Biomemory, l’ADN au service du stockage numérique

Publié le par Jacques SAMELA.

Biomemory, l’ADN au service du stockage numérique
Biomemory, l’ADN au service du stockage numérique

Les supports pour stocker nos données numériques, qu’ils soient sous forme de bandes magnétiques ou de disques durs, sont fragiles, ont une espérance de vie allant de 5 à 7 ans, ils sont énergivores, notamment les data centers, consommant désormais près de 2 % de la production électrique, et ils deviennent de plus en plus volumineux, occupant déjà 167 m2 à l’échelle mondiale.

Et comme l’humanité à produit en 2020 45 zettaoctets de données numériques, avec comme prévision pour 2025 de passer à 175 Zo, il y a semble-t-il urgence à trouver des solutions idoines pour limiter cette problématique à venir.

Et bien manifestement, une jeune start-up française, appelée Biomemory (www.biomemory-labs.com), aurait trouvé La Solution idéale.

Créée en 2018 par Stéphane Lemaire, directeur de recherche au CNRS, Pierre Crozet, maître de conférences à Sorbonne Université, et Erfane Arwani, entrepreneur du numérique, sa particularité résiderait dans le fait d’utiliser de l’ADN, car de par ses caractéristiques chimiques comme molécule biologique, permettrait de conserver des données dans un volume des milliards de fois plus petits que les supports habituels.

Cette technologie, ils l’appellent « DNA Drive », elle a déjà fait l’objet d’un dépôt de brevet, et a permis à la société d’obtenir l’an dernier le prix de la 24ème édition d’innovation i-Lab 2021 (https://www.sorbonne-universite.fr/actualites/biomemory-laureate-du-concours-i-lab-2021), financé par le programme d’investissement d’avenir, et opéré par Bpifrance (http://competitiviteinfrance.overblog.com/bpi-france-la-banque-de-la-reconqu%C3%AAte).

Alors manifestement cette technologie ne serait pas vraiment récente, puisque l’idée émanerait du physicien américain Richard Feynman en 1959, prix Nobel en 1965, avec une concrétisation seulement en 2012, mais, selon Stéphane Lemaire, sans en avoir encore exploré la partie biologique, à la différence des méthodes chimiques, physiques et mathématiques, utilisées aujourd’hui dans les technologies de stockage connus.

Ce qui fait que depuis trois ans, avec ses partenaires, ils s’affairent à développer leur propre technologie, avec justement comme idée d’utiliser les mécanismes hérités de la biologie, afin de pouvoir éditer et copier facilement des données sur des grands fragments d’ADN.

On parlerait là d’une « Révolution de l’ADN ».

Et comme ces recherches intéressaient déjà des historiens, des philosophes, des informaticiens, des archivistes, mais aussi des étudiants, qui par jeu, les mirent au défi de prouver leurs dires, il a été décidé de faire un test grandeur (si je puis dire) nature, en stockant dans deux petites capsules (voir photo), 200 milliards, soit 100 chacune, de copies de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, rédigée par Olympe de Gouges en 1791 (https://www.larecherche.fr/technologie/des-documents-stock%C3%A9s-sur-adn-entrent-aux-archives-nationales), rejoignant en cela aux Archives nationales l’ensemble des constitutions françaises, le journal de Louis XVI, ou encore le testament de Louis XIV.

Vu et lu dans Télérama n° 3751 du 01/12/21

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Bon, et alors même que ce premier test est plutôt une réussite, le stockage sur ADN n’en est malgré tout qu’à ses balbutiements, on parle là d’une exploitation possible d’ici à 2030, le fait que l’encodage prenne plusieurs jours, qu’il soit cher, coûtant actuellement 10 000 dollars par mégaoctets, et que le décodage prenne lui plusieurs heures, cette technologie que l’on peut dire de rupture, considérée comme bio-inspirée, bio-compatible, et même bio-sécurisée, et qui plus est avec une capacité de stockage pratiquement illimitée, plusieurs milliers d’années, dans des capsules métalliques de la taille d’un grain de riz, à l’abri de l’eau, de l’air, de la lumière, et ce sans apport énergétique, elle répondra aisément aux enjeux de demain que seront la collecte des données numériques en constante croissance, au lieu de ne pas pouvoir les conserver dans de bonne conditions, et au final de les perdre à tous jamais. Cela serait dommageable pour la mémoire de l’humanité.

Pour ma part, j’y vois également une utilisation possible dans l’exploration spatiale, au-delà de notre système solaire, car vu la taille et la durée de vie de ce support, on pourrait y entreposer l’histoire de l’humanité, susceptible d’intéresser d’autres mondes bien bien lointains, si ils existent bien sûr.

Science-fiction me direz-vous, eh bien pas du tout, car en 1977, un disque d’un diamètre de 30 centimètres a été envoyé dans l’espace dans deux sondes appelées Voyager, afin de présenter à d’éventuels mondes extraterrestres, sous formes de sons et d’images, un portrait assez large de la vie et de la culture terrestre. Son nom, « The sounds of Earth » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Voyager_Golden_Record).

L’ESA, l’Agence spatiale européenne (c'est un exemple comme un autre), devrait rapidement se mettre sur les rangs, avant que d’autres n’y voient grand intérêt, et viennent, à notre détriment, se servir.

Gageons quand même qu’aujourd’hui, au moment où la souveraineté, nationale, européenne, revient en force, on ne laissera pas (plus) une pépite comme celle-ci aller vers d’autres cieux.

Jacques Samela

 

Sources :

. https://www.sorbonne-universite.fr/actualites/biomemory-laureate-du-concours-i-lab-2021

. https://lejournal.cnrs.fr/articles/stockage-de-donnees-la-revolution-sur-adn

 

A lire :

. https://www.lebigdata.fr/stockage-adn-tout-savoir

. https://theconversation.com/ladn-sera-t-il-lavenir-du-stockage-de-donnees-159387

. https://www.francetvinfo.fr/sciences/high-tech/une-solution-au-stockage-des-donnees-numeriques-des-documents-encodes-sur-adn-font-leur-entree-aux-archives-nationales_4854803.html

Vu et lu dans Le Parisien Week-end du 03/12/21

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Publié dans L'entreprise du mois

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