Carmat (suite et fin ?)
Carmat se déclare en cessation des paiements et demande son placement en redressement judiciaire
Le 30 juin 2025
En difficultés financières, Carmat se place en redressement judiciaire pour tenter de survivre. Le concepteur du seul cœur artificiel autorisé en Europe alerte sur le risque de voir cette technologie unique passer sous pavillon étranger.
Carmat, le concepteur et fabricant du cœur artificiel le plus avancé au monde, a annoncé ce lundi 30 juin avoir déclaré la cessation des paiements. L'entreprise française, en grande difficulté financière, a sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du Tribunal de commerce de Versailles. Dans le même temps, son titre boursier a été suspendu avant l’ouverture des marchés.
Cette annonce marque un tournant pour la Medtech fondée en 2008, qui incarne, après 30 ans de recherche, l'espoir d'une alternative à la transplantation cardiaque. Son cœur artificiel Aeson, approuvé en Europe depuis 2021, est le seul dispositif de ce type actuellement disponible sur le Vieux Continent, et reconnu comme le plus avancé au monde. Mais malgré cette percée technologique, Carmat est aujourd’hui au bord du gouffre.
Un besoin urgent de liquidités
L’entreprise doit trouver d’urgence 3,5 millions d’euros pour terminer le mois de juin, 4,5 millions pour survivre en juillet, et 35 millions pour couvrir ses besoins sur l’année à venir.
À ce jour, 122 patients ont été implantés avec le cœur artificiel Carmat. Si le dispositif est utilisé pour l’instant comme un pont vers la transplantation, des essais cliniques devaient démarrer en septembre pour valider son usage en implantation permanente, jusqu’à la fin de vie.
Le redressement judiciaire pourrait permettre à l’entreprise de geler ses dettes et de restructurer ses finances. Mais il ouvre aussi la porte à un rachat à bas prix, potentiellement par un acteur étranger. Un scénario que redoutent les dirigeants de Carmat, à commencer par son directeur général Stéphane Piat. Très critique envers l’écosystème d’investissement français, ce dernier déplore le désengagement des investisseurs qui « nous ont abandonné au bord de la route » et l’absence de soutien public massif.
Une alternative vitale
Le marché adressé par Carmat est pourtant colossal : chaque année, environ 150 000 patients sont en insuffisance cardiaque terminale en Europe et aux États-Unis, pour à peine 7000 greffes cardiaques disponibles. En France, moins de 400 transplantations sont réalisées chaque année, soit deux fois moins que le nombre de patients inscrits sur liste d’attente. Et la situation empire : les maladies cardiaques sont désormais la première cause de mortalité dans les pays développés.
Face à cette réalité, Carmat reste la seule entreprise au monde à proposer un cœur artificiel autonome et opérationnel en Europe. Son concurrent américain a perdu son marquage CE en raison d’effets secondaires graves, notamment des accidents vasculaires.
Une mobilisation en dernière minute
L’entreprise de 180 salariés basée à Bois-d’Arcy (Yvelines) avait lancé un appel au secours la semaine dernière, espérant encore une mobilisation d’investisseurs, de l’État, voire de la Banque européenne d’investissement. Une cagnotte en ligne avait aussi été mise en place, davantage pour sensibiliser que pour financer réellement l’activité. Mais sans réponse rapide, la société pourrait disparaître – ou être vendue, avec sa technologie, à un groupe étranger.
Avec Reuters
http://competitiviteinfrance.overblog.com/2014/01/carmat-un-r%C3%AAve-se-r%C3%A9alise.html
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