Duralex, vraiment incassable ?
Vous comme moi j’imagine, avez cherché à connaître votre âge au fond des verres dans les cantines d’écoles.
Bien évidemment, au-delà de vouloir se vieillir (moins aujourd’hui), ou de vouloir se rajeunir (plutôt aujourd’hui), je crois pour ma part que je n’ai jamais trouvé un verre indiquant mon âge véritable, et vous ?
Alors, je m’en excuse par avance, mais pour bien casser le mythe, il faut savoir que ces chiffres correspondent au numéro de l’empreinte de l’un des moules utilisés pour la fabrication des verres en question, 50 en fait, mais avec 48 commercialisés au final, en n’en laissant deux en réserve, afin de palier d’éventuels défauts.
Voilà, c’est fait, pas trop déçus j’espère ? Ne ratez pas ce qui suit, je vous en conjure, car la magie de mon texte devrait opérer, mais surtout vous informer, le but de ce sujet.
Et donc, l’instigatrice de ce moment jouissif de nos cantines (le seul peut-être), c’est la société connue sous l’appellation Duralex, qui maintenant s’appelle La Maison française du verre après avoir rejoint en 2021 le groupe appelé International Cookware, suite à un énième soubresaut de sa vie tumultueuse.
Et justement, cela se réitère à nouveau, avec donc l’ouverture d’une nouvelle procédure de redressement judiciaire en avril dernier.
Mais en y réfléchissant un peu, c’est peut-être dû à son nom, car Duralex viendrait de la locution latine « Dura lex, sed lex », soit « La loi est dure, mais c’est la loi », ce qui finalement est plutôt commun à toutes les entreprises, chahutées qu’elles peuvent être tout au long de leur existence.
Et elle, son existence a débuté en 1927 à la Chapelle St Mesmin dans le Loiret, comme verrerie d’un vinaigrier du nom de Dessaux (https://fr.wikipedia.org/wiki/Dessaux), avant d’être vendue trois ans plus tard au parfumeur François Coty (https://prixduphenix.fr/index.php/francois-coty/), désireux de fabriquer ses propres flacons.
En 1934, c’est au tour du groupe Saint Gobain (http://competitiviteinfrance.overblog.com/2016/04/saint-gobain-l-innovation-toujours-l-innovation.html) de l’acquérir, avec comme idée lui, d’y produire des feux d’éclairages et des vitres pour le secteur automobile, fabriqués à partir d’une de ses inventions, le verre trempé.
Invention qui verra son processus définitivement abouti et breveté en 1944, avec par la suite, le dépôt de la marque Duralex, et l’envie de l’ouvrir à d’autres débouchées, notamment celui de la vaisselle.
Et dès son premier produit, ce fut un succès.
De nom "Gigogne", il est donc ce petit verre un peu rond que nous retrouverons à foison dans nos cantines, et ailleurs, avec donc ce numéro dont je vous ai déjà parlé ci-dessus.
Ensuite, en 1954, sera créé le verre dit "Picardie", composé lui de 9 facettes.
Et ce sont bien ces deux verres qui vont porter haut et loin la marque, des troquets aux écoliers en passant par l’ensemble des familles françaises, des grands chefs étoilés, aux joueurs du Real Madrid, qui, en 1956, durant un déplacement à Paris pour jouer un match européen, achetèrent en plus des verres, de la vaisselle estampillée de la marque, des réalisateurs de cinéma comme Martin Scorsese et Woody Allen, à James Bond, qui dans le film Skyfall, dégusta un whisky dans un verre Picardie, et, pour couronner le tout, son arrivée dans la collection du Musée des Arts Décoratifs de Paris, ainsi que dans celle du MOMA de New York, qui lui représentera l’ensemble de la gamme, y ajoutant bols et saladiers de la gamme Gigogne.
Belle notoriété n’est-ce pas, complétée en cela par la création en 1962 d’un nouveau modèle de verre, dit « teinté masse », occasionnant pour la société une décennie considérée comme son âge d’or, récompensé même par l’obtention en 1965 d’un prix au 12ème Festival international du film publicitaire de Cannes, pour un spot télévisé de la marque.
Cependant, et malgré ces années de succès, les ennuis commencèrent à se présenter tout d’abord avec la cession en 1997 par le groupe Saint Gobain de ses activités au verrier italien Bormioli Rocco, avec à la clé l’arrivée d’actionnaires plus ou moins sérieux, ensuite avec sa vente en 2004 à un de ces cadres, avec pour conséquence un dépôt de bilan l’année suivante, mais surtout le rachat par un de ses principaux clients, un grossiste turc, qui après multiples malversations, comme le départ pour la Turquie d’une partie du matériel de fabrication, vendu qui plus est à 20 % de sa valeur, l’encaissement à son profit de plusieurs millions d’Euros, occasionnant pour le coup un manque à gagner de plus de 4,5 millions d’Euros, et donc son placement en liquidation judiciaire le 1er avril 2008. Certainement pas pris comme un poisson d’avril par les salariés.
Ensuite, après un nouveau rachat en juillet 2008, un incident d’ordre industriel intervient en 2017, un nouveau redressement judiciaire est de nouveau acté en septembre 2020, suivi quelques mois plus tard, en janvier 2021, d’un rachat par le groupe français International Cookware, représentant de la marque américaine Pyrex, avec comme idée, de faire naître des synergies commerciales entre ces deux acteurs, vendant des produits quasi similaires.
Alors, malgré ces rebondissements à répétition, en 2019, la marque obtint le très convoité label "Entreprise du Patrimoine Vivant" (www.institut-savoirfaire.fr), qui récompense chaque année les entreprises françaises historiques pour leur savoir-faire, l’innovation, et la tradition.
Et la même année, le célèbre verre Gigogne s’agrandit, en passant à 36 cl.
Mais comme vous l’avez compris, ces événements sont loin de faire office de barrière à éviter les problèmes, car la guerre entre la Russie et l’Ukraine occasionnera pour l’entreprise une hausse significative de sa facture énergétique, dû entre autres à l’utilisation de fours très gourmands, fonctionnant jour et nuit, et finalement à leur arrêt avant leur redémarrage cinq mois plus tard, compensé s’il en est par 15 millions d’Euros d’aides de l’Etat.
Mais là non plus les problèmes ne s’arrêtent plus, car dans le cadre du rachat de l’usine historique, à la chapelle de St Masmin, et d’une réclamation du dit paiement de droit carbone ou dette carbone de 1,3 millions d’Euros, la direction actuelle s’obligea donc en avril dernier à solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, pas une nouveauté malheureusement.
Aujourd’hui, la balle est donc dans le camp du tribunal de commerce d’Orléans, avec sur une durée de 6 mois, l’obligation de trouver un ou plusieurs repreneurs en capacité financière pour solder, si possible et en partie le déficit chronique, mais surtout apte à continuer l’activité de façon pérenne.
Donc, attendons, mais espérons que des acteurs se sentiront la volonté, le rêve, pourquoi pas, ayant comme vous et moi utilisé à plus soif ces verres de renom, plutôt français donc, ou tout du moins européen, désireux de se lancer dans l’aventure, tout en voulant également surfer sur le regain de la ré-industrialisation française, tout en profitant du potentiel de cette marque que tout à chacun nous connaissons depuis très longtemps.
Je suivrai donc avec intérêt la suite des événements, et je vous en ferai part.
Jacques Samela
Sources :
. https://fr.wikipedia.org/wiki/Duralex
. https://www.marques-de-france.fr/listing/duralex/
. https://routesduverre.fr/recherche/new-duralex-internationalr
. https://blog.initiatives-chocolats.fr/verre-duralex-tout-savoir-sur-cette-madeleine-de-proust-27618
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