Cem'In'Eu & HGCT, un duo en béton pour la planète

Publié le par Jacques SAMELA.

Cem'In'Eu & HGCT, un duo en béton pour la planète
Cem'In'Eu & HGCT, un duo en béton pour la planète

Alors qu’un épisode caniculaire vient à peine de s’achever en Europe, conséquence peut-être, certainement, c’est selon, de ce réchauffement climatique en cours, il apparaît aujourd’hui, plus qu’hier encore, primordial de préparer le terrain pour les générations futures, notamment dans la possibilité de limiter cette hausse des températures attendues, par des actions menées par chacun de nous, mais aussi et surtout par le monde industriel, souvent à l’origine de pollutions diverses et récurrentes comme par exemple le secteur du bâtiment, et plus particulièrement celui de la cimenterie, loin d’être reconnu comme un acteur phare de la transition écologique en cours, au contraire même.

Et pourtant, de nouveaux acteurs apparaissent, désireux de rivaliser face aux majors du secteur, grâce notamment à des procédés ou des modes opératoires innovants. En voici deux exemples.

Le premier, par ordre alphabétique, pas de favoritisme de ma part, s’appelle Cem’In’Eu (www.cemineu.com), de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Sa spécialité, développer de petites cimenteries, compactes et potentiellement démontables, installées, à la différence des grandes cimenteries portuaires, au plus près des bassins économiques, à l’intérieur des terres, et accessibles sur un rayon de 200 km par voies d’eau ou par rail.

Créée en 2014 par des anciens de l’industrie cimentière, son ambition est de prendre 8 % du marché de la cimenterie, en  prévoyant d’installer un réseau de 7 broyeurs, mais avec une particularité, qui est d’importer le clinker*, la matière première du ciment faite à partir de calcaire et d’argile, ne réalisant de fait que les étapes suivantes du process, soit, le mélange du même clinker et du gypse, le broyage et enfin le conditionnement.

Visant plutôt une clientèle d’indépendants (fabricants de béton prêt à l’emploi, producteurs d’éléments préfabriqués), elle permettra également aux maçons de commander le nombre de sacs voulus, en plastique recyclable, et d’être livrés directement sur les chantiers, grâce à la mise en place d’une application smartphone, évitant en cela le gâchis habituel, son souhait étant d’être au plus près des utilisateurs, tant en termes de distance, qu’en termes de réponses adéquates et précises aux demandes express des opérateurs.

 Et, après une première installation l’an dernier, à Tonneins dans le Lot-et-Garonne, d’une capacité annuelle de 240 000 tonnes, et avant celle de Portes-lès-Valence cet été, son objectif sera donc de créer un à deux sites par an, dont deux à l’étranger (GB, Pologne), avec à la clé une trentaine d’emplois et environ 30 millions d’Euros de chiffre d’affaires à chaque fois, voire plus avec le projet de Montreuil-Bellay dans le Maine et Loire, puisque lui disposera de deux broyeurs pour une capacité de 500 000 tonnes, employant au final 50 personnes, pour un coût de 35 millions d’Euros, l’amenant donc pour développer son réseau naissant à lever dans l’ensemble et d’ici la fin de l’année la somme de 55 millions d’Euros, dont 40 millions ayant déjà servi pour la toute première installation. On n’est donc pas loin là de ce que l’on appelle aujourd’hui l’économie circulaire.

Economie que revendiquent haut et fort les créateurs (David Hoffmann et Julien Blanchard) de la société HGCT ou Hoffmann Green Cement Technologies (www.hgct-europe.fr), 6ème cimentier français, et à l’origine d’un ciment décarboné, sans cuisson et sans clinker.

Créée en 2014, l’ambition de départ de ses fondateurs était bien de participer à la transition écologique en cours, notamment dans la construction, comptant parmi les secteurs les plus importants en termes d’émissions de CO2 dans le monde, avec l’élaboration d’un ciment nouvelle génération, dont la particularité est de pouvoir diviser par 7 l’empreinte carbone de tout autre ciment, généralement d’appellation Portland.

Aujourd’hui, avec son site pilote à Bournezeau en Vendée, inauguré en 2018, après une levée de fonds de 10 millions d’Euros, il assure une production de 50 000 tonnes de ce béton spécial, avec comme souhait de lancer rapidement la construction de son deuxième site de production, aidé en cela par une nouvelle levée de fonds, de 15 millions cette fois-ci.

Mais au fait, en quoi est-il si différent ce ciment révolutionnaire ?

Tout d’abord, il génère 75 % de CO2 en moins par rapport aux autres ciments en circulation. Ensuite, il n’occasionne aucunes utilisations de cheminées, de fours, de cuissons, et encore moins de clinker dans son usine de 4 500 m2 ultra-moderne, composé de 48 silos, six cuves en inox, et près de 16 km de câbles. Mais surtout, et grâce à des dépôts de brevets, il utilise pour l'élaboration de son ciment, des produits issus de transformation comme les rebuts et coproduits industriels de types boues d’argile issues de carrières de granulats, laitiers de hauts fourneaux, ou encore de gypse du secteur plâtrier. Et ce sont même trois ciments que la société a déjà brevetés.

Le premier, s’appelant H-P2A ou Haute performance à activation alcaline, il comprend une base d’argile calciné, associé à une solution aqueuse de silicate, type Geosil, le second, l’H-Eva, est un ciment à base d’argile et de gypse, se mélangeant avec de l’eau, et pouvant être utilisé pour la formulation d’enduits industriels ou de mortiers de montage de blocs, quant au troisième, le H-Ukr, il est basé sur le laitier** moulu des hauts fourneaux (80 à 95 %).

Labellisé  Horizon 2020 pour la Recherche et l’innovation en Europe, ayant rejoint le Programme d’investissement d’avenir français (PIA), et avec un marché national estimé à 18 millions de tonnes par an, et ce même si son ciment est deux fois plus élevé que le traditionnel, il est fort à parier qu’elle y trouvera largement sa place, comme Cem’In’Eu également, en bousculant de fait les cadors du secteur, les obligeant à évoluer et à répondre eux aussi plus fortement encore aux enjeux à venir du changement climatique.

*Le clinker est un constituant du ciment, qui résulte de la cuisson d'un mélange composé d'environ 80% de calcaire (qui apporte le calcium) et de 20% d'aluminosilicates (notamment des argiles qui apportent le silicium, l'aluminium et le fer). La « farine » ou le « cru » est formée du mélange de poudre de calcaire et d'argile. Cette cuisson, la clinkérisation, se fait à une température d'environ 1450°C qui explique la forte consommation énergétique de ce processus. La clinkérisation explique en partie la contribution importante des cimenteries aux émissions de gaz à effet de serre (Wikipedia).

**En sidérurgie, le laitier correspond aux scories qui sont formées en cours de fusion ou d'élaboration du métal par voie liquide. Il s'agit d'un mélange composé essentiellement de silicates, d'aluminates et de chaux, avec divers oxydes métalliques, à l'exception des oxydes de fer. Ses rôles dans la métallurgie des métaux ferreux en fusion sont multiples (Wikipedia).

Jacques Samela

 

Sources :

. Les Echos du 19/01/18 et du 13/06/19

. L’usine Nouvelle du 21/02/18

. www.lantenne.com du 27/03/18

. www.trophees-territoiresinnovation.fr

. www.ouest-france.fr du 19/05/18

. www.acpresse.fr du 26/11/18

. Le Parisien Eco du 24/06/19

Vu et lu dans Les Echos du 13/06/19
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Vus et lus dans Le Parisien Eco du 24/06/19, et Les Echos du 13/06/19
Vus et lus dans Le Parisien Eco du 24/06/19, et Les Echos du 13/06/19

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Vu et lu dans Les Echos du 10/07/19

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Publié dans L'entreprise du mois

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