Le château de Chantilly, son domaine, et ses à-côtés

Publié le par Jacques SAMELA.

Le château de Chantilly, son domaine, et ses à-côtés
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Vu dans Art & Décoration, et Mémoire en Images - Chantilly
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Les 15, 16 & 17 mai devaient se tenir dans le parc du Château les journées des plantes de Chantilly (Oise), anciennement organisées au Château de Courson (www.domaine-de-courson.fr).

Seulement voilà, en raison de quoi vous savez, elles ont tout bonnement étaient annulées.

Mais bon, ne souhaitant pas annuler également mon sujet consacré au château, qui me tient particulièrement à cœur, car natif de cette ville, et me disant que finalement, comme cette année Covid-19 nous aurons peut-être peu de chances de voyager à l’étranger, pourquoi ne pas le présenter malgré tout, moins connu semble-t-il, mais représentant quand même près de 500 000 visiteurs chaque année, et avec une histoire personnelle côtoyant l’histoire de France au plus près.

Mais comme vous le verrez par la suite, ce n’est pas qu’un château, c’est plus que cela.

Bâtiment fortifié au moyen-âge, appartenant aux Bouteiller, premiers seigneurs du lieu, il fut pillé en 1358 lors des Jacqueries*, avant d’être acheté en 1386 par la famille d’Orgemont, qui en fit une véritable forteresse.

Légué par la suite en 1484 à Guillaume de Montmorency (1453 – 1531), général des finances du roi Louis XI (1423 – 1483), un de ses quatre fils, Anne de Montmorency (1493 – 1567), compagnon d’armes et ministre de François 1er (1494 – 1547) héritant de ce domaine, décida après avoir guerroyé en Italie, tout en y découvrant des palais fastueux, de faire construire un château d’inspiration Renaissance, dont Florence en est le berceau.

Bien plus tard, l’un de ses descendants, Henri II de Montmorency (1595 – 1632) fut lui décapité pour s’être révolté contre le cardinal Richelieu (1585- 1642), et le château confisqué par le roi. Il ne reviendra à la famille qu’en 1643, plus précisément à l’épouse d’Henri II de Bourbon (1588 – 1646), prince de Condé, Charlotte de Montmorency (1594 – 1650).

Leur fils, Louis II de Bourbon (1621 – 1686), cousin du roi, et dit le grand Condé, organisera lui des fêtes dignes de Versailles, où se montrèrent les plus grands artistes du moment comme Molière, Racine, La Fontaine, ou encore Bossuet. Et, c’est à ce moment que Le Nôtre (1613 – 1700), pas le traiteur, mais le jardinier du roi Louis XIV, élaborera les désormais fameux jardins du château, dit à la française.

En 1719, en face du château, pour ceux qui connaissent, s’érigera les Grandes Ecuries (www.grandesecuries.com), j’y reviendrai, suivi après 1740, du Hameau, de la salle du Jeu de Paume et du château d’Enghien. A la révolution, le grand château, après avoir servi de prison, fut détruit par ce que l’on a appelé la Bande Noire**, et les collections, saisies, furent transportées au Louvre.

Il ne sera reconstruit qu’en 1875 par Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822 - 1897), afin notamment d’y abriter ses nombreuses collections d’arts, et, sans héritiers directs, ses deux fils ayant trouvés la mort jeunes, il lèguera la totalité de son domaine à l’Institut de France (www.institut-de-france.fr) en 1886, avec comme volonté ultime d’ouvrir les portes du château au public, sous l’appellation « Musée Condé », ce qui fut fait en 1898, un an après sa mort, et qui aujourd’hui représente une visite plus qu’agréable, en déambulant sur un parquet craquant au milieu de la deuxième collection de peintures anciennes après celle du Louvre, les appartements princiers, et une bibliothèque exceptionnelle, appelée « Le cabinet des livres », où repose près de 19 000 volumes, sur les 60 000 que compte l’ensemble de la collection du domaine, composé pour la plupart de manuscrits (1 500), dont le plus ancien date du XIème siècle, et de 17 500 imprimés, dont environ 700 incunables (imprimés avant 1501, le début de l’imprimerie), et 2 500 livres imprimés au XVI siècle .

Vu et lu dans Art & Décoration
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Mais parler du château de Chantilly sans relater de ses à-côtés et de l'ensemble de son domaine, serait un oubli plus que fâcheux. Je vous le disais en préambule.

En effet, que dire de son parc de 115 hectares, notamment composé d’un jardin à la française, le préféré de son concepteur, vous vous souvenez, André Le Nôtre ? Il comprend de vastes miroirs d’eau reflétant les couleurs du ciel, de nombreux jets d’eau et de fontaines, et accompagnés de statues, représentant pour beaucoup le monde de la chasse à courre, toujours en œuvre aujourd’hui dans cette forêt de 6 344 hectares, partie prenante du domaine et que nous, Cantiliens, appelons tout simplement forêt de Chantilly.

Mais il comprend également deux autres jardins, dont le jardin anglo-chinois, élaboré en 1773, abritant le hameau, composé de cinq maisonnettes d’aspects dit rustiques, dont le modèle servi à créer le petit Trianon de Versailles, villégiature de Marie-Antoinette.

Et donc le jardin anglais, élaboré lui en 1819 sous la restauration***, occupant aujourd’hui la partie du château détruite durant la révolution, et composé des dites fabriques romantiques, dont le célèbre « Temple de Vénus », où nichent de majestueux cygnes blancs.

Et enfin, pour ceux qui aiment les chevaux, et ils sont nombreux à Chantilly, les Grandes Ecuries, construites entre 1719 et 1740, mesurant 186 mètres de long sur 12 mètres de large, composé d’un dôme monumental de 28 mètre de haut, pouvant abriter près de 250 chevaux et 500 chiens, car une de ses premières utilisations, j’y reviens, était pour les chasses quotidiennes des seigneurs du lieu. Ce sont toujours les plus grandes d’Europe.

Aujourd’hui, elles abritent le musée du Cheval, relatant des rapports entre le cheval et l’homme depuis la nuit des temps, ainsi que depuis plus de 30 ans, des représentations et des spectacles équestres, consacrés notamment à l’art du dressage, dont l’instigateur et créateur depuis 1982, se nomme Yves Bienaimé. Depuis, ce sont ses filles qui ont repris le flambeau.

Quant à lui, non rassasié, il s’engagea il y a de cela quelques années dans le sauvetage d’une partie du domaine de Chantilly, convoité par des promoteurs immobiliers, en créant le Potager des Princes (www.potagerdesprinces.com), composé de 25 petits jardins, où l’on y trouvent des légumes, des arbres fruitiers, des fleurs, des animaux, et où à la belle saison sont organisés des spectacles pour les enfants, les courses de lapins y étant très appréciées, mais aussi pour les adultes, plus classiques ceux-ci.

Mais, avant de clôturer définitivement ce sujet, je me propose de vous servir de guide dans le cadre d’un parcours virtuel que voici.

Imaginez, nous sommes au mois de juin, le soleil est au beau fixe, et après quelques jours à Paris, vous décidez de venir visiter Chantilly et son château.

Vous prenez donc le train à la Gare du Nord, et en une demi-heure, vous êtes à la gare de Chantilly. Face à la gare, un chemin boisé, que vous prenez, et qui vous mène tout d’abord à la petite pelouse, jouxtant l’hippodrome (www.france-galop.com/fr/hippodromechantilly), créé en 1834, et où se déroulent deux courses hippiques de renoms que sont le Prix du Jockey Club créée en 1836, et le Prix de Diane, course hippique créée elle en 1843, et considérée comme le prix de l’élégance par excellence, où certaines dames et messieurs y viennent chapeautés, afin de s’y montrer sous leurs plus beaux atours.

Vous continuez ensuite en longeant le champ de course, en imaginant le galop des chevaux et les clameurs des parieurs, attendant avec ferveur l’arrivé de leur champion, avant de tomber donc sur les Grandes Ecuries, défendues par la statue du duc d’Aumale à cheval, érigée là en sa mémoire en 1899.

Vous longez l’édifice, et là, sur votre gauche, le château de Chantilly, où vous attends donc bien plus d’une heure de visite de l’ensemble du domaine, avant de pouvoir déguster sur place la non moins célèbre crème Chantilly, dont certains disent qu’elle fût inventée ici même par François Vatel (1631 – 1671), même si sur ce sujet les avis divergent, car ce que l’on sait également, c’est que cette crème aurait été amenée dans les bagages de Catherine de Medicis (1519 – 1589), avec certainement son apparition plus qu’appréciée durant des diners au domaine. La légende fera le reste.

Et après avoir quitté définitivement le château, vous passez par la porte Saint-Denis, qui devait relier l’aile existante des Grandes Ecuries à celle projetée, mais jamais réalisée, et vous prenez la rue du Connétable (cela vous rappelle quelque chose ?), qui vous mènera à sa fin à la place Omer Vallon, lieu du marché habituel de la ville, mais où vous trouverez également l’occasion, si vos pieds vous disent encore oui, de visiter le Musée de la Dentelle (www.chantilly-dentelle.com), près de la médiathèque, sans oublier pour terminer votre périple, et garder un autre souvenir, autres que ceux du château, d’acquérir un ou plusieurs modèles de porcelaine de Chantilly, créée dans les années 1730 par le prince de Condé, Louis-Henri  de Bourbon, dans le plus pur style de la porcelaine japonaise de l’époque, qu’il affectionnait particulièrement.

Et pour repartir vers la gare, par un autre chemin, prendre la rue de Paris, continuer ensuite sur l’avenue du Maréchal Joffre, et avant un rond-point, sur votre droite, reprendre la rue des Otages (celle du début de votre périple), qui comme vous le verrez très rapidement, y mène directement.

Voilà, pour ceux qui ne connaissaient pas encore ce château et l’ensemble de son domaine, j’espère que cette présentation vous aura donné l’envie de le visiter, et donc d’y passer une journée afin de découvrir ce que j’ai oublié de vous dire. Il vous attend, dès réouverture bien sûr.

*La Grande Jacquerie est un soulèvement paysans survenu en 1358 dans les campagnes d'Île-de-France, de Picardie, de Champagne, d'Artois et de Normandie, lors de la guerre de Cent Ans dans un contexte de crise politique, militaire et sociale. Cette révolte tire son nom de Jacques Bonhomme, figure anonyme du vilain, puis sobriquet désignant le paysan français, probablement du fait du port de vestes courtes, dites jacques. Elle eut pour chef un dénommé Guillaume Carle aussi nommé Jacques Bonhomme.Cette révolte est à l'origine du terme « jacquerie » repris pour désigner toutes sortes de soulèvements populaires. C'est sous la plume du chroniqueur Nicole Gilles, mort en 1503, contrôleur du Trésor royal sous Charles VIII de France, que l'on trouve ce terme dans Les chroniques et annales de la France parues dès 1492.(Wikipedia)

** La Bande Noire est une expression désignant, dans son ultime usage, une association de spéculateurs qui, sous la Révolution française, à partir de la mise sous séquestre des biens du clergé (décrets des 13 mai et 16 juillet 1790) et des émigrés (décrets du 2 septembre 1792 et 3 juin 1793), et leur vente, s'entendaient pour acheter à bas prix les châteaux, abbayes, monuments d'art les plus précieux, dans le but de les occuper, de les revendre avec profit (parcellisation des anciens domaines) ou de les démolir et d'en vendre les matériaux. (Wikipedia)

***La Restauration, appellation courante, est la période de l'histoire de France correspondant à la restauration de la monarchie en tant que régime politique en France, ou plus exactement dans ce qu'il restait de l'Empire napoléonien. (Wikipedia)

Jacques Samela

 

Sources :

. www.domainedechantilly.com

. www.chantilly-tourisme.com

. www.grandesecuries.com

. www.potagerdesprinces.com

. www.chantilly-dentelle.com

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Télérama n° 3663 du 18/03/2020, et vu et lu dans Les Echos du 28/02/20
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