Quantique : Pasqal signe une 3e acquisition pour franchir un nouveau cap technologique
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Pasqal fait l’acquisition de la startup canadienne Aeponyx et s’empare de sa technologie de circuits photoniques intégrés. La startup française espère ainsi améliorer grandement ses ordinateurs quantiques.
La pépite française du quantique Pasqal continue de se développer au travers de ses acquisitions. Dernières en date : la startup canadienne Aeponyx, spécialisée dans la photonique, selon Sifted. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. On sait néanmoins que les 27 salariés d’Aeponyx rejoindront les 300 collaborateurs de Pasqal. Cette dernière prévoit d’ailleurs d’ouvrir une usine au Canada dans les prochaines semaines, sachant qu’elle a déjà implanté une filiale dans le pays. Elle est également présente aux Etats-Unis, en Corée du Sud, en Arabie Saoudite, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Royaume-Uni.
Avec ce rachat, Pasqal entend faire un pas de plus vers la construction d’ordinateurs quantiques réellement opérationnels. La technologie développée par Aeponyx, à savoir des circuits photoniques intégrés, est déjà utilisée dans les télécoms ou pour les data centers. Elle permettra notamment à Pasqal de réduire le taux d’erreur de ses ordinateurs quantiques et d’augmenter le nombre de qubits qu’ils peuvent supporter.
Pasqal vise 10 000 qubits pour ses ordinateurs quantiques
Si ce nombre est inférieur à 1000 qubits aujourd’hui, l’entreprise française entend le faire grimper à 10 000 en 2026. « Les qubits sont les particules quantiques élémentaires qui enregistrent l’information. Plus il y en a, plus l’ordinateur est puissant. Il faut aussi que les qubits soient de bonne qualité. Nous avons déjà démontré que les nôtres étaient assez bon pour mener des cas d’usage », expliquait Georges-Olivier Reymond, fondateur de Pasqal, l’an dernier à Maddyness. Les circuits photoniques d’Aeponyx devraient être utilisés dès l’an prochain par Pasqal qui prévoit de produire sa prochaine génération d’ordinateurs quantiques entre 2027 et 2028. Les prochains jalons précis visés par la startup seront dévoilés le 17 juin prochain, indique encore à Maddyness Nicolas Proust, VP Strategy et Corporate Development.
« C’est un moment positif qui montre que l’écosystème arrive à maturité. Les besoins et les feuilles de route sont plus clairs, et certains acteurs unissent leurs forces, car cette convergence a de grandes chances de profiter à tous », a affirmé Loïc Henriet, CEO de Pasqal à Sifted. Avec cette acquisition, la startup française signe son troisième rachat depuis sa création en 2019. Pasqal avait ainsi acquis Qu&Co, développeur de logiciels néerlandais en 2022, puis My Cryo Firm, startup française de cryogénie, dans la même année.
Depuis sa fondation, Pasqal a levé pas moins de 140 millions d’euros. La startup française espère gagner cette course à l’informatique quantique, à laquelle participe également quelques grands groupes de la tech. IBM, notamment, a récemment présenté un prototype d’ordinateur quantique à 1121 qubits. Microsoft, avec qui Pasqal a par ailleurs signé un partenariat pour ouvrir l’accès à son ordinateur quantique depuis le cloud, a investi dans la recherche avec l’espoir de mettre au point son premier ordinateur quantique commercial d’ici quelques années. En France, les startups Quandela et Alice & Bob travaillent également sur des technologies d’ordinateurs quantiques.
http://competitiviteinfrance.overblog.com/2021/07/pasqal-objectif-1-000-qubits.html
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Le quantique : nouvel eldorado industriel pour la France ?
https://vipress.net/le-quantique-nouvel-eldorado-industriel-pour-la-france/
Le 26 Août 2025
Depuis le lancement du Plan Quantique en 2021, la France s’est positionnée comme l’un des fers de lance européens de cette technologie de rupture. Mais alors que l’écosystème est en pleine effervescence, une question essentielle demeure : la France saura-t-elle transformer l’essai industriel ? Dans cet article, Sylvain Dulphy, Business Developer Europe chez Finetech et expert en microélectronique, décrypte les véritables défis à relever : industrialisation, souveraineté technologique, formation, passage à l’échelle, etc. Cette analyse, à la croisée du quantique et de la microélectronique, met en lumière les conditions pour que la France reste dans la course face aux États-Unis et à la Chine.
Par Sylvain Dulphy, Business Developer Europe chez Finetech
Le quantique est partout. Depuis le lancement du Plan Quantique en 2021, la France a investi 1,8 milliard d’euros pour se positionner parmi les leaders mondiaux. Les start-ups multiplient les annonces : levées de fonds record, partenariats industriels, livraisons d’ordinateurs quantiques, etc. La presse spécialisée s’en empare et alimente l’enthousiasme autour de cette révolution technologique.
Mais derrière cette effervescence, une question demeure : la France tiendra-t-elle la distance dans cette course au quantique ? La capacité du pays à tirer son épingle du jeu sur le long terme dépend de multiples facteurs, comme nous allons le voir.
La France sur le devant de la scène en matière de quantique
La France a su se doter d’une stratégie ambitieuse avec le Plan Quantique et le programme France 2030. Ce dernier vise à soutenir l’innovation dans des domaines clés, dont le quantique, avec un investissement global de 54 milliards d’euros.
Le programme PROQCIMA, porté par le Ministère des Armées, a été lancé en 2024 avec un budget de 500 millions d’euros, avec l’objectif de développer deux prototypes d’ordinateurs quantiques universels tolérants aux fautes d’ici 2032.
Notre pays peut aussi s’appuyer sur un écosystème dynamique de start-up prometteuses :
- Alice & Bob développe des qubits de chat – intégrant la correction d’erreur – pour construire des ordinateurs quantiques avec moins de qubits.
- Quandela a livré son premier ordinateur quantique à OVHcloud en 2024. Il se différencie des autres acteurs en s’appuyant sur la photonique pour construire ses machines.
- Quobly exploite la technologie FD-SOI (Fully Depleted Silicon On Insulator) pour concevoir des qubits de spin dans le silicium, compatibles avec les procédés industriels de la microélectronique. Elle a levé 19 millions d’euros en 2023 pour accélérer ses travaux.
- C12 travaille sur des qubits à base de nanotubes de carbone.
- Pasqal utilise des atomes neutres pour créer des processeurs quantiques analogiques.
Le tout porté par la recherche académique française, avec des institutions comme le CNRS, le CEA et l’Inria, ou encore l’ENS Paris-Saclay, qui jouent un rôle clé dans cette dynamique. La France a aussi été mise en lumière grâce au prix Nobel attribué à Alain Aspect en octobre 2022.
Mais la promesse technologique est encore en chantier
Contrairement à l’intelligence artificielle, le quantique repose sur du hardware complexe inexistant, en cours de développement. La maîtrise des supraconducteurs, leur refroidissement à des températures proches du zéro absolu, la fabrication des qubits, et la gestion de leur stabilité sont des défis techniques majeurs, avec des cycles de développement longs, coûteux et incertains. Aujourd’hui, les prototypes les plus avancés comptent moins de 50 qubits logiques, alors qu’il en faut plusieurs centaines à plusieurs millions pour des applications industrielles, comme la simulation moléculaire.
La microélectronique joue un rôle central dans cette course. Le packaging, l’assemblage haute précision et la reproductibilité sont des éléments clés pour garantir la performance et la fiabilité des systèmes quantiques. Des équipements de R&D performants sont nécessaires pour le prototypage et la mise à l’échelle de ces technologies.
La chaîne de valeur est donc encore en construction, et l’industrialisation à grande échelle reste un objectif lointain. Les États-Unis et la Chine sont en avance sur la fabrication de ces technologies, avec des investissements massifs portés par des industriels soutenus par des financements publics.
La France suivra-t-elle ? L’abondance actuelle de fonds soulève la question de leur pérennité, au vu des moyens à mobiliser et de la durée des cycles de développement.
Comment la France peut-elle garder sa position favorable en matière de quantique ?
Plusieurs caps doivent être maintenus pour capitaliser à long terme sur l’investissement dans le quantique en France.
– Renforcer le lien entre recherche et industrie
Il est essentiel de transformer les avancées des laboratoires en filières industrielles exploitables, à l’image de ce qui a été réalisé dans le spatial ou le nucléaire. Cela passe par la création de plateformes de prototypage ouvertes aux industriels, comme les lignes pilotes européennes (le projet FAMES au CEA par exemple), pour favoriser la co-innovation entre start-up, institutions académiques, équipementiers et partenaires industriels du semiconducteur.
– Renforcer les maillons faibles de la chaîne : packaging, assemblage, mise à l’échelle
La France doit réinvestir dans des infrastructures matérielles, au plus près de la R&D. Le soutien à l’achat ou à la mutualisation de machines de bonding avancées, compatibles avec les spécificités du quantique, est crucial. Cela implique également de renforcer les compétences en microélectronique de précision, notamment autour du bonding, de la cryogénie et des architectures hybrides.
– Former les talents dès maintenant
Il en découle la nécessité de former dès maintenant des techniciens et ingénieurs spécialisés en quantique et en microélectronique (cryogénie, RF, packaging, etc.) pour développer une main-d’œuvre qualifiée et adaptée aux besoins du secteur. Cela repose sur la création de ponts entre écoles d’ingénieurs, universités et futurs industriels du quantique.
Garder une vision long terme et accepter les échecs
Enfin, le développement du quantique nécessite une vision à long terme et de la persévérance. Le soutien public et privé doit rester stable dans le temps, même en l’absence de résultats immédiats. Il est important d’anticiper les effets de « bulle » ou de « hype » en privilégiant des indicateurs techniques plutôt que médiatiques.
Démonstrateurs concrets, usages ciblés, stabilité des architectures : les véritables enjeux du quantique à l’horizon 2030 commencent à se dessiner. Pas besoin d’attendre un ordinateur universel pour que les impacts soient réels. Mais pour franchir ce cap, la France doit consolider sa position industrielle. Elle a les cartes en main, encore faut-il pouvoir les jouer maintenant en se donnant les moyens de rester dans la partie durablement.