Usine pionnière en Europe pour MagREEsource
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Pour faire face à l’explosion de la demande en aimants permanents dans l’industrie, la start-up MagREEsource a développé un procédé de recyclage des aimants en fin de vie qui lui permet de refabriquer des aimants neufs. Après un démonstrateur industriel en produisant 50 tonnes par an, elle prépare la première usine de production durable d’aimants permanents en Europe.
Les aimants sont partout : transports, moteurs industriels, santé… La transition énergétique, avec le déploiement du véhicule électrique et de l’éolien, ne fait que renforcer les besoins. Or, la production de ces alliages magnétiques est soumise à une triple contrainte : celles de potentielles pénuries de ressources naturelles, de l’hégémonie chinoise qui détient à elle seule la quasi-totalité des réserves en terres rares indispensables à leur fabrication. Et pour finir, de la pression du verdissement de l’industrie, l’extraction de ces minerais étant nocive pour l’environnement. Pour y répondre, MagREEsource, fondée en 2020, propose de créer une nouvelle filière de production à partir d’aimants usagés, dont seuls 1 % sont recyclés à l’heure actuelle.
Un bilan carbone proche de la neutralité
Breveté en 2021, le procédé qu’elle exploite permet de réduire de 91 % les émissions de carbone dans la fabrication des aimants. Une première levée de fonds de 5 M€, réalisée en 2022, a permis à la start-up de s’installer à Noyarey, et d’y mettre en place un démonstrateur industriel de 1 200 m2 adossé à un laboratoire de caractérisation. Il affiche déjà une capacité de production de 50 tonnes par an. Un deuxième tour de table est en préparation, dans le but de mettre en place, d’ici à 2027, une usine de référence unique en Europe à proximité de Grenoble. Avec une capacité de production de 1 000 tonnes par an à terme, celle-ci ambitionne de répondre à 10 % du marché européen. La société emploie à présent 20 personnes, et 30 d’ici fin 2024.
L. Marty
http://competitiviteinfrance.overblog.com/2023/10/magreesource-recyclage-et-souverainetes.html
Métaux stratégiques : la France prépare son grand inventaire minier
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Le 26 oct. 2023
Dans le sillage des objectifs de l’UE sur les métaux critiques et stratégiques, la France prépare actuellement le lancement d’un « grand inventaire» minier pour sonder les ressources du sous-sol français. Le temps presse, notent les experts.
Après l’Australie fin septembre, la France a signé le 12 octobre un accord de partenariat sur les métaux stratégique et critiques avec la Mongolie lors d’une visite à Paris du président mongol, Ukhnaa Khutelsukh.
Signataire de l’accord côté français, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), a déclaré que ce nouveau partenariat « doit permettre de construire différents projets d’intérêt commun permettant à la Mongolie de mieux connaître et valoriser ses ressources en métaux critiques ».
Les services français et mongol en ont profité pour mettre en route un projet de prospections satellitaires du lithium en Mongolie. Une aubaine pour le pays d’Asie centrale et pour l’UE, avide de diversifier ses fournisseurs de métaux critiques et stratégiques nécessaires à la réussite de sa transition énergétique et climatique.
D’autant que le tableau de bord 2021 de l’UE sur les métaux critiques et stratégiques montre que les États membres sont dépendants de partenaires extérieurs à hauteur de 75 % à 100 % pour leur approvisionnement.
Afin d’y remédier, la Commission européenne présentait en mars dernier son Critical Raw Materials Act (CRMA), qui cherche également à déployer une meilleure exploitation des ressources domestiques des États membres.
Rien que pour le lithium par exemple, la France disposerait de capacités identifiées suffisantes pour équiper plus de 700 000 à 950 000 voitures de batteries électriques par an pendant plusieurs décennies, soit un peu moins de la moitié des ambitions du gouvernement français de production de voitures électriques — 2 millions par an d’ici à 2030.
Néanmoins, le lithium seul ne suffira pas à assurer la transition énergétique française et européenne.
Fin septembre, le président français, Emmanuel Macron, annonçait donc le lancement à venir d’un « grand inventaire des ressources minières ».
Stockages stratégiques de métaux critiques : l'impensé européen
La décision de la Chine vendredi de limiter les exportations de graphite ouvre un nouveau débat autour de la création de stocks stratégiques de matières premières critiques. Un sujet dont l’UE peine à s’emparer.
Un inventaire minier complet à venir
Sur son sol, la France disposerait, entre autres, des ressources en nickel, cobalt, magnésium, cuivre, tungstène et en terres rares, mais aussi « plein de métaux mineurs nécessaires pour ajuster les propriétés des métaux critiques et stratégiques », a avancé Christophe Poinssot, directeur-général délégué du BRGM, lors d’une conférence de presse début octobre.
Dans le sillon des propos de M. Macron, M. Poinssot a aussi défendu le lancement d’un grand inventaire minier.
Le dernier du genre date du siècle dernier, nous apprend-il, précisant qu’il ne couvrait qu’une partie du territoire et de son sous-sol, sans réexamen des zones déjà forées.
« Les besoins à l’époque étaient moins importants », a-t-il expliqué. Seule une vingtaine d’éléments chimiques étaient recherchés, contre une cinquantaine aujourd’hui.
Actuellement, les autorités compétentes discutent du cadre spatio-temporel du futur inventaire. Le planning d’exercice n’est donc pas encore défini, mais des opérations pilotes ont déjà été lancées, a confié l’expert du BRGM, selon qui il faut « être prêt à aller le plus vite possible ».
Le temps presse en effet pour répondre aux objectifs européens. Déjà en juillet, M. Poinssot déclarait à Euractiv France que l’UE ne pourra jamais atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés dans son CRMA sans le lancement rapide de nouvelles mines.
Or, rien que l’inventaire, et seulement sur les régions « les plus pertinentes », prendra cinq à six ans, a-t-il confié, pour un coût d’une centaine de millions d’euros.
Et mises bout à bout — prospective, études d’impacts, autorisation, exploitation —, toutes les étapes avant l’ouverture d’une mine prennent jusqu’à 15 ans, « voire 17 ans pour le cuivre », a précisé M. Poinssot.
L'UE serait déjà en retard sur ses objectifs d'extraction de matières premières critiques
Même dans des conditions où de nouvelles mines seraient ouvertes dès maintenant dans l’UE, l’atteinte des objectifs européens en termes d’extraction de matières premières critiques et stratégiques pour 2030 est compromise, s’accordent à dire les experts du monde minier français.
D’autres pays européens en avance ?
Au niveau européen, M. Poinssot s’est voulu plus rassurant, car « contrairement à la France, beaucoup de pays voisins n’ont pas arrêté leur industrie minière ».
Cette culture, combinée au respect plus accru des aspects environnementaux et sociaux de tels projets, pourrait permettre une acceptation plus rapide du retour de l’industrie minière en Europe.
« Personne ne peut contester la sensibilité environnementale réelle des Suédois ou des Finlandais par exemple. Ils ont pourtant réussi à maintenir et développer l’activité minière », a avancé l’expert.
Pour accélérer le mouvement, le CRMA prévoit de soutenir les programmes d’explorations à travers l’UE en rendant obligatoires une fois par an les mises à jour par les États membres des données sur les projets de matières premières critiques sur leur territoire.
En 2022, la base de données de l’UE dénombrait plus de 955 projets répartis dans 22 pays et portant sur 26 métaux critiques et stratégiques, nous confient les services de la Commission européenne — tout en précisant que l‘UE recueille ce type de données depuis 2018.
En outre, « les savoir-faire sont partagés au sein de EuroGeoSurveys qui rassemble les forces vives en Europe », a expliqué M. Poinssot.
Dès lors, nul besoin de développer un service européen similaire à l’US Geological Survey, qui concentre l’ensemble des activités minières des États-Unis, ajoute l’expert.
« Il vaudrait peut-être mieux demander aux trois plus grands observatoires européens des ressources minières [France, Allemagne et pays scandinaves] de coordonner leurs efforts et de partager leurs données, plutôt que de recréer ex nihilo un bureau européen », nous confie Philippe Varin, ancien patron d’industries, qui a rendu en janvier 2022 un rapport au gouvernement français sur les métaux stratégiques.
Loi européenne sur les métaux critiques : moins de dépendance, mais des questions en suspens
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/loi-europeenne-sur-les-metaux-critiques-moins-de-dependance-mais-des-questions-en-suspens-984893.html?xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20231205&M_BT=6363555962
Le 05/12/23
ANALYSE. Les efforts politiques de l’Union européenne pour sécuriser les approvisionnements en lithium ou en terres rares suscitent plusieurs critiques. Décryptage. Par Lucas Miailhes, Institut catholique de Lille (ICL) et Andrew Glencross, Institut catholique de Lille (ICL)
Les préoccupations de l'Union européenne (UE) concernant le risque d'approvisionnement en matières premières critiques (ou critical raw materials, CRM en anglais) se sont considérablement accrues au cours de la dernière décennie en raison de leur importance croissante pour la transition numérique et écologique. En effet, la production de CRM reste actuellement largement concentrée géographiquement en dehors de l'Europe, notamment en Chine, ce qui expose l'UE à des risques d'approvisionnement majeurs. Consciente de sa dépendance à l'égard de sources extérieures pour ces matériaux, Bruxelles prend désormais des mesures pour relever ce défi et ainsi se protéger contre d'éventuelles restrictions d'exportations de pays tiers.
L'Europe n'a pas de temps à perdre. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande mondiale de CRM devrait quadrupler d'ici 2040, sous l'effet d'une multiplication par 42 de la demande de lithium et d'une multiplication par 7 de la demande en terres rares d'ici 2050. Essentiels à la fabrication des batteries, les terres rares et le lithium sont au cœur de la mobilité et du stockage de l'énergie, ce qui rend la sécurité du CRM vitale pour atteindre les objectifs de l'UE en matière de décarbonation.
Cependant, la Chine possède actuellement un quasi-monopole des exportations de terres rares, le cobalt et le lithium, constituant ainsi la source de plus de 90 % des importations européennes. Pékin est bien conscient de l'importance de ce levier de puissance et s'en sert déjà dans son bras de fer technologique avec les États-Unis.
Une liste de 16 matières premières
Pour relever ces défis, la Commission européenne a proposé en mars 2023 la loi sur les matières premières critiques (CRMA), qui vise à garantir l'accès de l'UE aux matières premières essentielles. Cette législation vise à réduire la dépendance des vingt-sept en encourageant l'augmentation de la production européenne, le recyclage et le raffinage des matières premières critiques.
La CRMA établit une liste de 16 matières premières stratégiques et critiques et fixe des objectifs pour augmenter la contribution de l'UE (10 % pour l'extraction, 40 % pour la transformation et 15 % pour le recyclage). La proposition comprend des mesures visant à rationaliser les processus administratifs d'extraction, à surveiller les chaînes d'approvisionnement et à investir dans la recherche et l'innovation.
Néanmoins, les critiques ont soulevé des inquiétudes quant à l'absence de fonds dédiés, remettant en cause la viabilité financière et l'efficacité de la législation. L'extraction, le traitement et le recyclage des CRM nécessitent en effet des investissements importants et les possibilités de financement actuelles de l'UE sont dispersées et complexes. En réponse, le Parlement européen a proposé la création d'un Fonds européen pour les matières premières stratégiques en septembre 2023.
« Club d'acheteurs bruxellois »
Un autre sujet de discorde concerne les risques potentiels liés à l'acceptation des projets stratégiques par les populations locales, qui peuvent s'inquiéter des impacts environnementaux et sociaux. Dans le texte européen, les projets stratégiques sont définis comme des projets relatifs aux matières premières qui renforcent de manière significative la sécurité de l'approvisionnement de l'UE en matières premières stratégiques. Les entreprises dont les projets seront reconnus comme stratégiques bénéficieront de procédures d'autorisation simplifiées et d'un accès plus facile aux possibilités de financement. Cela soulève des inquiétudes quant à l'équilibre entre l'accélération des projets et la mise en place de garanties environnementales et sociales solides.
En outre, les discussions mettent en évidence le manque de dispositions concrètes sur la circularité de la CRMA. Les critiques soutiennent que la loi n'offre pas suffisamment d'orientations pour renforcer le rôle du secteur de la réparation dans l'extension du cycle de vie des produits contenant des CRM. La loi se concentre sur l'exploitation des déchets, l'amélioration des processus de recyclage et l'augmentation de la réutilisation des produits et des CRM secondaires, mais elle n'aborde pas la législation sur le droit à la réparation.
Enfin, les dispositions de la CRMA relatives à l'achat groupé, qui visent à encourager le regroupement de la demande intérieure de l'UE par la constitution de stocks stratégiques, ont suscité certaines craintes. Le chercheur américain Cullen S. Hendrix a par exemple exprimé des inquiétudes concernant un « club d'acheteurs bruxellois », soulignant le risque d'effets néfastes sur les économies en développement. La pratique d'achat groupé par les pays de l'UE pourrait en effet, en faisant baisser les prix de vente, entraver la capacité des pays en développement à bénéficier de leur dotation en CRM pour financer leur transition énergétique.
Et pour la France ?
Du point de vue français, le CRMA répond à deux attentes politiques complémentaires sur le moyen et long terme. Premièrement, le texte de loi vient en appui à l'exécutif, qui cherche depuis longtemps à voir la Commission européenne accepter plus de souplesse en ce qui concerne les aides d'État. Ces dernières représentent en effet un levier privilégié pour favoriser le développement territorial dans l'hexagone, comme en témoignent les subventions à la hauteur d'un milliard et demi d'euros attribuées au projet d'usine de batteries à Dunkerque. En outre, le CRMA offre des perspectives intéressantes pour favoriser des projets industriels à l'instar de la mine de lithium dans l'Allier - qui d'ailleurs suscite les inquiétudes des habitants.
Le deuxième point fort de cette législation européenne est qu'elle démontre la valeur ajoutée de l'action de l'UE en tant qu'acteur à l'échelle mondiale. Ceci est une conception très française de l'Europe, qui voit en la construction européenne un moyen non seulement de peser dans les affaires internationales mais aussi de s'affranchir de la puissance américaine.
La logique « gaulliste » de cette vision consiste à penser la base industrielle en lien avec les capacités de défense. Ce n'est donc pas une coïncidence que le Conseil européen, sous la présidence française en 2022, a appelé à œuvrer à la construction d'une base économique plus solide en même temps que le renforcement des capacités de défense européennes.
Répondre aux préoccupations
Actuellement en phase de trilogue, les négociations entre le Conseil de l'Union européenne et le Parlement européen sont presque terminées. La prochaine étape de la procédure législative de l'UE est l'approbation et l'adoption formelle par le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne. L'accord provisoire sur le CRMA conclu avec le Parlement européen le 13 novembre 2023 doit en effet encore être approuvé et formellement adopté par les deux institutions.
La CRMA jouera un rôle essentiel dans la capacité de l'UE à atteindre ses objectifs en matière de transition écologique et à renforcer son autonomie stratégique. Cependant, la CRMA a suscité de nombreux débats et a soulevé des inquiétudes parmi les différentes parties prenantes. Bien qu'elle soit susceptible de répondre aux défis de l'UE en matière d'accès sûr et durable aux CRMA, il est essentiel d'examiner attentivement les préoccupations soulevées par les critiques et d'y répondre afin de garantir l'efficacité des dispositions prises au sein du CRMA.
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Par Lucas Miailhes, Doctorant en Science Politique/Relations Internationales, Institut catholique de Lille (ICL) et Andrew Glencross Directeur d'ESPOL, Professeur de Science Politique, Institut catholique de Lille (ICL).
Lucas Miailhes et Andrew Glencross