La maison Poilâne, pétrie de talent

Publié le par Jacques SAMELA.

La maison Poilâne, pétrie de talent

Je ne sais vous, mais moi si il y a un aliment que j’apprécie au plus haut point, c’est bien le pain. Et tout particulièrement le pain Poilâne, avec sa forme et son goût à l’ancienne.

Donc, c’est en alliant mon plaisir, l’actualité avec la semaine du goût (www.legout.com), et bien sur une des images forte de la France (le pain sous toutes ses formes), que je vais vous compter son histoire, passée et actuelle.

Et donc, ce qui deviendra une affaire familiale, j’y reviendrai, commence au début des années 30 avec Pierre-Léon Poilâne, qui créa sa première boulangerie au 08 rue du Cherche Midi à Paris, avec dès le début la vente du désormais célèbre pain Poilâne, dont sa caractéristique est d’être un pain au levain* élaboré avec une farine de blé moulue à la meule de pierre, du sel de Guérande, et surtout d’être cuit au feu de bois, permettant une cuisson plus en profondeur que les fours électriques.

Au sortir de la 2ème guerre mondiale, malgré la demande pressante des français pour des pains à la mie blanche, synonyme de changement, voire d’ascension sociale après les restrictions alimentaires dues à cette période plus qu’agitée, il continue à proposer son pain à l’ancienne, avec comme conséquence, son exclusion des instances professionnelles de la boulangerie.

Quand on voit le succès de son pain aujourd’hui, mais aussi des divers pains à consonance ancienne, on peut considérer qu’il avait raison d’insister.

Et ce n’est pas l’un de ses fils, Lionel, décédé en 2002, qui dirait le contraire.

Petit dernier d’une fratrie de trois, formé très tôt avec son frère Max au monde de la boulange, il consolidera la maison Poilâne (www.poilane.com) au-delà des espérances de son père, avec une reconnaissance internationale non démentie encore aujourd’hui.

Considéré comme artiste, visionnaire, bouillonnant d’idées originales, ne se séparant jamais de son nœud papillon, il sut garder ce qui fit le succès de son père, en y alliant une organisation digne d’une entreprise, avec notamment le développement d’une gamme de pain (six à huit) fabriqués chaque jour, la construction d’une manufacture à Bièvres d’où sortent près de 7 000 pains par jour, en plus des 500 environs sortant eux du vieux four de la maison mère.

Reconnu grâce à la lettre P majuscule ourlé, ses pains se retrouvèrent très rapidement sur tous les continents, Japon, l’Asie du Sud-Est, les Etats-Unis, et bien évidemment en Europe, en Allemagne, et en Grande-Bretagne, où avant sa mort, il ouvrit même une filiale.

Donc, celui qui édicta une doctrine qui fit son succès, et qu’il appela la rétro-innovation, soit prendre le meilleur du passé et le meilleur du présent, disparut le 31 octobre 2002 avec sa femme, dans un accident d’hélicoptère, laissant la maison Poilâne sans son inspirateur, mais non sans héritier, ou plutôt héritière, car, avec l’accord de sa sœur cadette (Athéna), Apollonia, 18 ans, et malgré ses études d’économie et de gestion à Harvard (Boston), décida de prendre en maison l’affaire familiale.

Et aujourd’hui, avec sa sœur, elles sont à la tête d’une maison de près de 200 employés, trois boutiques à Paris en plus des 2 000 points de vente, deux en Grande-Bretagne (Londres), une en Belgique (Anvers), avoisinant chaque année 15 millions d’Euros de chiffre d’affaires.

Quant à demain, celle qui dit que le pain c’est toute sa vie, qu’elle mange pain, qu’elle dort pain, n’est pas près de s’arrêter, au contraire même, car elle compte marcher dans les pas de ses aïeuls, en gardant bien ancrée ce qui a fait leur succès, leur héritage, à tel point que la bataille que se livrait Lionel Poilâne et son frère Max au sujet de l’utilisation de la marque Poilâne, continue encore aujourd’hui d’empoisonner la famille toute entière, vu que les antagonistes campent toujours sur leurs positions.

Pour ma part, ne connaissant que ce pain ci, je ne prendrai donc pas part à cette brouille familiale, même si j'imagine que l’autre pain doit être bon, car l’air de rien, lui aussi a bénéficié du savoir-faire de son père.

Donc, n’hésitez-pas à vous faire vous-même votre idée, à me faire part des différences, si il y en a, mais surtout, n’hésitez-pas à vous rendre dans la boutique historique, comme le font de nombreux touristes, où vous pourrez voir le lustre en pain, confectionné pour la chambre à coucher de l’artiste espagnol Salvador Dali, ainsi que les 2 000 ouvrages, gravures et cartes postales sur l’art de la boulangerie, dont on dit qu’ils pourraient être à l’origine d’un future musée de la boulangerie française.

A voir donc, mais surtout à déguster. Le pain bien évidemment.

 

*Pain au levain : Utilisation d’un morceau de pâte de la fournée précédente qui sert à ensemencer la fournée suivante.

 

Jacques Samela

 

Sources :

. www.poilane.com      

. Wikipedia

. Le Figaro du 21/04/08

. Courrier international du 03/01/13

. Le nouvel économiste du 09/10/15

. La Croix du 27/07/16

. https://www.pluris.fr/com/?p=2&conid=755

 

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