L'Hygiaphone, un retour en grâce ?

Publié le par Jacques SAMELA.

L'Hygiaphone, un retour en grâce ?
L'Hygiaphone, un retour en grâce ?

Vous en avez entendu parler pendant la crise du covid-19, le groupe français Téléphone en a fait un de ses titres phares en 1977, Danny Boon en a relaté son utilisation difficile dans son sketch consacré à la Poste, et ceux qui comme moi ont un âge un peu avancé, l’ont croisé plus d’une fois dans les services publics, mais connaissez-vous vraiment son histoire ?

Eh bien elle commence en 1945, en raison d’une épidémie de grippe H1N1, comme quoi, rien de nouveau, venant déjà de Chine, et qui par le contact avec les voyageurs toucha particulièrement les agents SNCF, notamment ceux attribués aux guichets dans les gares.

La réponse, très attendue par la société ferroviaire, car faisant face à une vraie hécatombe d’absences, doublée d’une baisse de la productivité, viendra tout simplement (si je puis dire), d’une installation doublement vitrée, avec en son centre une membrane acoustique permettant une protection maximale, tout en assurant une sonorité presque parfaite.

En tout cas, dès l’installation de ce nouveau système, appelé à l’origine « passe son duetto » par son créateur  l’ingénieur André Bourlier, et proposé, après avoir été déposé sous la marque « Hygiaphone », du grec "hugiês", qui signifie "sain", et "phônê", "la voix", le nombre d’absences tomba à près d’une trentaine, alors qu’au début de l’épidémie, elles culminaient à plus de 300. La parade fût donc trouvée.

Tellement bien qu’après  avoir prouvé son utilisation, il trouvera d’autres débouchées comme les différentes administrations de l’époque, les stations-services, les stades, les grands-magasins, ainsi que les cinémas, avec aussi dès 1968 des versions adaptées elles à la protection des banques, postes, commissariats de police, ou encore ministères et ambassades.

Et cela dura jusque dans les années 90, où cette fois-ci, toutes ces institutions ou tous les sites recevant du public souhaitèrent s’ouvrir à leur clientèle, clientèle s’estimant elle, à juste titre ou pas, et notamment dans les différentes administrations, accueillie souvent sans considérations aucunes par des guichetiers plutôt débordés qu’autre chose, considérant que ce système était devenu un mur d’incompréhension entre les usagers et eux-mêmes, obligeant souvent les antagonistes à crier fort pour se faire entendre.

Résistant tant bien que mal à l’air du temps, la marque est acheté par un groupe suédois du nom de Gunnebo (www.gunnebo.com), qui par la cession d’une de ses divisions, fera que « l’Hygiaphone » tombera dans l’escarcelle du groupe français Fichet (www.fichetgroup.com) en 2018, spécialiste dans le secteur des coffres-forts, portes blindées et sécurité électronique .

Et c’est par des circonstances similaires et malheureuses que ce produit, plutôt aux oubliettes il est vrai, est revenu sur le devant de la scène, avec l’utilisation de protection souvent de bric et de broc dans les magasins d’alimentation, marchés et autres lieux de ventes.

Mais comme l’on dit parfois, à quelque chose malheur est bon, car depuis le début de cette crise sanitaire, non terminée attention, les ventes du produit estampillé « Hygiaphone » ont augmentées de plus de 40 %, obligeant même la société détentrice à surveiller l’utilisation de cette appellation, toujours brevetée,  pour des modèles le plus souvent élaborés en plexiglas, précieux pour protéger du virus, mais n’assurant en rien une qualité de son que le vrai modèle lui est capable de proposer.

Défense du nom, mais aussi d’une qualité ayant déjà fait ses preuves. Et il est vrai que pour avoir testé l’original et ceux que nous voyons aujourd’hui, il n’y pas à matière à se tromper.

La question maintenant, verra-t-on une utilisation sur le temps  de ce mode de protection, ou est-ce seulement sur la période actuelle de la crise en cours ?

En tout cas, vu qu’elle est mondiale (la crise sanitaire), il y a malheureusement de quoi faire, et ce pour pas mal de temps.

Petit retour en arrière donc, mais bon, pour nous protéger, pas de demi-mesures. Espérons juste que le niveau sonore soit meilleur qu’avant, n’est-ce pas Monsieur Boon ?

Jacques Samela

 

Sources :

. Wikipedia

. https://www.franceculture.fr/histoire/parlez-dans-lhygiaphone-le-retour-en-grace-dun-vieux-systeme

. https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/strasbourg-0/coronavirus-retour-grace-du-bon-vieux-hygiaphone-produit-alsace-eviter-contaminations-1825670.html

Vu dans Eaubonne Mag n° 248 de mai - juin 2020, et Télérama n° 3673 du 03/06/20, n° 3676 du 24/06/20
Vu dans Eaubonne Mag n° 248 de mai - juin 2020, et Télérama n° 3673 du 03/06/20, n° 3676 du 24/06/20

Vu dans Eaubonne Mag n° 248 de mai - juin 2020, et Télérama n° 3673 du 03/06/20, n° 3676 du 24/06/20

Bien avant l'utilisation des baies vitrées, intitulé "The Ticket Seller" de Norman Rockwell. Edition Taschen : Rockwell de Karal Ann Marling

Bien avant l'utilisation des baies vitrées, intitulé "The Ticket Seller" de Norman Rockwell. Edition Taschen : Rockwell de Karal Ann Marling

Publié dans Les dossiers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article