Compétitivité & Réindustrialisation : La France doit mieux faire
Les Scandinaves en tête de la compétitivité mondiale, la France en deuxième division
Publié le 27 oct. 2025
Les pays scandinaves trustent les premières places du classement mondial de la compétitivité élaboré par le cabinet Eight Advisory. Cette évaluation classe la France seulement à la 17e place.
Ça pourrait être pire, mais peut vraiment mieux faire. La France figure à une modeste 17ème place sur 58 pays concentrant les trois quarts de l'humanité dans le classement de compétitivité établi par le cabinet de conseil en stratégie et finances Eight Advisory publié ce lundi.
Ce classement synthétique après enquête dans tous les membres de l'OCDE, plus la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Ethiopie, le Nigeria, l'Egypte, le Kenya, l'Arabie saoudite, l'Afrique du Sud et une demi-douzaine de tigres d'Asie du Sud-Est, ou d'Amérique latine, établit que les sept pays à la compétitivité synthétique (économie, enseignement, soutenabilité, cohésion sociale) la plus élevée sont tous les pays scandinaves, plus la Suisse, les Pays-Bas et l'Irlande. Visiblement « small is beautiful » en matière de compétitivité d'un pays et être situé en Europe du Nord constitue un avantage décisif.
La France devant les Etats-Unis
Cette « première division » est suivie par un groupe de « puissances tranquilles », toutes européennes, Allemagne (10e), Royaume-Uni, Benelux, France (17e), ainsi qu'Australie et Canada. La France est nettement handicapée par son économie sur ce critère, puisqu'elle figure au 30e rang sur 58, notamment la faute à une calamiteuse 53e place en matière de désincitation fiscale ! Mais elle est sauvée par son classement à la sixième place dans l'enseignement, ce qui peut surprendre mais s'explique par la forte proportion d'enfants scolarisés et la qualité de son tissu de grandes écoles.
Elle figure donc, surprise, deux places devant les Etats-Unis, handicapés sur le plan de la cohésion sociale et la soutenabilité environnementale, ainsi que l'Italie, malgré ses bons résultats économiques liés à son tissu de PME familiales, au sein d'un troisième groupe regroupant surtout l'Europe de l'Est. Le quatrième groupe compte la Grèce, la Hongrie, le Brésil et… la Chine, 38e, handicapée sur le plan environnemental et social, mais très performante (16e) sur l'enseignement. En queue de peloton, l'Inde, le Vietnam, l'Arabie saoudite, le Mexique, l'Argentine et la Turquie, ainsi que les principaux pays africains.
Quatre piliers qui se conjuguent
L'enquête du cabinet établi dans une trentaine de pays et élaborée à partir de 28 indicateurs allant du PIB à la proportion d'enfants scolarisés et l'efficacité de la dépense publique, montre que la compétitivité ne peut pas se définir selon un seul paramètre, mais plutôt par la force combinée de quatre « piliers ». « Un vibrant climat des affaires, de la stabilité sociale, un enseignement de qualité et une soutenabilité sur le plan environnemental » sont les quatre ingrédients clés de la compétitivité internationale d'un pays, souligne le rapport.
Si le PIB par habitant est essentiel, car pas de bien-être sans revenu moyen élevé, et nourrit la dynamique d'un pays de concert avec les infrastructures et la numérisation, force est de constater que « la puissance économique seule peine à fournir une compétitivité durable : un enseignement de qualité nourrit l'innovation et l'adaptabilité. Un haut degré de confiance mutuelle au sein de la population et de libertés individuelles crée la stabilité qui soutient l'investissement et les performances économiques ».
En clair, chacun de ces quatre piliers nourrit les autres. Le rapport cite la liberté de la presse et la lutte contre la corruption parmi les facteurs les mieux corrélés avec la compétitivité et ajoute qu'un niveau élevé de taxation, comme le montrent les pays scandinaves, n'est pas rédhibitoire… à condition que l'argent public soit bien utilisé !
Yves Bourdillon
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La France : entre résilience et fragilité
Le 26 octobre 2025
TRIBUNE. Chaque jour, la France continue de fonctionner comme si rien n’était menacé. Les métros circulent, les hôpitaux soignent, les écoles ouvrent, les services publics répondent présents… Et pourtant, derrière cette apparente normalité, se cache une fragilité désormais structurelle. Avec plus de 43 % de son PIB prélevé sous forme d’impôts et de cotisations, le pays reste riche et protecteur, mais cette générosité fiscale pèse désormais fortement sur sa compétitivité et sa prospérité future. Par Étienne Gorgeon, responsable gestion obligataire chez Sanso Longchamp AM.
Comme le dit la maxime : « Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me console. » Jamais elle n’a été aussi vraie pour notre pays. À la différence des États-Unis, où un shutdown peut paralyser l’administration fédérale et suspendre le paiement de centaines de milliers de fonctionnaires, la France échappe à une interruption brutale.
Et elle n’est pas seule à connaître des tensions institutionnelles : il aura fallu attendre mardi 21 octobre avant d’avoir un premier ministre au Japon (Sanae Takaichi est devenue la première femme nommée à la tête du gouvernement japonais, ndlr), preuve que l’instabilité politique est un phénomène mondial, et non l’apanage de notre Ve République.
La pression fiscale, frein à l’avenir
La France porte en elle des fragilités qu’il devient urgent d’affronter. La pression fiscale reste parmi les plus élevées des pays développés, atteignant 43,8 % du PIB en 2023, contre 34 % en moyenne dans l’OCDE. Les dépenses publiques, à près de 57 % du PIB, témoignent d’un État-providence généreux… mais une générosité qui bride notre capacité à investir dans l’avenir.
La dette publique, autour de 113-115 % du PIB, continue de croître. Pourtant, la charge nette d’intérêts reste contenue à 3,8 % des recettes publiques, bien inférieure à celle des États-Unis (18 %) ou de l’Italie (9 %) et seulement légèrement au-dessus de l’Allemagne (2 %). La France n’est donc pas au bord du gouffre financier, mais sa marge de manœuvre s’érode lentement, et chaque renoncement économique devient plus contraignant. La suspension de la réforme des retraites illustre l’incapacité chronique du pays à assurer la soutenabilité de son modèle social, un renoncement de plus qui creuse le sillon du déclin.
Riche aujourd’hui, mais pour combien de temps ?
Le véritable enjeu n’est pas la crise immédiate, mais l’appauvrissement relatif à long terme. Faute d’investissements substantiels dans les secteurs stratégiques, éducation, innovation, transition énergétique, technologies de pointe, la France risque de décrocher dans la compétition mondiale.
Le ralentissement de notre compétitivité nous expose à un décrochage progressif face à nos voisins européens et aux puissances émergentes.
Pourtant, il y a de quoi se consoler… un peu. Le PIB par habitant (en parité de pouvoir d’achat) a progressé de plus de 20 % en dix ans, et notre rang international est resté globalement stable. Nous restons un pays riche. Mais la richesse actuelle ne garantit pas celle de demain. La France doit agir, réformer et investir, si elle veut rester une puissance influente et compétitive.
En somme, la France tient encore debout quand elle se compare… mais faute de réformes, elle pourrait devoir chercher sa consolation du côté du FMI.
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Réindustrialisation En France, des outils existent pour relocaliser l’industrie, mais ils sont mal utilisés
Le 27/10/25
L’État déploie des moyens financiers importants pour inciter les entreprises à rapatrier leur production. Mais l’accès à ces dispositifs reste complexe, leur efficacité difficile à mesurer et leurs effets parfois ambivalents, entre soutien réel, effets d’aubaine et stratégies opportunistes.
Depuis la pandémie de Covid-19, la nécessité de reconquérir une base industrielle est devenue une priorité politique. Les relocalisations industrielles apparaissent alors comme une mesure phare de la réindustrialisation. Pour encourager cette mesure, l’État déploie massivement une panoplie d’aides : subventions, appels à projets, dispositifs comme France Relance ou France 2030, favorisant la relocalisation. À cela s’ajoute la commande publique, présentée comme un levier d’entraînement et de soutien de la production locale. Mais quel est le degré d’accessibilité et d’efficacité réelle de ces soutiens ?
Des aides publiques massives mais difficilement accessibles
Celles-ci sont devenues l’instrument central de la politique de relocalisation. Pourtant, leur efficacité est difficile à évaluer. D’abord parce qu’accéder à ces aides n’est pas si facile pour les entreprises, notamment pour les plus petites. Nombre de ces dernières dénoncent une gestion administrative trop complexe, qui freine la sollicitation et l’accès auxdites aides.
Ces aides font parfois l’objet d’un détournement d’utilisation. En effet, certaines entreprises « chasseuses de prime » utilisent les aides disponibles dans les territoires sans s’installer durablement. Certaines aides peuvent être acquises par l’entreprise a posteriori, une fois que la relocalisation a bien été effectuée mais cela s’apparente alors à un « effet d’aubaine » et non comme un élément déterminant de la relocalisation. Certaines entreprises n’utilisent pas ces aides comme un soutien déclencheur de la relocalisation de leur activité, mais plutôt comme un accompagnateur.
La commande publique : un levier sous-exploité et peu conditionné
La commande publique représente environ 8 % du PIB en France. Privilégier le « Fabriquer en France » pour les achats publics permet à l’État de soutenir nombre d’entreprises et ainsi de participer à la réindustrialisation du pays.
La société Fil Rouge en est un bon exemple. Entreprise dans le secteur du textile, elle a notamment pu bénéficier de cette commande publique lors des Jeux olympiques (JO) de Paris 2024. L’entreprise a honoré une commande de Paris 2024, en collaboration avec d’autres entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur : c’est elle qui a produit 100 000 tee-shirts pour les volontaires des JO.
La SNCF a fait de même. La PME de Villefranche-sur-Saône, Cepovette Safety, spécialisée dans le vêtement de protection, va fournir près de 280 000 vêtements à l’entreprise ferroviaire. Auparavant, ces produits étaient fabriqués à base de coton venu d’Asie. Dorénavant, ces nouveaux vêtements sont confectionnés à partir de lin français*, ce qui vient souligner l’engagement de la SNCF pour l’environnement et la réindustrialisation du territoire. Cette initiative est réalisée en collaboration avec Terre de lin, premier producteur de lin mondial en Normandie et Tenthorey, tisseur français dans le Grand Est.
Les acheteurs publics ne mobilisent pas tous le levier de la commande publique, et font même parfois machine arrière. C’est le cas de l’armée française, qui confiera la confection de certains uniformes à Paul-Boyer Technologie, entreprise française délocalisée à Madagascar. Elle se fournissait auparavant auprès de l’entreprise Mark et Balsan, ce qui contraint cette dernière à fermer une de ses usines, qui comptait 66 employés à Calais. Cette décision a suscité de vives réactions ainsi qu’une certaine incompréhension.
De manière générale, la dépendance aux achats publics peut avoir de graves conséquences lorsque ceux-ci ralentissent. En 2024, Lucibel, entreprise spécialisée dans l’éclairage LED, en a fait les frais. Après des commandes régulières de la part des musées nationaux, ses principaux clients, pour leurs éclairages, tout a changé à l’approche des Jeux olympiques. Les subventions dont bénéficiaient les musées auraient été redirigées vers les JO, et les achats de la part des musées ont cessé cette même année pour Lucibel et ses éclairages LED.
Bien que les achats publics puissent jouer un rôle indéniable pour certaines entreprises, le recours à la commande publique comme outil de politique industrielle reste en grande partie marginal et encore à construire. L’ancien ministre Arnaud Montebourg met notamment en lumière une fragmentation des acheteurs publics entre les différents niveaux de collectivités. Il souligne la différence du nombre d’acheteurs publics avec l’Allemagne : 120 000 acheteurs publics en France, contre seulement 3 000 en Allemagne.
Centraliser les acheteurs publics et mettre en place une stratégie commune d’achat semble alors nécessaire, mais difficile à réaliser en France sans volonté politique, pour faire de la commande publique un véritable levier de la relocalisation.
Quelle stratégie industrielle derrière les outils ?
Au fond, la faiblesse principale de l’action publique réside moins dans ses moyens que dans leur mise en œuvre. L’État, comme les entreprises, peut prendre des dispositions afin de renforcer son efficacité.
Pour les entreprises, mettre en place une veille stratégique et intégrer les aides publiques en amont du projet permettraient de mieux les mobiliser lors d’une stratégie de relocalisation. Du côté des pouvoirs publics, simplifier l’accès aux aides et s’adapter aux besoins réels du terrain faciliteraient la coordination entre les pouvoirs publics et les entreprises, en répondant clairement à leurs besoins.
De plus, la mise en place d’un suivi des activités de l’entreprise qui prendrait en compte le taux de maintien de l’activité, le nombre d’emplois créés, la contribution à l’écosystème local, etc., reste encore marginale mais gagnerait à être implémentée à grande échelle. Sans aperçu concret des résultats, il reste compliqué d’évaluer le ciblage et l’efficacité des soutiens publics.
Catherine Mercier-Suissa, Professeure des Universités en sciences économiques, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3 et Daniel Suissa, Responsable pédagogique master management industriel, ESDES - UCLy (Lyon Catholic University)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original
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