J.M. Weston, so Frenchy

Publié le par Jacques SAMELA.

J.M. Weston, so Frenchy
J.M. Weston, so Frenchy

Alors que le Brexit n’est toujours pas acté, je vais vous narrer cette fois-ci l’histoire d’une marque et d’une entreprise incontournable d’une certaine élégance à la française, mais qui avec son nom, pourrait être tout bonnement british.

Originaire de Limoges en Haute Vienne, elle s’appelle donc J.M. Weston ou tout simplement Weston (www.jmweston.com).

Mais au fait, pourquoi ce nom à consonance anglaise ?

Pour suivre le style empire britannique, très en vogue à l’époque de sa création en 1891 ? Rien n’est moins sûr.

En fait, cette appellation ne sera utilisée que plusieurs années après, déposée par le fils du créateur en 1922, Eugène Blanchard, qui en 1904, pour peaufiner son savoir-faire acquis auprès de son père, Edouard Blanchard, se rendit aux Etats-Unis, et notamment dans la ville de Weston (Massachusetts), afin d’y apprendre les dernières techniques de production, mais surtout la technique dite du cousu Goodyear, qu’il importera au bout de ses trois années de perfectionnement, permettant de monter et de ressemeler des chaussures tout en les rendant plus résistantes.

La seule inconnue réside dans les deux premières lettres, manifestement, personne ne sait d’où elles viennent ? Les initiales d’une love story américaine ? Si quelqu’un le sait, faites m’en part, merci.

Donc, initié par son père, bottier de profession, le fils, en association avec un dandy parisien du nom de Jean Viard, rencontré sur des champs de courses, déposa donc cette nouvelle appellation en ouvrant une première boutique dans la capitale au 98 bd de Courcelles (1922), suivi dix ans après par celle des Champs Elysées.

Par la suite, après avoir décidé de limiter la production des chaussures, passant de 600 paires à 80 par jour, il obtint une notoriété avec son modèle « 180 », appelé également « Mohican » ou encore « Janson-de-Sailly », grâce à l’avènement de la mode des mocassins.

Aujourd’hui, après avoir été racheté en 1974 par la famille Descours, propriétaire du groupe EPI (Bonpoint, Piper-Heidsieck, Alain Figaret, etc…), la maison confectionne toujours ses chaussures à Limoges et dans sa région, où justement se trouve sa propre tannerie végétale de cuir à semelle (utilisation d’extraits végétaux, sans produits chimiques), plus précisément à Saint Léonard de Noblat, connu sous le nom de Tannerie Bastin, fondée en 1806, et racheté par le groupe en 1981.

Pour information, c’est l’unique chausseur en France à posséder sa propre tannerie.

Ensuite, loin des cadences habituelles de l’industrie, la marque, un peu comme Ferrari pour la confection de ses modèles, produit environ 100 000 objets par an, dont 70 000 paires de chaussures grâce à l’apport de près de 200 collaborateurs, artisans chausseurs pour la plupart, et garant d’un savoir-faire primordial pour accompagner les deux mois nécessaires à l’élaboration d’une paire de chaussures, sur lesquelles 150 prises en main sont exécutées. Et depuis 2015, en partenariat avec Pôle Emploi et les Compagnons du Devoir, l’école des Ateliers Weston a ouvert ses portes, assurant chaque année la formation d’une dizaine d’artisans, dont la plupart intègre l’entreprise, intégrant parfaitement la pâte de la maison, pas de trop pour continuer à élaborer les modèles emblématiques que sont « le chasse », « le demi-chasse », « le cambre » et « le golf ».

Et, soucieux de ses clients fidèles, elle propose à présent une réparation maison d’environ 10 000 paires par an, ainsi qu’un atelier dédié aux commandes dites spéciales, permettant à ceux-ci d’imaginer les modèles de leurs rêves.

Et en termes de clients privilégiés, il faut donc savoir que la Garde Républicaine en est un fervent depuis 1975, utilisant les bottes d’équitation modèle appelée « la Saumur », confectionnées sur mesure, en fonction notamment de la pointure du pied, de la hauteur de la jambe, du jarret, du mollet, du mi-mollet, de la cheville et de la grande entrée du cavalier, que la gendarmerie nationale, la police nationale et les officiers de l’armée française en sont également, sans omettre, moins martial, l’utilisation massive des modèles phares de la marque par les hommes politiques français de renom comme les anciens présidents que sont Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand, qui à lui tout seul en possédait près d’une trentaine de paires, Jacques Chirac, Nicola Sarkozy, ou encore Laurent Fabius et Francois Fillon. Une question quand même, qu’en est-il de Francois Hollande et de Emmanuel Macron ? A vérifier.

Mais, sa notoriété ne s’arrête pas seulement à l’hexagone, puisque qu’elle possède près d’une trentaine de points de vente à l’international, représentant en 2017 près de 40 % de ses ventes, et en attente de 60 % attendus d’ici cinq ans. Par-contre, comme toute marque de renom, elle fait l’objet d’imitations, l’obligeant il y a quelques années de cela de faire fermer une usine illégale en Chine.

Quant à son avenir, proche et lointain, soucieuse de garder son image de marque, elle met en oeuvre des initiatives privilégiant la formation, la création, l’innovation, mais surtout la valorisation du travail manuel et la transmission de ce savoir-faire, en créant en 2011 sa fondation d’entreprise, grâce à laquelle elle a pu nouer depuis un partenariat avec les Compagnons de devoir pour lancer le « Défi Innover Ensemble », ou encore avec l’Ensad via le programme « Savoir-faire et création ».

Ce qui fait que, loin de vouloir se reposer sur ses lauriers, elle se prépare au contraire un avenir radieux, doublé d’un nouveau challenge, double même, soit de développer encore plus sa gamme féminine, représentant actuellement moins de 10 % de son activité, tout en continuant également à proposer une gamme de maroquinerie reprenant avec succès les modes de fabrication de ses chaussures, et qui font que sa notoriété soit définitivement reconnue.

Nous assistons peut-être là à la naissance d’un nouveau futur grand de la maroquinerie française, à l’instar de ses prestigieux prédécesseurs que sont Louis Vuitton (http://competitiviteinfrance.overblog.com/2016/02/vuitton-une-saga-francaise.html), Hermès, ou encore Longchamp (http://competitiviteinfrance.overblog.com/2015/10/longchamp-du-sultan-a-la-maison-unique.html). L’avenir nous le dira.

Jacques Samela

 

Sources :

. www.jmweston.com

. Wikipedia

. http://www.patrimoine-vivant.com/fr/showcompany/4990

. https://leatherfashiondesign.fr/manufacture-weston/

. Mag’in France n° 3 de sept/oct 2016

. L’Usine Nouvelle n° 3500 du 26/01/17

. Les Echos du 22/09/17 et du 20/08/18

. Gala n° 1354 du 23/05/19

A voir :

. Exposition « Marche et démarches, une histoire de la chaussure » 

 https://madparis.fr/francais/musees/musee-des-arts-decoratifs/expositions/expositions-en-cours/marche-et-demarche-une-histoire-de-la-chaussure/

 

Vu et lu dans Mag'In France n° 3 de sept/oct 2016

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Vu et lu dans L'Usine Nouvelle n° 3500 du 26/01/17
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Vu et lu dans L'Usine Nouvelle n° 3617 du 27/06/19
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Publié dans L'entreprise du mois

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