Paraboot, toujours bien dans ses pompes

Publié le par Jacques SAMELA.

Paraboot, toujours bien dans ses pompes
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Il fut un temps que les très jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas, comme l’on dit, où j’avais à mes pieds des chaussures de la marque Paraboot, et plus précisément celles appelées « Michael », le modèle le plus connu de la marque.

Eh oui, mais non je ne vous dirai pas mon âge.

Par contre, celui de cette marque, synonyme, comme la marque Weston * d’un savoir- faire français qui résiste encore, celui de la filière tricolore de la chaussure j’entends, il est largement au-dessus du mien, puisqu’elle fût déposée par son créateur, Rémy-Alexis Richard, en 1927.

Vus et lus dans La Tribune Dimanche du 21/01/24
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Et encore, le véritable commencement pris même sa source à la fin du 19ème siècle, à Izeaux, dans l’Isère, où tout d’abord ouvrier-coupeur dans l’un des ateliers (20) du groupe Chevron, avec à la clé une idée bien précise quant à la possibilité de gagner bien mieux sa vie que ses dirigeants du moment, chose qu’il réalisera durant son passage à la capitale, complété qui plus est par un mariage avec une certaine Juliette Pontvert, fille de notaire, dont la dot, plus que fournie, lui permettra un retour gagnant dans son fief, avec tout d’abord l’acquisition de divers ateliers, mais surtout la création en 1922 de sa propre marque de bottine appelée Galibier (www.galibier.com), connue depuis comme la partenaire idéale des montagnards (Maurice Herzog) et des explorateurs (Paul-Emile Victor, Haroun Tazieff) de cette première partie du siècle, avant de péricliter, d’être mise en sommeil, mais depuis peu, de renaitre grâce notamment à l’engouement croissant de la randonnée en montagne, d’hiver comme été désormais.

Sinon, c’est durant un voyage aux Etats-Unis, en 1926, que Rémy-Alexis Richard découvre une particularité aux pieds des américains, des boots en caoutchouc totalement imperméables, ce qui en France n’est pas encore de mise, utilisant par exemple des semelles en bois ou en cuir cloutées.

Et c’est donc avec empressement qu’il ramènera cette idée à la maison afin d’y créer ses propres modèles, et faire qu’un an plus tard, en 1927 donc, il créera la marque Paraboot, association du nom du port d’Amazonie d’où partait le caoutchouc, Para, et de la traduction anglaise du mot botte, boot.

Mais il faudra toutefois attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour voir apparaître le modèle phare de la marque, la « Michael » donc, celui qui dans les années 80 permettra à la marque de se sortir de deux ans de grosses difficultés, grâce notamment aux stylistes de la mode italienne du moment, privilégiant, au détriment du costume sombre, le pantalon de velours, le pull à col roulé, ainsi que la veste en tweed, et estimant que cette chaussure se marierait idéalement à cette nouvelle norme.

Et depuis, après avoir été l’un des symboles des années collège des années 60 et 70, après avoir vécu un dépôt de bilan (1983), mais appartenant toujours à la même famille, et surtout être restée dans sa région d’origine (l’Isère pour rappel), l’entreprise, qui produit chaque jour près de six cents paires de chaussures, et qui voit son chiffre d’affaires augmenter d’année en année (28,2 millions d’Euros de prévisions pour cette année), se voit désormais considéré comme tendance par nombres de branchés dits urbains, mais aussi par d’autres comme José Bové, Vanessa Paradis, la gendarmerie ou la police en France, mais aussi par Johnny Depp et George Clooney, démontrant s’il en est que l’export est toujours plus d’actualité, avec près de 70 % de sa production vendue à l’étranger, contre déjà 45 % dans les années 80, et notamment un pays où la marque jouit d’une considération extrême, au même titre que les grandes maisons de luxe, le Japon.

Pour sa part, le directeur général préfère se positionner comme une marque haut de gamme.

Et donc, pays qui vit l’arrivée des premiers modèles dès le début des années 70, l’ouverture de la 1ère boutique en nom propre, à Tokyo, en 2001, suivi par d’autres, complétées en cela par plus de 300 magasins multimarques les distribuant, faisant du Japon encore aujourd’hui, la tête de gondole du marché asiatique avec 35 % du chiffre d’affaires de la marque, le reste se trouvant en France (33 %), en Europe (30 %), et en Amérique du Nord.

Mais qui dit succès dit aussi obligation d’augmenter les cadences pour répondre aux besoins croissants, qui plus est avec un peu moins de 150 salariés, et surtout des difficultés pour trouver aujourd’hui des « spécialistes » de la chaussure, l’obligeant de former en interne des personnes (très) motivées, ce qui l’air de rien prends du temps, près de six mois, rien que pour le dit cousu norvégien, utilisé toujours dans la conception des modèles, car nécessitant ni plus ni moins 150 étapes, et plus de 5 ans pour se parfaire à l’ensemble des techniques utilisées sur l’ensemble des postes de la production comme la coupe ou le montage.

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Vu et lu dans Les Echos du 08/11/24

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L’autre idée de la direction fût également d’instituer la semaine de 4 jours pour 35 heures, améliorant manifestement et doublement la productivité de l’entreprise et de ses salariés.

Gageons donc que ces décisions donneront l’occasion à la marque de se pérenniser dans un temps aussi long que celui qui est en cours actuellement, la famille le souhaite, gardant en cela ce savoir-faire français reconnu de par le monde, tout en démontrant également que cette filière a et aura encore son mot à dire face à une concurrence privilégiant le faire vite, le peu cher, ce que l’on appelle aujourd’hui la fast-fashion (https://www.wedressfair.fr/blog/c-est-quoi-la-fast-fashion?srsltid=AfmBOoob056hJZuJS-gr2oDwCi7MxLk9FWv6Raj-ehyUKyscDSTB1XDR).

Est c’est vrai que la marque Paraboot représente pour le coup un véritable contre modèle significatif, car si l’on prend le modèle « Michael », sa durée de vie, avant de montrer des signes d’usures, est estimé à au moins dix ans, voire à plus de quinze après deux ressemelages maison, ce qu’à bien compris l’Institut national des métiers d’arts, en décernant en 2013 le précieux label "Entreprise du Patrimoine Vivant" (https://www.paraboot.com/journal/actualites/chaussures-made-in-france/?srsltid=AfmBOoo_NoM1xyHbEVrRsjlMbew50aAZri3TzvVQTt61K2cHOoLj0Oze), gage d’une reconnaissance de son savoir-faire, hexagonal bien sûr, mais je dirai surtout à l’international, théâtre désormais d’une recherche permanente de l’excellence de la part d’une clientèle de plus en plus regardante sur le rapport qualité prix de leurs achats.

Qu’elle se rassure, ce n’est pas dans l’ADN de la marque.

*http://competitiviteinfrance.overblog.com/2019/11/j.m.weston-so-frenchy.html

Jacques Samela

 

Sources :

. https://www.paraboot.com/la-marque/histoire/

. https://www.presences-grenoble.fr/actualites-made-alpes-grenoble/michael-l-icone-de-paraboot-souffle-ses-80-bougies.htm?utm_campaign=CCI+Grenoble&utm_content=2025+-+Pr%c3%a9sences+actus+juin+n%c2%b04&utm_medium=Emailing&utm_source=Sendethic

. https://www.marques-de-france.fr/listing/paraboot/

. https://lu.fashionnetwork.com/de-lu/videos/video/21535,Paraboot-111-ans-de-savoir-faire-made-in-france.html

. https://www.lesindispensablesparis.com/mode/paraboot

. https://www.bfmtv.com/luxe/lifestyle/paraboot-comment-le-petit-artisan-de-l-isere-est-devenu-le-roi-de-la-chaussure-au-japon_GN-202304100044.html

. https://maginfrance.fr/paraboot-une-histoire-de-famille/

. https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/paraboot-un-succes-construit-pied-a-pied-b87445a0-4164-11f0-adfe-9f9958012b6a

 

A découvrir :

. https://www.chaussuredefrance.com/lindustrie-francaise-de-la-chaussure

 

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Publié dans L'entreprise du mois

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