseront pas faire aussi facilement, mais contrairement à ceux-ci, la qualité des produits français, garant d’un savoir-faire reconnu, et répondant aux désirs de consommation des iraniens, sauront certainement faire la différence.
Jacques Samela
Sources :
. L’Usine Nouvelle n° 3 449 du 17 décembre 2015.
. Les Echos du 18 janvier 2016.
. Challenges du 04 février 2016.
. Mécasphère du mois de mars 2016.
. L’Usine Nouvelle n° 3 459 du 10 mars 2016.
. Le Monde du 04 mai 2016.
. www.tresor.economie.gouv.fr/pays/iran >
. www.senat.fr >




