Le Fret ferroviaire, enfin un nouveau départ ?

Publié le par Jacques SAMELA.

Le Fret ferroviaire, enfin un nouveau départ ?
Le Fret ferroviaire, enfin un nouveau départ ?

L’Etat français compte donc en faire un de ses piliers de sa transition écologique, avec dès cette année, 63 millions d’Euros d’alloué, et 63 millions en 2021.

Eh oui, c’est bien du fret ferroviaire dont je parle, avec justement comme souhait de développer de nouvelles autoroutes ferroviaires comme un Bayonne – Cherbourg, ou un Sète – Calais, accompagné de la relance du dit train des primeurs Perpignan – Rungis, à l’arrêt depuis l’année dernière au profit des poids-lourds, mais avec comme souhait de l’étendre entre les villes d’Anvers (Belgique) et Barcelone (Espagne).

Pour cela, et au de-là des sommes en jeu, les droits de péages (eh oui, là aussi) des trains de marchandises seront eux gratuits jusqu’à la fin de l’année, divisés par deux en 2021, permettant, si les envies sont suivis d’effets, d’alléger les routes de France de 20 000 poids-lourds, soit 425 000 tonnes de CO2 émis en moins.

Vaste et beau projet, seulement voilà, depuis de nombreuses années, ce secteur, peu connu, est en phase plus que descendante.

Et pourtant, le transport de marchandises par voies ferroviaires était plus que florissant il y a encore quelques années de cela, avant que la route ne grignote son pré carré, et le remplace petit à petit. En voici un petit historique.

Donc, tout d’abord, il faut savoir qu’avec l’avènement du chemin de fer, la France comptait en 1852, 3 000 km de voies, 17 000 en 1870, et 26 000 en 1882, devenant en cela le réseau le plus développé d’Europe.

Bien évidemment, le transport de marchandises s’imposa très rapidement, souvent accolé aux gares voyageurs, avant de bénéficier de halles dédiées en périphérie des agglomérations, dotées de vaste cours de débords ou cours marchandises, permettant le transbordement entre les wagons et les véhicules routiers. Et, pour faciliter le transport entre les sites industriels et le réseau ferré général, de nombreux embranchements particuliers seront créés, soit 3 800 à l’orée de la 1ère guerre mondiale.

Et concernant les types de transports, deux seront mis en oeuvre, soit la petite vitesse (PV), représentant la majorité du trafic avec des tarifs avantageux, et la grande vitesse (GV), plus coûteuse, et utilisée surtout pour le transport des animaux vivants, ainsi que les fruits et légumes, nécessitant pour le coup un transport plus rapide.

Ensuite, par le regroupement des anciens réseaux, privés et publics, la SNCF est créée le 31 août 1937, avec comme résultat, un réseau élargi de 42 500 km, et 6 500 embranchements particuliers (voir plus haut).

Cependant, c’est également durant ces années que la concurrence routière pointa son nez, avec une réelle augmentation durant les années 50 et 60, et ce même si 6 000 gares ou points frontières traitaient encore près de 30 000 wagons de marchandises quotidiennement.

Mais c’est surtout vers la fin des années 80 que le fret entra vraiment dans une période de déclin, passant de 60 milliards de tonnes km à 32 milliards en 2012. Et encore, la SNCF était toujours en position de monopole, ce qui changea avec l’ouverture de la concurrence en 1993, avec les nouveaux entrants qui prirent une bonne partie des dits marchés rentables, soit les trains massifs, dont la composition n’est pas remanié entre l’origine et la destination, lui laissant finalement la partie la plus couteuse, ce que l’on appelle les trains dits de lotissements.

Et depuis, ce ne sont plus que reculs, avancées, reculs, de cette activité toujours aussi primordiale, dont voici une chronologie ci-dessous :

. 1970 : Création de la Sernam (Service national des messageries), qui s’occupera des transports de colis.

. 1989 : Création de l’entité Fret SNCF, tout en fermant jusqu’en 1993, près de 28 000 gares au service du fret.

. 2002 : Le CA de l’activité fret monte à 1,96 milliards d’Euros, avec un trafic de 128 millions de tonnes transportés, 13 850 clients en Europe, comptant encore 1 800 gares de fret, 19 gares de triages, 4 535 installations terminales embranchées, et 45 terminaux de transport combiné, appuyé en cela par 80 000 wagons fret, 2 200 locomotives, et 1 200 locotracteurs.

. 2003 : Le CA tombe à 1,86 milliards d’Euros, le trafic à 124,8 millions de tonnes transportées, et il ne reste plus que 1 509 gares fret, 17 gares de triages, et 29 terminaux combinés.

. 2004 : Perte de près de 400 000 millions d’Euros.

. 2008 : Le groupe SNCF rachète Geodis, renommant sa branche fret, SNCF Geodis. Le CA tombe lui à 16,5 milliards d’Euros.

. 2009 : Le trafic subit une chute de 25 % au 1er semestre.

. 2010 : Création de l’entité Captrain en dehors du territoire français.

. 2014 : Circulation d’un train de 1 500 mètre de long, une première en Europe, et retour de la croissance avec un CA en hausse de 0,6 %.

. 2015 : Suppression de 450 postes, l’activité a transporté 19,9 milliards de t.km, réalisé un CA de 1,06 milliard d’Euros, et la part du transport de marchandises par le rail est descendue sous la barre des 10 % (9,5 %). Cependant, Fret SNCF a fait circuler le train le plus long jamais acheminé sur le réseau ferré national, soit d’une masse de 5 410 tonnes, long de 974 mètres, et comptant 67 wagons et 3 locomotives.

. 2017 : En partenariat avec la société Traxens (http://competitiviteinfrance.overblog.com/2018/07/traxens-par-de-la-les-mers-et-les-oceans.html),  Fret SNCF teste le train connecté, équipant chaque wagon d’un boitier, permettant au conducteur (via une tablette), de vérifier le serrage et le desserrage des freins, la pression, l’hygrométrie, ou encore l’ouverture et la fermeture télécommandée des trappes. Quant à l’avenir, Fret SNCF souhaite faire circuler des trains de fret autonomes à partir de 2023.

. 2018 : Perte de 170 millions d’Euros pour un milliards de CA et cinq milliards de dettes.

. 2019 : Fret SNCF rejoint l’alliance européenne de wagons isolés « XRail », aux côtés d’autres opérateurs ferroviaires européens.

. 2020 : Fret SNCF devient une société par actions simplifiées, affiliée à la SNCF, et doté de 170 millions de fonds propres.

Donc, comme vous pouvez le constater, du chaud et du froid, mais quand on regarde au de-là de nos frontières, proches et plus lointaines, on peut se dire qu’avec une réelle volonté, ce qui semble être à nouveau le cas aujourd’hui, suivi de moyens plus que suffisants, et peut-être (certainement) moins de grèves, on pourrait se rapprocher de ces pays qui ont depuis de nombreuses années choisi ce moyen de transport, comme par exemple la Suisse, qui avec 70,5 % du trafic marchandises transporté par rail, a réussi en 10 ans à baisser le trafic routier de marchandises, passant l’air de rien de 1,4 millions de camions en 2 000, à 898 000 en 2019, et ce malgré l’augmentation du transport de marchandises entre ce pays et l’Europe notamment. Et depuis 1994, ce désir de transport par rail, est même inscrit dans la Constitution fédérale depuis 1994.

Beaucoup plus loin, aux Etats-Unis cette fois-ci, le transport de marchandises par rail représente encore 45 % du trafic terrestre, alors qu’au sein de l’UE, à 27, cela ne représente qu’environ 5 % du total mondial, loin de la situation de puissance économique, qui s’ignore encore, et qui avec et depuis la crise de 2008, le fret ferroviaire européen a subi une baisse de 15 % à 20 % du trafic kilométrique.

Donc, que ce soit chez nous, ou au sein de l’UE, il y a encore beaucoup à faire avant que le fret ferroviaire devienne une priorité, notamment dans les pays membres les plus récents, et plutôt axés à rénover leurs infrastructures terrestres, mais, avec les ambitions affichées par la nouvelle commission européenne d’intégrer plus de vert dans les actions économiques à venir, ce que d’aucuns appellent le « Green deal européen », il se pourrait que ce mode autrement moins énergivore devienne enfin majoritaire, comme chez nos amis suisses (voir plus haut).

Le plus dur sera certainement de convertir le puissant lobby routier, en l’amenant à considérer comme solution fiable et fructueuse, surtout, le transport combiné.

Vaste chantier, mais primordial afin d’atteindre les objectifs affichés de notre pays et de l’UE.

Jacques Samela

 

Sources :

. Wikipedia

. Le Monde 

. Les Echos

. Challenges

. Actu Transport Logistique

 

 

Vu et lu dans VoxLog de septembre 2020

Vu et lu dans VoxLog de septembre 2020

Vu et lu dans l'Usine Nouvelle n° 3673 du 10/09/20
Vu et lu dans l'Usine Nouvelle n° 3673 du 10/09/20
Vu et lu dans l'Usine Nouvelle n° 3673 du 10/09/20
Vu et lu dans l'Usine Nouvelle n° 3673 du 10/09/20

Vu et lu dans l'Usine Nouvelle n° 3673 du 10/09/20

Vus et lus dans Les Echos du 16/09/20 et Eco Savoie Mont-blanc n° 37 du 11/09/20
Vus et lus dans Les Echos du 16/09/20 et Eco Savoie Mont-blanc n° 37 du 11/09/20

Vus et lus dans Les Echos du 16/09/20 et Eco Savoie Mont-blanc n° 37 du 11/09/20

Publié dans Les dossiers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article